Amont : « Si on est en forme, pourquoi se retirer ? »

© Astrid Di Crollalanza © Flammarion

Pour ses 90 ans, le toujours chanteur Marcel Amont ouvre les coulisses de sa vie, ses débuts laborieux, ses traversées du désert, la vieillesse. Le tout, avec l’espièglerie qui le caractérise. 

Les 90 ans (c’était le 2 avril dernier), il les a fêtés sur la scène de l’Alhambra à Paris. Il a présenté à un public de proches, d’amis et de comparses du métier (Michel Jonasz, Nicoletta, Maxime Le Forestier, Serge Lama, etc.) son dernier spectacle Marcel raconte et chante Amont, soit une heure trente de souvenirs et de chansons, parmi lesquelles les inoubliables Bleu blanc blond, Le Mexicain, Le chapeau de Mireille, Par-dessus l’épaule ... « Je ne sais rien faire d’autre que m’exhiber sur des planches. Je n’ai pas le goût de cuisiner, de jardiner, je ne sais que me donner en spectacle », explique-t-il avec l’air de s’excuser. Sa mère aurait dit que, une fois encore, il a fait son intéressant !
Sa mère ... Bien que disparue depuis plus de cinquante ans, Romélie Lamazou est toujours présente dans les évocations de son unique fiston. Que ce soit dans les pages de son dernier livre*. Ou au cours de l’interview qui se déroule dans sa belle maison de l’ouest parisien.

 

 

Petits-fils de bergers

Il faut reconnaître que Marcel lui doit beaucoup. Notamment de ne pas lui en avoir voulu de préférer la voie aléatoire du show-biz plutôt que celle de l’enseignement, plus sûre. « Dans ma famille, je suis le seul de ma génération à avoir été jusqu’au bac. Mes cousins ont été mis au boulot dès l’âge de 15 ans. Moi, après le bac, ingrat petit-fils de bergers de la vallée d’Aspe dans les Pyrénées que j’étais, qu’ai-je décidé ? Entrer au Conservatoire pour jouer la comédie et devenir chanteur. » Quand son père, le découvrant quelques années plus tard, dans une misérable chambre de bonne à Paris, et courant après le cachet, s’exclame : « Mais tu n’auras pas même de retraite. », sa mère tempère d’un : « et si c’était sa vocation ? » Faire le pitre, chanter, imiter pour déclencher le rire des autres, une vocation ? En tout cas, aussi loin qu’il se souvienne, Marcel était celui à qui on demandait de grimper sur la table : « Vas-y Marcel, chante ! » « J’étais un tel bout-en-train populaire que ma mère disait : « Je n’ai qu’un fils, mais ma maison est toujours pleine de garçons. »
Mais, s’il a fini par se hisser en haut de l’affiche, c’est aussi grâce à son opiniâtreté. Là encore, l’exemple de sa mère, qui a repris une formation d’infirmière à plus de 50 ans, a compté. Et puis, c’est encore grâce à Romélie que Marcel Amont a séduit Marlène, sa compagne depuis plus de quarante ans, la mère de ses deux plus jeunes enfants, Romélie (qui porte le même nom que sa grand-mère donc), et Mathias (Miramon) qui cosigne son livre de souvenirs et chante avec lui. « Quand on s’est rencontrés, je venais de perdre ma mère et j’étais dans le désespoir absolu. Marlène m’a avoué plus tard que c’était mon air triste qui l’avait conquise. » La voilà justement, la voilà, qui surgit dans le salon avec des cafés et des petits gâteaux. La septantaine élégante, elle veille avec tendresse sur son artiste.

 

Il se voyait déjà

Mais revenons dans la chambre de bonne à Paris ... On est dans les années 1950. Marcel Amont, comédien dans des revues et chanteur d’orchestre a quitté Bordeaux, sa ville natale, pour ne pas se rabougrir et s’aigrir. « J’avais rencontré trop de petites vedettes locales qui transpiraient les rêves déçus. Je ne voulais pas prendre le risque de leur ressembler. » Mais, à Paris, personne n’attend le jeune Marcel. Certes, il parle bien, il a de la culture, du bagout, de l’humour. Sur scène, il se démène, mais les engagements sont durs à décrocher. « Je me souviens d’un directeur de cabaret me proposant deux semaines à partir du 15 octobre. On était le 15 juin ! Qu’est-ce que j’étais censé faire en attendant ? Comment j’allais vivre et manger ? »

Heureusement, à l’époque, les gens n’ayant pas la télévision, sortaient beaucoup. « Même les petits bouibouis programmaient des chanteurs ou des comiques. J’en faisais deux ou trois dans la nuit pour gagner de quoi me payer un hôtel minable ou un steak-frites. » En 1956, après sept ans de marathon, Marcel Amont passe à l’Olympia en supplément de programme d’Edith Piaf et enregistre un premier disque. « A 27 ans, je suis soudain passé de l’ombre à la lumière. D’un seul coup, mes cachets ont été multipliés par douze : j’ai pu m’ouvrir un compte en banque. » Jusqu’en 1965, Marcel Amont va enchaîner les tubes Tout doux tout doucement, Dans le cœur de ma blonde, Le tango des jumeaux (écrit par Claude Nougaro). Durant cette période, il présente aussi son premier one man show : son talent d’amuseur est si reconnu qu’il animera plus tard des shows télévisés Amon Tour, Touthankhamont ...

 


Cinquante-trois ans séparent Marcel Amont de son fils Mathias Miramon, mais pas la complicité ni le goût de chanter et d'écrire ensemble.

 

Et les yéyés sont arrivés

Et puis, au début des années 1960, patatras ... les yéyés ont débarqué. Leurs rythmes twist et rock, leurs blousons noirs et minijupes ringardisent illico les chanteurs qui s’inspiraient de Edith Piaf, de Yves Montand, Les Frères Jacques ... « Les Johnny, Eddy Mitchell, Sylvie Vartan, etc., ont réveillé la jeunesse, c’était vivifiant. Mais les programmateurs de radio ne passaient plus que leurs disques. » Désormais, il faut faire jeune pour survivre. A l’arrivée précoce de ses cheveux blancs, Marcel Amont s’interroge. Les teindre ou pas ? « J’ai imaginé les séances de teinture toutes les deux semaines et cela m’a découragé. On me prendra comme je suis. » Et on l’a pris ! Bien sûr, plus de la même manière. Amont a continué de se produire devant son public fidèle, mais il a aussi tourné à l’étranger : en URSS, au Japon, en Italie ... Pendant vingt ans, il a même dû se passer de maisons de disques. Heureusement, la roue a tourné encore. Cette fois, en sa faveur. Au début des années 2000, Marcel Amont a rejoint la revue Âge tendre la tournée des idoles qui l’a remis en selle. A la veille de ses 90 ans, un producteur, « un ancien attaché de presse qui se souvenait que je ne l’avais pas traité de haut », lui propose de sortir un nouvel album. Ce sera Par-dessus l’épaule, un disque de duos avec, notamment, Charles Aznavour, Alain Souchon, Maxime Le Forestier, Aldebert, Mathias Miramon ... « Je me bats contre l’âgisme ! Oui, je suis vieux, v-i-e-u-x, oui, j’ai des stens dans les coronaires et je fais une pause à la douzième marche de l’escalier qui relie les deux étages de ma maison, mais je suis en forme. Pourquoi me retirer ? D’ailleurs, quand est-ce que vous m’invitez à me produire en Suisse ? »

           Véronique Châtel

 


 A lire 

*Les coulisses de ma vie, Marcel Amont avec Mathias Miramon, Editions Flammarion, 2019

 

 

 

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