Violette Morris et sa part d'ombre

Abattue par la Résistance en 1944, cette championne sportive d’exception et amante de Joséphine Baker a choqué la bonne société à d’innombrables reprises. Un « roman » de Gérard de Cortanze la réhabilite partiellement.

Incroyable Violette Morris. Septante-cinq ans après sa mort, elle continue de diviser les historiens. S’ils s’entendent sur sa vie de sportive d’exception et ses frasques — elle fumait comme un pompier, jurait comme un charretier, picolait comme un Polonais — c’est bien sur sa collaboration avec la Gestapo que les esprits s’échauffent. Tuée dans une embuscade avec cinq autres personnes dont deux enfants, la scandaleuse aurait bien été la cible principale de la Résistance pour qui elle était une espionne, une collabo tortionnaire de la Gestapo. Pour d’autres, dont Gérard de Cortanze qui vient de lui consacrer un roman, il n’en était rien. « Elle a été tuée lors d’un attentat qui ne la visait nullement, mais par accident. La Résistance, qui souhaitait abattre un charcutier normand collabo notoire, a éliminé en même temps les cinq autres occupants de la voiture, dont Violette Morris. »
Prix Renaudot pour son roman Assam, l’écrivain ne nie pas pour autant un rôle trouble durant l’occupation allemande. Pour lui, Violette Morris était une « collaboratrice “ molle “ c’est évident…Elle a dirigé un garage réquisitionné par les Allemands, a fait du trafic d’essence et a été chauffeur d’un dignitaire de la LVF (NDLR Légion des volontaires français contre le bolchévisme). Mais cela n’en fait nullement une tortionnaire de la Gestapo, comme on l’a écrit ici ou là ! Elle n’a tué personne, dénoncé personne, torturé personne. »

 

« PAS une poule pondeuse »

Reste que, si sa mort a fait autant de bruit, c’est que la vie de cette femme a scandalisé à de multiples reprises une partie de la société française. Elle a effectivement été une championne d’exception pratiquant à un haut niveau la natation, le football, la boxe — elle ne craignait pas d’affronter les hommes — ou encore la course automobile et motocycliste. On ne compte plus ses titres, au grand dam des hommes dont le journaliste du Sport universel illustré qui rappelle « que la femme est faite pour garder sa maison et élever ses enfants ». Un comble pour cette rebelle dans l’âme : « Violette, parce qu’elle est lesbienne, refuse comme elle dit d’être une “poule pondeuse“ à une époque où on demande aux femmes de pratiquer la gymnastique afin d’avoir un corps harmonieux qui leur permettra d’avoir de beaux enfants… »
Mais ce sont ses frasques qui lui valurent d’être exclues à plusieurs reprises par la fédération. Violente, elle porte des pantalons, ce qui est interdit, frappe des adversaires. Surtout, on l’accuse de porter des caresses sur ses coéquipières. Bisexuelle, elle assume, devient même l’amante de Joséphine Baker à une époque où l’on parlait encore de la meneuse de la revue nègre ! Elle ira même jusqu’à subir volontairement une mastectomie pour conduire plus facilement une voiture de course. A-t-elle dérapé par la suite ? Amie d’une championne allemande d’athlétisme, Greta, elle a effectivement été invitée au JO de Berlin, en 1936. De là à en faire « la hyène de la Gestapo » comme l’écrit l’historien Raymond Ruffin, il y a un pas que Gérard de Cortanze refuse de faire.         

 

J.-M.R.


A lire

Femme qui court, Gérard de Cortanze, Editions Albin Michel 

 

0 Commentaire

Pour commenter