Ignace Paderewski, le pianiste patriote

L'artiste (ici en 1890) a tenu onze mois à la tête de la Pologne avant de jeter l'éponge.
© Thierry Parel & Musée Paderewski

Ce virtuose (1860-1941) a passé presque la moitié de sa vie en Suisse. Tout en se consacrant pleinement à une Pologne libre dont il fut le premier chef du gouvernement après la Première Guerre mondiale.

Aujourd’hui, son nom résonne vaguement en nous à cause de plaques de rues ou d’une salle de concert au Casino de Montbenon, à Lausanne. Certains en déduiront que Ignace Paderewski fut un musicien, et c’est à peu près tout. Et pourtant ! Ce fils de la petite noblesse polonaise fut une véritable star planétaire de son temps. Et à double titre, je vous prie. Bien sûr, il y a l’artiste. Eminent interprète de son compatriote Chopin, il a sillonné le monde avec son piano. « On ne se rend pas compte aujourd’hui. Mais, aux Etats-Unis, la maison Steinway organisait des convois ferroviaires pour transporter de ville en ville l’artiste et ses instruments. Il a gagné des sommes colossales avec ses concerts. C’était une véritable rock star », s’enthousiasme Antonin Scherrer, conservateur du Musée Paderewski, à Morges, et auteur d’une plaquette qui s’est peu à peu transformée en un véritable livre* avec une reconstitution du parcours de l’artiste, mais aussi de la situation politique, à l’époque, s’attardant notamment sur le sort de la Pologne.

 

 

Incroyable entregent

Mais la musique n’était pas le seul talent de Paderewski. L’homme avait un sens incroyablement aigu des relations humaines. Un talent qu’il a mis essentiellement au service de ses deux passions : le partage de la musique et sa patrie. Que ce soit dans le domaine artistique ou politique, il a ainsi cultivé un réseau d’amitiés impressionnant, entretenant des rapports étroits notamment avec le président américain Woodrow Wilson qui jouera un rôle de premier plan pour l’avènement d’une Pologne libre, à l’issue de la Première Guerre mondiale. Avant le conflit, le pays du pianiste est en effet sous le contrôle de trois grandes puissances : la Russie, la Prusse qui deviendra l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois. Mais, au terme des batailles, la Pologne retrouvera une existence officielle. Et, quand il s’agit de mettre en place le premier gouvernement, ce sont les Alliés qui désigneront son chef. Patriote dans l’âme — il a multiplié les actions en ce sens — Ignace Paderewski ne connaît certes pas grand-chose à la politique, mais il se retrouve propulsé premier ministre. Un choix tactique : l’homme, reconnu universellement comme artiste, est désigné d’abord pour éviter une « guerre civile » que la nomination de tel ou tel autre aurait inévitablement engendré. Mais, au bout de onze mois, dépassé par une situation bien plus catastrophique qu’on ne l’avait imaginée, l’artiste se retirera : « J’ai été désigné pour être le premier ministre de la Pologne. C’est le plus grand sacrifice qu’il m’ait été donné de faire dans ma vie. » Fatigué pour ne pas dire harassé et en mauvaise santé, Ignace Paderewski se retirera alors du côté de Tolochenaz où il a une de ses propriétés — il possède aussi un ranch aux Etats-Unis et un autre en Amérique du Sud. Mais c’est bien depuis son port d’attache vaudois qu’il continuera d’œuvrer pour la Pologne, prononçant des discours forts aussi bien à New York, à Paris et à Genève.        

 

J.-M.R.


*Paderewski président, Editions Favre
«Paderewski président», exposition au Musée Paderewski, château de Morges, jusqu’au 15 décembre

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