Un retraité anglais fait le tour des frontières suisses à pied, en vélo et en kayak

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A 75 ans, Rupert Roschnik, retraité de Grandvaux, a décidé de suivre à pied, à vélo ou en kayak les 1899 km qui composent le pourtour du territoire helvétique.

Il a décidé de jouer les funambules. Mais le fil (rouge) de l’aventure qu’il est en train de vivre ne suit pas une ligne droite. Il épouse les contours sinueux qui dessinent la Suisse. Rupert Roschnik, 75 ans, a en effet choisi de parcourir à pied, à vélo ou en kayak les 1899 km qui composent le pourtour du pays dans lequel il s’est établi en 1970. «J’ai grandi entre l’Autriche et l’Angleterre, d’où venaient mes parents», précise cet ancien employé de chez Nestlé, pour laquelle il s’est expatrié à plusieurs reprises. «De fait, j’ai toujours été intrigué par les frontières qui, à l’époque, ne se traversaient pas aussi facilement.»

 

L’idée de serpenter le long des pourtours de la Suisse lui est venue dans les années 1980, lors d’un stage de kayak entre Goumois (F) et Saint-Ursanne. Elle est ensuite longtemps restée enfouie dans un coin de la mémoire de cet amateur de randonnées en montagne. «Je n’avais jamais fait de treks de plus de 4 jours auparavant, mais ce qui me bloquait vraiment depuis que j’ai pris ma retraite, en 2004, c’était de l’annoncer à ma femme, de peur qu’elle ne soit pas favorable à cette idée!» avoue-t-il dans un français impeccable, bercé d’un doux accent anglais. Contre toute attente, son épouse accepte d’être à ses côtés, d’assurer une partie de la logistique en date du 5 juin 2015, début de son aventure, à Bâle. «Elle m’a suivi en voiture sur certains tronçons pour m’amener mon vélo, mon kayak, ou me conduire à l’hôtel quand c’était nécessaire.»

Fidèle GPS

Son fils, l’un de ses petits-fils, un ancien collègue et les guides qu’il a engagés en montagne ont aussi partagé des bouts de route et d’aventure avec lui. Mais l’un de ses plus fidèles compagnons restera le GPS. «Avec des cartes, j’aurais perdu beaucoup de temps. D’ailleurs, même avec le GPS, je me suis perdu une ou deux fois, comme près de Porrentruy, où la route indiquée sur la carte avait disparu dans des marais. Dans la forêt jurassienne du Risoux, je l’ai laissé tomber et j’ai tourné en rond le temps qu’il refonctionne! Il m’a aussi été très utile lors d’une tempête de neige dans les Grisons, où j’ai dû faire appel à lui tous les 50 mètres.»

En route 8 à 9 heures par jour

Au gré de notre entretien dans le salon de sa maison de Grandvaux, Rupert Roschnik évoque les cols qu’il a franchis comme d’autres effeuilleraient des marguerites. On passe des pics grisons aux falaises valaisannes, mais aussi des méandres du Rhin à Bâle aux vallées très encaissées du Tessin. Parmi ses meilleurs souvenirs, l’ascension du Cervin. «Nous n’avons pas pu emprunter l’arête du Hörnli, fermée en raison du jubilé de sa première ascension. Je l’ai donc gravi par le versant italien avec un guide transalpin formidable. Nous avons mis 8 h à la montée et 7 h à la descente. Il faisait beau et cela a été une journée magnifique.» 

 

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Il n’a donc pas suivi au millimètre les contours de la Suisse? «C’est parfois impossible, car trop dangereux sur certains secteurs montagneux. Je suis resté au plus près, même si j’ai dû me résoudre à quelques détours. L’idée n’était de toute façon pas de se battre contre le chronomètre ou un record (NDLR deux personnes ont déjà réalisé peu ou prou le même tour), mais plutôt d’atteindre avant la tombée de la nuit les hôtels, auberges et cabanes – d’où nous partions souvent trop tôt pour profiter du petit-déjeuner!»

 

Toujours est-il qu’il était en route 8 à 9 heures par jour en moyenne, avec des pointes à 15 h. «Comme il a fait très beau cet été, j’ai enchaîné, sans vraiment m’octroyer de jours de repos. Je n’ai pas pour autant dépassé les limites de mes capacités physiques.»

Une pause forcée

Rupert Roschnik a malgré tout été touché dans sa chair… «Au Piz Badil, le 18 août, je suis tombé sur le visage après avoir glissé. J’ai alors dû être héliporté vers l’Italie, puis vers le CHUV.» Verdict: trois os fracturés. Mais une dizaine de jours plus tard, il repart de plus belle. Jusqu’au 6 septembre, où des douleurs à l’abdomen l’obligent à redescendre du Piz Palü. Le diagnostic tombe comme un couperet: infection rénale. Il réalise toutefois, entre le 2 octobre et le 7 novembre, quatre sessions de 4 à 5 jours, malgré le port d’une sonde urinaire!

 

Après son opération de la prostate, en décembre, il reprendra le fil de son aventure autofinancée (il estime son coût total à 35 000 francs). «Je pense repartir en mars de Samnaun. Après, il faudra voir si la météo me permet de poursuivre ou si je dois attendre le mois de mai. Mais la partie finale, le long du Liechtenstein, est assez facile. J’ai déjà fait 1750 km avec les détours, soit l’équivalent de 1300 des 1899 km de frontières. J’espère boucler la boucle et les quelque 600 km qui restent en 3 ou 4 semaines effectives, soit vraisemblablement d’ici au début de l’été. Après j’écrirai probablement un livre.» Histoire de tourner la page de la plus incroyable aventure de sa vie.

Frédéric Rein    

Suivez les aventures de Rupert Roschnik sur http://swiss-perimeter.ch

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