« Construire un théâtre, c’est extraordinaire »

©Comédie-Nak

Denis Maillefer, metteur en scène et codirecteur de la Comédie de Genève, dont le nouveau bâtiment ouvre ses portes en automne 2020 aux Eaux-Vives, se réjouit d’investir le lieu et de le rendre vivant. Interview.

Avec ses traits d’acteur graves mais harmonieux, Denis Maillefer, d’abord metteur en scène, codirige l’institution culturelle genevoise depuis 2017 avec sa comparse Natacha Koutchoumov. Avec sensibilité et engouement, il nous parle du nouvel écrin de la Comédie, un bâtiment contemporain dont le chantier se termine prochainement, au sein du quartier des Eaux-Vives. Fidèle à sa dimension de théâtre de création, il ouvrira ses portes au public une première fois en septembre prochain, lors d’une Journée d’ouverture où plusieurs spectacles seront présentés, et espère devenir un vrai lieu de rendez-vous à Genève dès son ouverture officielle en octobre, pour sa nouvelle saison 2020-2021.

Quelles sont vos impressions quant à cette nouvelle Comédie ?

C’est un projet incroyable, avec des infrastructures techniques à la pointe, des espaces de travail pour les artistes, c’est une vraie fabrique. Construire un théâtre, c’est extraordinaire, surtout aujourd’hui, dans un monde de plus en plus digitalisé. Je pense que les gens recherchent encore et ont besoin de cet esprit communautaire et unique de la culture qu’offre le théâtre. Il y a aussi cette idée d’être près de l’émergence d’une gare, ce n’est pas rien. Ce nouveau lieu est plein d’inconnu. On va devoir le faire vivre, on va devoir l’habiter… Mais tout est fait pour qu’il soit unique.

On peut s’attendre à une programmation plutôt populaire ou, à l’inverse, plus pointue pour la nouvelle saison 2020-2021 ?

Ce qui est pointu pour quelqu’un ne l’est pas pour l’autre.

Notre mission, c’est de faire du théâtre contemporain. On fait du théâtre d’aujourd’hui, dans des formes actuelles qu’on souhaite le plus accessibles possible. On essaie de faire du théâtre dans des formes surprenantes, nouvelles, audacieuses. On travaille avec des artistes qui ont une façon singulière de raconter des histoires. Et ce n’est pas parce qu’un spectacle est surprenant qu’il n’est pas accessible !

De quoi sera-t-elle composée, dans les grandes lignes ?

On aura beaucoup de créations internationales, de la danse, probablement, du nouveau cirque ou de la magie nouvelle et il y aura aussi une ou deux pièces classiques, sans doute des adaptations. On aura également plusieurs spectacles qui vont tourner à travers la revisite de films, ce qui est assez nouveau et étonnant au théâtre.

Quel est l’état d’esprit de cette nouvelle saison ?

On aura des spectacles où l’on raconte des histoires, vraiment. Des autofictions théâtrales aussi, où les artistes ont une manière de raconter une histoire qui leur est vraiment personnelle. Ce genre de spectacle met l’accent et l’intérêt sur ce qu’on appelle le « travail de l’acteur », son jeu. Chacun a une manière bien singulière et propre à lui-même de porter un projet de théâtre, avec une dimension souvent très touchante. Et le but, c’est aussi de provoquer des réactions chez le spectateur, pour qu’il puisse s’identifier à des éléments du spectacle.

Quelle est la place du théâtre, de nos jours, dans un monde de plus en plus digitalisé ?

Une actrice ou un acteur qui raconte quelque chose provoque une émotion et une sensation qui est complètement irremplaçable. Parce qu’elle est autre qu’un smartphone, que Netflix, qu’un jeu en ligne… Elle n’est pas mieux, ni moins bien, mais autre. Et je pense qu’il y a cette nécessité, encore maintenant, d’avoir des humains en face de soi. Dans le théâtre, on a une prise à la fois avec le réel et avec la poésie. Tel un miroir du monde, il permet de se reconnecter à soi-même et aux autres, au réel ou, à l’inverse, à notre imaginaire.

Alice Caspary

www.comedie.ch

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