Martina Chyba: «J’ai testé pour vous… l’achat d’un maillot de bain»

Chaque année, une même prise de tête pour trouver le maillot de bain parfait. Autant dire que ce n'est pas gagné... © DR

La plus terrible des épreuves. Comment trouver un costume qui me plaît, même vaguement, sans faire une dépression en cabine d'essayage? Entrez dans le monde de Martina Chyba. 

Moi, à la plage ou à la piscine, je suis tellement à l’aise avec mon corps que je reste en tunique manches longues, chapeau et lunettes, planquée sous un arbre ou un parasol. Seulement, voilà, il y a un moment où on aimerait quand même se baigner. C’est con. Il faut donc posséder ce que l’on appelle un maillot de bain. Un truc moulant qui cache les endroits stratégiques, dans un tissu qui résiste à l’eau et qui sèche rapidement. Ça a l’air simple, mais ça ne l’est pas du tout. 

Il faut en effet l’acheter ce maillot de bain, et donc, l’essayer. Ce rituel de printemps est pour beaucoup de monde, en particulier les femmes, un défi insurmontable. D’ailleurs, on parle de « l’épreuve du maillot », comme si c’était une compétition olympique. Je m’apprête à relever ce challenge, comme on dit dans les cours de management. L’objectif est de trouver un costume de bain qui me va et me plaît, au moins vaguement. Le tout sans faire une dépression. Inutile de dire que ce n’est pas gagné.

Bronzage à trous

Pour commencer, je ne sais pas si vous avez vu ce que l’on nous propose. Des micro-bikinis avec des micro-ficelles; au-delà de 20 ans c’est déjà un risque, mais au-delà de 55, c’est une atteinte aux bonnes mœurs. Ou alors des maillots de mémère avec une énorme place pour le ventre et des énormes bonnets pour les seins, le tout renforcé, doublé couleur chair et généralement imprimé avec de grandes fleurs jaunes et violettes sur fond noir. Entre les deux ? Mmouais, la dernière tendance ce sont les maillots asymétriques, genre il n’y a rien sur une épaule ou des une pièce avec des trous au milieu. Le ou les trous étant placés très stratégiquement à l’endroit où il y a un bourrelet, cela passera peut-être pour une photo retouchée sur Instagram, mais qui vous fera ressembler à un salami Citterio dans la vraie vie. Et je me réjouis de voir les bronzages à trous 2022. Je ne parle même pas des hauts «bandeaux», donc sans bretelles, ça n’a jamais tenu sur moi, même quand j’étais mince et musclée.

En résumé, il me faut un maillot 1 pièce couvrant (pour le bikini j’ai lâché l’affaire, ma foi, il y a des deuils dans la vie) qui tient la marchandise, mais sans faire dadame, qui ne remonte pas sur les fesses et qui ne descend pas quand on sort de l’eau. En zèbre ou doré, avec des anneaux métalliques ce serait sympa. Inutile de redire que ce n’est pas gagné.

Je me retrouve donc, youpi, dans une cabine d’un grand magasin. Moche. La cabine et moi aussi, du coup. Il paraît qu’ils trafiquent les miroirs pour qu’on se trouve moins grosses. Ils devraient trafiquer encore un peu, en ce qui me concerne. Et les néons blafards sur la peau qui sort de l’hiver, il n’y a pas à dire, c’est top, ça fait bien ressortir la blancheur, les veines, les vergetures et la cellulite. Enfin, tester l’échancrure du maillot en gardant sa culotte est aussi quelque chose de particulièrement glamour. 

