Les jardiniers ont la belle vie avec la permaculture

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Ce concept inspiré par la nature est, à long terme, nettement moins exigeant physiquement qu’un jardin traditionnel. Un avantage de taille quand le poids des années se fait sentir.

Avec les années, les travaux de jardinage s’apparentent parfois à ceux d’Hercule. Les arrosoirs semblent toujours plus lourds, la terre toujours plus basse. Et si la solution était de se convertir à la permaculture ? Ce concept inspiré par la nature, qui a semé ses premières graines dans le terreau romand, il y a quelques années déjà, et ne cesse de bourgeonner depuis, permet en effet d’éviter ou de diminuer certaines tâches fatigantes. « Lors des cours que je donne à l’Université populaire, j’entends souvent les dames d’un certain âge dire que, avec le temps, le jardinage devient une activité pénible, constate l’ethnobiologiste Gaëtan Morard, président de Permaculture romande. La permaculture offre une alternative intéressante, car, si la phase d’implantation demande un peu d’énergie, on est clairement gagnant sur l’entretien à long terme. » Ce système, qui prône la durabilité et l’éthique, brandit comme avantage premier l’arrêt du labourage, travail harassant s’il en est. « On laisse cette besogne à la faune du sol, vers de terre en tête », détaille-t-il.

Presque pas d’arrosage

L’idée centrale est de ne plus casser les couches du sol en labourant, mais d’employer les petits organismes (bactéries et champignons) pour l’aérer, produire de l’humus et des nutriments, ce qui permet d’abandonner les engrais. « On recouvre donc le sol de couches de matières organiques (tonte de pelouse, compost, fumier, paille, feuilles mortes, etc.), afin de le rendre auto-fertile », poursuit-il. De fait, plus besoin non plus de retourner le compost, puisqu’il suffit de mettre directement les déchets végétaux sur ses plates-bandes. Cette technique limite aussi la corvée de l’arrosage, le sol retenant alors mieux l’eau. « L’an dernier, malgré la chaleur, je n’ai jamais arrosé, certifie Marlise Soltermann, 65 ans, qui a commencé la permaculture il y a trois ans, grâce à un jardin collectif situé à Court, dans le Jura bernois. Au début, cela nécessite un changement de perception, mais, en laissant faire la nature, tout devient vite plus simple. En outre, cela replace la qualité de l’aliment et de l’humain au centre du processus. »

 

Une meilleure ergonomie

Mais l’intérêt de la permaculture ne s’arrête pas là… Comme il n’y a pas de plantes inutiles, les séances de désherbage sont moins nombreuses, tout comme les courbatures ! Et on fait, du même coup, des économies, puisqu’on bannit les produits chimiques. 

Pour celles et ceux qui peinent à se baisser, il y a également la possibilité de réaliser des bacs. « Faire ce qu’on appelle en permaculture des « buttes » possède plusieurs avantages : ces jardins surélevés par la superposition de couches de sol sont plus faciles d’accès d’un point de vue ergonomique et ils permettent de créer un sol assez rapidement, même si celui-ci était initialement pauvre, argumente Gaëtan Morard. En plus, on peut aussi bien le placer sur son balcon que dans son jardin, la surface n’ayant pas d’incidence sur la qualité du sol. » La permaculture plairait à Lavoisier, célèbre chimiste du XVIIIe, puisque rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, y compris le travail du jardinier, qui voit sa vie simplifiée.  

       

           Frédéric Rein

Quelques conseils pour se lancer

1. Pour savoir ce qu’on veut vraiment voir pousser dans son jardin ou son potager, il faut d’abord le conceptualiser selon ses envies et les conditions climatiques locales. Favoriser les légumes qu’on aime et les plantes vivaces (certains choux, les petits fruits, les plantes aromatiques, etc.).

2. Arrêter de labourer et commencer à couvrir l’endroit choisi avec des couches végétales (tonte de pelouse, compost, paille…) sur environ 5 centimètres de haut, le compost ou le fumier composté étant toujours placé sous la paille. Si on part de zéro, par exemple avec un bac, on choisira plutôt du compost de compostière ou, encore mieux, issu de l’entretien des zones humides (marais, étangs). Puis semer des graines ou planter des plantons.

3. Associer des plantes qui vont bien ensemble. Les livres et les sites internet sur le sujet ont fleuri un peu partout. La carotte se marie notamment bien avec l’oignon, car les fleurs de l’une éloignent les parasites de l’autre, et inversement.

4. Tirer un trait sur les pesticides et autres produits chimiques, et créer des biotopes pour accueillir la biodiversité. Dans les petits jardins, il manque souvent des prédateurs naturels pour venir à bout des limaces et des mauvaises herbes. Mais on peut louer des canards ou des poules, qui mangent les œufs des limaces et les racines des mauvaises herbes, fertilisant et aérant le sol au passage

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