La chanteuse Jeanne Mas, chantre du véganisme

Jeanne Mas et son fils Christopher, qui propose des recettes véganes à la fin du livre de sa mère. © Rose Photography

Voix singulière de la variété pop des années 80, Jeanne Mas est devenue, depuis une dizaine d’années, une adepte du véganisme. Elle publie un livre qui lève les idées reçues sur sa manière de s’alimenter et rassemble des recettes de cuisine véganes imaginées par son fils Christopher.

Le monde de Jeanne Mas s’organise toujours en couleurs tranchées. Dans les années 80, il était en rouge et noir, comme le titre de l’un de ses tubes, mais surtout noir comme son look de punkette nihiliste qui détonnait dans les émissions de variété française. En 2022, le vert, couleur dominante de la nature, a remplacé le rouge de la passion amoureuse et pris le pas sur le noir. Le noir est toujours là, mais concentré autour des yeux charbonneux de la pimpante sexagénaire et dans son timbre de voix quand elle évoque la souffrance des animaux qu’on exploite et qu’on tue pour se nourrir. «Le véganisme m’a rendue antispéciste. Hommes et animaux, nous faisons tous partie d’un même et unique univers. Quand donc les humains cesseront-ils de penser qu’ils détiennent le monopole de la vie.» 

Septembre 2022: Jeanne Mas est donc à Paris. Elle a quitté la ville de Phoenix en Arizona où elle habite pour venir donner quelques concerts acoustiques: «J’interprète mes deux premiers disques, juste accompagnée par un piano et une guitare. C’est sobre, mais le public aime beaucoup. C’est étonnant comme les gens se souviennent de mes chansons, Johnny, Johnny, Lisa, Toute première fois, Sauvez-moi… Je n’imaginais pas qu’elles avaient tant compté pour eux.»

Apaisement

La région parisienne, c’est aussi la ville où vit sa mère. «Le covid nous a tenues éloignées l’une de l’autre. Mais le temps passe, vous savez. Elle va sur ses 90 ans. Si son corps commence à avoir du mal à suivre, elle n’est pas vieille dans sa tête. Son secret est qu’elle s’alimente très bien: pas de graisses animales, beaucoup de végétaux.» Qui aurait pensé que, un jour, Jeanne Mas, qui a reproché à sa mère, dans un précédent livre (Ma vie est une pomme, Editions Michel Lafon), de l’avoir gavée quand elle était enfant, au point de l’avoir fait devenir ronde, qu’elle la complimenterait sur son rapport à la nourriture? Oui, le temps passe et souvent apaise…

Autre raison du retour de Jeanne Mas en France: la promotion d’un livre* pédagogique sur le veganisme et l’envie de trouver un producteur de télévision qui serait intéressé par la création d’une émission sur la cuisine végane. «Je veux informer les gens sur ce qu’est réellement le veganisme.» 

Besoin de sérieux

Réellement? L’ancienne chanteuse regrette d’avoir trop tardé avant de supprimer tout apport d’origine animale dans son alimentation, parce qu’on lui annonçait que, en renonçant à la viande et aux produits laitiers elle allait souffrir de carences en protéines, en fer, en vitamines… «Les personnes qui se lancent dans le véganisme manquent avant tout d’un savoir. Il est possible de ne développer aucune carence si l’on adopte son régime végétalien avec sérieux.»

Le livre de Jeanne Mas combat une autre idée reçue sur le véganisme, à savoir que la cuisine végétalienne s’accommoderait mal d’une nature épicurienne. Son fils, Christopher, 30 ans, ingénieur du son, végane et grand amateur de cuisine, qui vit aussi en Arizona, propose donc, à la fin du livre, une dizaine de recettes, dont un tofu brouillé sur purée d’avocat ou un hamburger végétal à base de patate douce. «Il passe plus de temps en cuisine que moi, voilà pourquoi je lui ai demandé de m’aider», sourit Jeanne Mas, avec un accent de fierté dans la voix lorsqu’elle évoque ce grand garçon jamais malade et à la force de Viking, comme elle dit. «Christopher fait partie de cette génération végane qui est en train de bouleverser les habitudes de vie et de consommation», poursuit-elle.  

Au-delà du refus de manger des animaux, les véganes s’opposent à l’exploitation animale sous quelque forme que ce soit. Un végane, par exemple, ne possède ni blouson, ni bottes, ni canapé en cuir. 

Equilibre  

«Le véganisme a transformé ma vie», reconnaît Jeanne Mas. «J’ai l’impression d’avoir ouvert la porte à un espace d’amour du vivant qui est infini. Je ne fais plus de différence entre un homme et un animal. J’estime que chaque être vivant a droit au respect et au bonheur. Aujourd’hui, je prête autant attention à une femme qui fait tomber ses courses qu’à une tortue qui a du mal à traverser une route. La seule créature que je tue, c’est le moustique. En fait, je suis devenue une super hippie!» Et Jeanne Mas de rigoler dessous son masque, qu’elle porte malgré la chaleur ambiante, car elle se méfie toujours du covid. 

Le bénéfice secondaire de rester à moitié dissimulée? Les gens ne la reconnaissent pas. Or, l’anonymat lui convient parfaitement. Aux Etats-Unis, l’artiste - ainsi qu’elle aime à se définir - vit sous un autre nom. Personne ne sait qu’elle a un passé de numéro Un au Top 50! Ainsi a-t-elle pu s’embarquer dans d’autres aventures, incognito. Elle s’est, par exemple, engagée dans une association qui recueille, dans les magasins, les marchandises invendues ou périmées pour les distribuer ou les recycler, comme des pommes flétries en compotes. «Aux Etats-Unis, le gaspillage alimentaire est écœurant, c’est d’autant plus révoltant que le nombre de personnes en situation de précarité augmente.» Et de raconter qu’elle ne manque jamais de proposer un café chaud ou une discussion avec une personne qui vit dans la rue et souffre de solitude.

Pédagogie vs politique

Et la politique, n’y a-t-elle jamais pensé, Jeanne Mas? La réponse fuse. «Vous en connaissez un, de parti écologique qui ait des préoccupations économiques et alimentaires? Quand on me parle de protection de l’environnement sans évoquer l’alimentation, sans se soucier de l’éducation nutritionnelle des enfants, sans remettre en question l’élevage intensif des animaux, cela me choque. Voilà pourquoi je préfère faire de la pédagogie par moi-même.» 

A la fin de septembre, Jeanne Mas est retournée à Phoenix, dans son appartement situé dans un quartier calme, prisé des femmes célibataires et débordant de petits restaurants véganes et de salons de thé proposant des brownies au chocolat sans beurre d’origine animale. Elle y fera de temps en temps des vocalises pour entretenir sa voix, appréciera surtout le silence et ne manquera pas de lire le nouveau livre de sa fille Victoria Mas, Un miracle, (Editions Albin Michel) dont le précédent roman Le bal des Folles (Albin Michel) a été un best seller. 

Véronique Châtel 

>> * Générations vegan, le livre de tous les apprentis vegan, Jeanne Mas, recettes de Christopher Mas, Editions New Life Hugo 

 

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