Ca fait cher la baignade

La vendeuse passe. «Tout va bien?» «Oui super, j’ai juste envie de me pendre.» Elle veut me faire plaisir: «Mais vous pouvez tout porter, vu que vous êtes maigre.» D’abord, je ne suis pas maigre. Ensuite, je ne suis pas stupide. Elle ferait mieux de me dire ce qui pourrait aller avec ma morphologie, parce que vous aurez remarqué que, avec l’âge, les formes vont exactement là où on ne les veut pas. On aimerait des fesses et des seins rebondis et un ventre plat. Or, il se passe exactement l’inverse. Donc un truc gainant et faisant un peu pigeonner le décolleté, ça m’irait. Mais manifestement… y'a pas. J’ai vu, dans une autre boutique, un beau maillot un peu doré/noir/pailleté, il était 380 francs. Ça fait quand même cher la baignade.

Bref, j’ai tenté d’acheter en ligne, j’en ai regardé sept pages, donc environ 200 modèles. Bof, pas moyen de savoir si ça m’irait ou pas et rien de très original. En désespoir de cause, je suis allée ressortir celui de l’an dernier, qui n’était finalement pas si mal. Je vous l’avais dit, ce n’était pas gagné. Mais pour ne pas rester sur une impression d’échec et me faire plaisir, j’ai réservé des vacances d’été. En Norvège. C’est vrai en plus. Allez, je pars à la recherche d’une laine polaire.

 

A la plage, surmonter ses complexes

«Lorsqu’on est en maillot de bain, c’est le moment où l’on est le plus dénudé en public. C’est une pièce de vêtement spéciale, qui relève d’une intimité que nous vivons habituellement dans notre sphère privée», analyse Audrey Millet, qui a eu l’excellente idée de publier récemment "Les dessous du maillot de bain" aux Editions Les Pérégrines. «C’est à la fois un objet de plaisir, car nous travaillons toute l’année pour nous offrir ces moments à la mer, et un objet de complexes, imaginez qu’entre les réseaux, les écrans, les publicités, une personne voit aujourd’hui 5000 images de corps nus par jour! J’ai commencé ce livre, car j’étais intriguée d’observer que les gens étaient très couverts à la plage.»

Comment surmonter ses complexes alors? «Il ne faut pas se forcer à faire du maillot un étendard de sa fierté et de son bien-être. Mais prendre un modèle dans lequel on se sent bien et, tant pis, pour le regard des autres. A la piscine ou sur la plage, vous allez bouger, nager, porter un chapeau, un paréo, il y aura du soleil. C’est un cadre dans lequel le code est de porter cette tenue, ce n’est pas du tout comme au magasin. D’ailleurs, ils devraient changer leurs cabines lingerie et être plus dans l’esprit boudoir, ce serait plus agréable pour les clientes. Enfin, dites-vous que les autres ont aussi des complexes. Même les hommes.» 

Les précieux conseils de la vendeuse

Carole Grimm, conseillère en image chez www.caroleg.ch renchérit: «A plus de 50 ans, on connaît sa morphologie. Si vous voulez allonger vos jambes prenez un peu plus échancré, si vous voulez cacher un petit ventre, prenez une culotte un peu montante et gainante, si vous voulez un joli décolleté, prenez des bretelles épaisses et une armature. Et n’hésitez pas à demander conseil aux vendeuses, ce sont des professionnelles au regard bienveillant.» 

De manière générale, Carole Grimm recommande un maillot qui tient et qui maintient. «Il faut du structuré, un tissu bien présent, de bonne qualité, une belle matière. Quitte à payer un peu plus cher. Vous le garderez plus longtemps. » Les conseils ultimes? «Allez acheter quand vous êtes bien, que vous vous sentez canon. Ne vous interdisez rien. Si vous rêvez d’un deux-pièces, il n’est écrit nulle part que c’est proscrit après 60 ans ! Osez résolument la couleur : rose, jaune, vert ou rouge, qui va très bien aux personnes rondes. Un maillot une pièce noir ou bleu marine, on croit que ça cache et que ça mincit, mais ça peut vous faire prendre 100 ans ! Et puis, misez sur les accessoires, un paréo assorti, une tunique ouverte, un chapeau, des lunettes, un gros collier. Si vous vous faites plaisir, vous serez magnifique!

 

Martina Chyba

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