Poulidor, l’éternel second qui a gagné le cœur des Français

Poulidor cultivait l'image d'un homme droit, fair-play même dans la défaite.

Quatorze participations au Tour de France, huit podiums, mais jamais maillot jaune. Le grand Raymond aurait pu se croire maudit, mais, au final, c’est bien lui le gagnant.

La plupart auraient brûlé leur vélo de rage. Pas lui. Pourtant, il y avait de quoi : souffrir quatorze fois durant le cagnard de juillet pour terminer à huit reprises sur le podium, mais jamais sur la première marche, ça finit par énerver. Mais, même si en son for intérieur il a sans doute souffert de cette réputation d’éternel second, Raymond Poulidor en a toujours pris son parti en public. Et puis, comme le rappelle l’ancien journaliste et biographe Jean-Claude Lamy dans son dernier livre*, ce champion a su garder les pieds sur terre, en bon fils de paysan qu’il était : « Plus j’étais malchanceux, plus le public m’appréciait, plus je gagnais de fric. » On se console comme on peut.
De son statut de perdant magnifique, Raymond Poulidor sait aussi qu’il en a tiré une popularité jamais vue. Cet été, à 83 ans, il s’apprête une fois de plus à suivre la grande boucle depuis la voiture du Crédit Lyonnais, sponsor du maillot jaune. Et les « vas-y Poupou » se feront encore entendre tout au long du parcours. Mieux, des écoles, des centres sportifs et des rues portent désormais son nom. Pas mal pour un enfant de domestiques agricoles, plus fauchés que les blés. Et puis, pour être honnête, on rappelle que ce soi-disant looser a quand même 189 victoires à son actif dont une au Tour d’Espagne. Le bonhomme a gagné sur beaucoup de terrains.

 

Humour noir

C’est donc bien le Tour de France qui lui a mis des bâtons dans les roues. Il faut dire qu’il est tombé sur de sacrés clients. D’abord Jacques Anquetil, le premier à avoir remporté cinq fois la grande boucle. « Mais contrairement à Poulidor — il n’a pris que deux fois des amphétamines, autant dire rien — son vainqueur usait, lui, des produits illicites. » Et pour rappel, cet immense champion est mort à 53 ans. Poulidor lui avait rendu visite lors de cette dernière épreuve. Anquetil, souffrant d’un cancer, avait fait alors preuve d’un incroyable humour noir : « Raymond, je suis au bord du gouffre … Cette fois encore, tu finiras derrière moi … » Pas de bol. Après « Maître Jacques », Poupou est tombé sur un autre monument, un Belge surnommé « le cannibale », autrement dit Eddy Merckx. Il était reparti pour des années de galère, lui, dont les observateurs disaient qu’il avait toujours l’air content de son sort. Vraiment ? Comme le confie Jean-Claude Lamy, Poupou, l’homme enraciné à jamais dans sa campagne, a quand même fini par aller voir un psy pour tenter de comprendre. Même s’il avait déjà en lui quelques bribes d’explications : « Cette popularité, je ne me l’explique toujours pas, mais elle ne m’a pas vraiment rendu service, car elle a souvent modéré mes ambitions : j’ai fini par penser que la victoire ne m’apporterait pas grand-chose de plus. » Et, sans doute, n’avait-il pas entièrement tort. Vainqueur du Tour de France, Poulidor ne serait jamais devenu Poupou !             

 

J.-M.R.


A lire

Mon Poulidor, Editions Albin Michel

 

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