Parcours vita: bientôt 50 ans et toujours en pleine forme

Né il y a 50 ans en Suisse, le concept des parcours d’entraînement en plein air a voyagé à travers le monde. Leurs bienfaits sont indéniables, sans oublier quelques règles de prudence.

Elles font partie de nos paysages, parcourant les forêts, la montagne comme la campagne ou les parcs publics: les Pistes Vita, comme on les appelle familièrement. Mais saviez-vous que l’idée de ces Zurich parcoursvita – leur nom officiel depuis 2008 – est née en Suisse il y a bientôt 50 ans?

 

Tout commença avec un responsable de la société de gymnastique masculine de Wollishofen (ZH) qui organisait régulièrement des entraînements en forêt, en utilisant des obstacles et «engins» naturels. Mais ces éléments de parcours improvisé étaient fréquemment enlevés. Pour répondre à la demande des gymnastes à l’inspecteur des forêts régional de laisser quelques rondins et branches sur place, ce dernier eut l’idée d’aménager un sentier d’entraînement permanent, accessible à la population. Un projet qu’il réalisa avec le soutien scientifique notamment d’un enseignant en sport de l’Ecole polytechnique de Zurich.

Premier parcours à Lausanne

C’est ainsi que, le 18 mai 1968, fut ouverte la première Piste Vita à Zurich-Fluntern. Deux ans plus tard, le premier sentier romand fut ouvert au Chalet-à-Gobet, dans les bois du Jorat. Trois ans plus tard, les pistes poussant comme des champignons à travers le pays, la 100e fut inaugurée à Küssnacht. Simultanément, les parcours ont pris la route de l’étranger, exportés par des touristes enchantés du concept ou des Suisses expatriés. Si bien qu’on compte aujourd’hui près de 2500 installations dans diverses régions du monde, dont l’Allemagne, l’Autriche, la France et la Belgique, mais aussi les Etats-Unis, l’Argentine ou encore l’Indonésie.

500 parcours en Suisse

En Suisse, on compte aujourd’hui près de 500 parcours (longs de 2,4 km en moyenne), dont 70 % en Suisse alémanique ainsi qu’au Liechtenstein, 7 % au Tessin et 23 % en Suisse romande.

 

«Chaque année, un ou deux parcours disparaissent et de nouveaux voient le jour», explique Barbara Baumann, de Radix, la Fondation Suisse pour la santé. Ainsi, le 20 juin dernier, une nouvelle piste a été ouverte au Noirmont (JU).» Et à Mézières (VD), les travaux d’aménagement du nouveau parcours des Grottes ont débuté mi-juin.

 

Un sentier normal a un dénivelé de 59 m pour une pente moyenne de 5 %. Selon les régions, le dénivelé de la piste est plus ou moins important.

Deux fondations

Au départ, les parcours étaient financés par la Vita assurances (d’où le nom des pistes), devenue ensuite la Zurich Vie. Aujourd’hui, l’organisation est plus complexe: la Fondation Parcours Vita assure la direction stratégique et l'expansion du réseau des parcours. Son financement est assuré par la Zurich Compagnie d’Assurances SA, avec le soutien des communes et autres organismes locaux (clubs sportifs, etc.) et entreprises. Radix assure l’exploitation opérationnelle, veille à la qualité des parcours et soutient les responsables locaux, comme l’indique Barbara Baumann, responsable des parcours au sein de la fondation.

 

L’entretien de chaque piste est en effet confié à un organisme local, majoritairement (75 %) à la commune concernée. Les 25 % restants sont le fait d’organisations de tourisme et de fédérations sportives, clubs de ski ou de randonnée, etc.

 

Tous les parcours étant accessibles à toute heure, il est difficile d’en connaître la fréquentation exacte. Mais un sondage de l’Office fédéral de la statistique (paru en 2014) portant sur les pratiques et l’utilisation des infrastructures sportives par les 15 à 74 ans, indique qu’un peu plus de 50 % de la population les utilise. A un rythme variable toutefois:  3 % s’y rendent ainsi au moins une fois par semaine, 17 % au moins une fois par mois, 17 % plusieurs fois l’an et 30 % plus rarement.

 

Au départ, les parcours étaient conçus pour des athlètes entrainés, et donc inadaptés pour les gens moins sportifs et mobiles, dont les seniors, et les familles. Petits et grands ont pourtant rapidement trouvé le chemin de ces pistes, attrayantes par leur situation en pleine nature. Ces sentiers aménagés et interdits aux chiens sont aussi des lieux de rencontre conviviaux.

 

Certains exercices étant trop exigeants, d’utilité contestable, voire néfastes pour la santé des moins entrainés, le programme a été revu une première fois en 1972. Evoluant avec leur temps, les responsables ont ensuite, en 1988, introduit des exercices de stretching en début et fin de parcours. Et en 1998, l’ensemble du concept a été revu, en collaboration avec l’Association Suisse du sport et l’Ecole fédérale de sport de Macolin.

