Un jardin proche du paradis

© Wollodja Jentsch

Près de Lausanne, se trouve une parcelle de 15 000 m2 avec un condensé exceptionnel de plantes et d’animaux. Une visite guidée exclusive et gratuite pour nos lecteurs. 

C’est un jardin extraordinaire! On n’y voit pas de canards qui parlent anglais, ni d’oiseaux qui tiennent un buffet, comme le chantait Charles Trenet, mais un incroyable condensé de la faune suisse. Nous sommes à La Conversion (VD), à quelques encablures de Lausanne. S’étend face à nous un terrain de 15 000 m2 qui a pour toile de fond le sublime bleu du Léman.

Ce beau lopin de terre, jadis propriété d’une Allemande qui avait fait fortune à Berlin après la Seconde Guerre mondiale en tenant des cabarets très fréquentés par les Américains, est géré depuis 1996, année de son décès, par la Fondation Ellis Elliot – du nom de scène de cette strip-teaseuse. Son but: favoriser la nature et les oiseaux. Une mission déléguée en 2003 à Michel Baudraz, ingénieur en environnement, et à sa femme Natacha Koller Baudraz, biologiste. Le couple (et ses deux filles) habite la petite maison blanche qui s’y trouve. «A notre arrivée, tout était en broussaille», se rappelle Michel Baudraz, également directeur des réserves naturelles de la Grande Cariçaie.

Ils ont progressivement modelé cette parcelle selon les besoins de la biodiversité. Le jardin a été repensé dans ses moindres détails.

Une incroyable diversité

«Comme nous sommes aux antipodes du tapis d’herbe bien verte savamment tondue, certains risquent d’y voir un fouillis sans nom, prévient notre guide. Pourtant, l’entretien est de tous les instants. Les arbres sont taillés, la débroussailleuse souvent passée.»  «Des parties bien précises ont été laissées à elles-mêmes. Dans le prolongement des haies aux essences indigènes, on trouve ici et là des tas de bois orientés face au soleil, pour le plus grand bonheur des reptiles et des insectes».

Dans son inventaire à la Prévert, sur fond de chants de gros-becs et de sittelles, Michel Baudraz évoque aussi une prairie maigre, dont les herbes fauchées deux fois par an sont enlevées pour ne pas enrichir le sol et assurer un biotope idéal aux fleurs et aux papillons; 19 plaques de tôle sous lesquelles reptiles et petits rongeurs peuvent se cacher; des étangs de près d’un mètre de profondeur qui accueillent crapauds, grenouilles rousses et tritons alpestres; un compost que l’on ne peut pas retourner au printemps sous peine d’endommager les œufs de couleuvres; un coin de forêts où se trouve l’un des deux terriers de renards; un mille-feuille constitué de gravats  où trouvent refuge lézards des murailles et amphibiens (durant leur hibernation); des massifs de lierre et des arbres morts très favorables aux nids d’oiseaux. A quoi s’ajoutent des nichoirs. A oiseaux, mais aussi à chauves-souris.

Une arche de Noé

«D’ici à trois ans, le terrain en dessous sera bâti, déplore Michel Baudraz. Est-ce que cela permettra encore aux chevreuils, qui ont eu deux faons cette saison, d’être présents ici dans dix ans?»

En attendant, les Baudraz savent qu’ils ont fait leur possible pour contribuer à la conservation du maximum d’espèces. «Nous aimerions encore qu’une hermine vienne prendre possession de son nichoir. Des blaireaux passent, mais aucun ne réside pour l’heure chez nous. Parmi les oiseaux, nous souhaiterions voir nicher le torcol fourmilier, le rouge-queue à front blanc ou le milan.»

Il y a encore quelques absents, mais ce n’est rien à l’aune de la liste de présence qui fait état de 250 espèces de plantes, 105 d’oiseaux, 18 de mammifères, 4 de reptiles, 4 d’amphibiens et 40 de papillons de jour. «A titre comparatif, dans toute la ville de Lausanne, seulement 28 espèces ont été recensées en une année», note, Michel Baudraz. Fier, il l’est aussi en mentionnant la présence de quelques couleuvres d’Esculape et de muscardins, des espèces en danger.

Pour le grand public qui y est parfois convié, cette propriété représente une occasion unique de se familiariser avec la nature indigène. «Quand j’organise des visites guidées au printemps, j’assure la présence d’orvets, de salamandres, de couleuvres, de muscardins et de tritons alpestres. On peut aussi s’inviter dans les nids des oiseaux, grâce à une caméra montée sur une perche. Ensuite, il y a tous les autres animaux susceptibles de faire une apparition, comme un renard, un chevreuil et une multitude d’oiseaux différents.» Car dans ce jardin extraordinaire, tout est possible!

Frédéric Rein  

 

0 Commentaire

Pour commenter