 

Enfin, en 2008, les panneaux expliquant en texte et image les 43 exercices de force, endurance, mobilité et équilibre des 15 stations du parcours, ont été complètement renouvelés, ce qui n’est pas un garant qu’ils soient tous explicites et adaptés aux moins entrainés (lire encadré p. 30).

 

Mais, bien sûr, personne n’est obligé d’effectuer ces exercices. Et les moins entraînés, tout comme les personnes souffrant de douleurs articulaires ou d’autres problèmes de santé peuvent pleinement profiter de ce grand fitness en plein air simplement en y marchant.

Ellen Weigand

 

Faites les bons mouvements!

Bouger, c’est bon pour la santé! A condition de faire juste, et selon ses capacités, aussi sur les Pistes Vita. Les exercices proposés ne sont pas à la portée de tous et, comme toute activité physique, ils peuvent faire plus de mal que de bien à qui manque d’entraînement et de connaissances sur la manière de les exécuter.

 

Globalement, le Dr Mathieu Saubade, chef de clinique au Centre de médecine du sport du CHUV à Lausanne apprécie le concept des parcours: «Ils ont le très grand mérite d’inviter à l’activité physique grâce à un environnement attrayant et des activités ludiques pouvant être faites entre amis, en famille. C’est important pour lutter contre la sédentarité. Toutefois, les indications données en début de parcours sont un peu trop succinctes, manquant de conseils et de mises en garde, sachant que certains exercices peuvent être jugées faciles pour quelqu’un de sportif, mais compliqués, voire dangereux pour d’autres. Ils peuvent représenter des risques de blessures musculaires ou tendineuses, de chutes ou d’entorses, ou de douleurs en cas de fragilité latente pour les personnes plus âgées ou les moins entrainées.»

 

«Les personnes ayant des problèmes articulaires ou en surpoids ne devraient pas faire de sauts. Et il faudrait éviter tous les exercices de traction, sur une barre ou les anneaux, trop difficiles sans entraînement, et qui abîment les épaules, notamment des personnes plus âgées», ajoute Mylène Schenk. La physiothérapeute genevoise, maître d’éducation physique, ancienne sportive d’élite et enseignante en fitness aux universités de Genève et Lausanne, nous a montré les erreurs fréquentes des usagers sur le parcours de Carouge (GE). Et comment exécuter les exercices pour en bénéficier sans se blesser (voir photos ci-contre).

Bénéfice supérieur aux risques

«Dans l’idéal, il faudrait en effet faire le parcours avec un coach au moins une première fois, afin d’apprendre les positions et mouvements justes», note le Dr Saubade. Néanmoins, le bénéfice de ces parcours incitant à l’activité physique est supérieur au risque, si on les fait de manière rationnelle.»

Il faut encore pouvoir parler

A défaut d’explications plus précises de certains exercices, nos deux spécialistes recommandent donc de n’effectuer que ceux qu’on comprend vraiment et qu’on peut exécuter sans peine ni douleur, ou de simplement marcher ou courir sur le parcours. A éviter aussi: les mouvements brusques et les rotations des articulations ou du torse, constituant de fortes contraintes et augmentant le risque de blessures.

 

Si on utilise les parcours seulement pour courir, il importe de s’échauffer au préalable 5 à 10 minutes, et veiller à courir à la bonne fréquence cardiaque. «Il faut encore pouvoir parler sans peine en courant», indique Mylène Schenk.

1. Balancement du corps en appui sur les bras

Juste Les épaules sont abaissées, la nuque reste alignée avec la colonne, le menton légèrement baissé, le bassin est verrouillé (abdominaux et fesses serrés) et le dos droit. Cette position préserve l’articulation, très fragile, de l’épaule (risque de luxation p.ex.), évite les tensions dans le trapèze, ainsi que la cambrure du dos qui peut provoquer des douleurs lombaires.

2. Monter et descendre des troncs

Juste Les genoux légèrement fléchis, le menton légèrement baissé, les épaules abaissées, le bassin en légère rétroversion et le dos droit (ni cambré ni courbé). Dans cette position, les genoux, les lombaires, la nuque, le trapèze et les épaules sont préservés de toute tension, surcharge ou torsion.

3. Sauter à l'appui

Juste Verrouiller le bassin et garder le dos droit (ne pas lever les fesses) pour préserver les lombaires. Sauter le plus près possible de la barre, les bras en extension une fois arrivé en haut et les épaules abaissées, pour épargner épaules et coudes. La nuque dans l’axe de la colonne, sans lever le menton, évite les tensions dans le trapèze.

Ellen Weigand


Pour en savoir plus:

  • Découvrez plus de postures dans la galerie photos en début d'article

 

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