Voyage au cœur de l’art aborigène

Pour sa nouvelle exposition, la Fondation Opale, de Lens, nous ouvre largement les portes de l’une des cultures les plus anciennes de notre civilisation à travers l’art aborigène contemporain. Un périple tout en émotion.

Before Time Began. » Cette phrase qui sert de titre à la prochaine exposition de la Fondation Opale à Lens (VS), Bérengère Primat, présidente de cette institution, l’a entendue plusieurs fois prononcée par des artistes aborigènes du Désert central. « Ils l’utilisaient à propos des œuvres qu’ils venaient de terminer. On peut la traduire par « Avant la nuit des temps ». L’idée était de partir de cette phrase pour montrer à la fois des œuvres du début de l’art aborigène contemporain situé en 1971, d’autres, un peu plus anciennes, datant des années 1950, peintes sur écorce et issues de la région de la Terre d’Arnhem, plus au nord, et d’autres, enfin, des années 1980, qui proviennent de la région de Kimberley. »
En reprenant la Fondation Arnaud rebaptisée « Fondation Opale », Bérengère Primat avait, pour but, de faire connaître l’art aborigène dont elle possède l’une des plus belles collections du monde. Paradoxalement, si la culture aborigène est l’une de plus anciennes, forte de 60 000 ans d’existence, l’art pictural qui l’incarne est très récent. Avant que ne soient utilisés des supports permettant de découvrir cet univers exceptionnellement riche, cette culture se transmettait à travers des chants et des poèmes répétés de génération en génération. Les peintures exposées aujourd’hui sont des représentations visuelles de ces chants qui évoquent la création du monde. La plupart proviennent de la collection de la maîtresse des lieux ainsi que de celle de Arnaud Serval. Des œuvres ont également été réalisées pour l’exposition entre 2016 et 2018. Et la présence insolite d’une œuvre audio et vidéo de l’artiste suisse Pipilotti Rist ouvrira un dialogue entre les cultures.

 

Un puissant « Tourbillon de vent »

Trois artistes seront présents durant l’exposition, et deux grandes toiles collaboratives seront présentées. Les visiteurs découvriront également une surprise de taille : « Des artistes ont souhaité parler des outils et des objets importants pour eux. Chaque année, ils mettent en place une nouvelle installation à base de lances et, cette année, il s’agit d’une réalisation en forme de tourbillon de vent. A leurs yeux, cette forme représente l’âme d’une personne décédée venue apporter un message. Dans cette installation de sept mètres de haut comportant 1500 lances et créée spécialement pour l’exposition, ils ont déposé des objets traditionnels et, notamment, des photographies anciennes des années 1940 de leurs ancêtres. C’est également une façon de parler de la place de la société aborigène dans le monde de maintenant et du fait que l’on ignore quelle direction elle va prendre … »

 


Bérengère Primat : Une femme discrète, mais passionnée

 

Le 17 janvier 1973, Bérengère Primat naît à Neuilly-sur-Seine. Ses parents, Didier et Martine Primat, sont les héritiers de l’empire pétrolier Schlumberger, et sont très liés au monde de l’art. La jeune femme découvre l’art aborigène, il y a une quinzaine d’années lors d’une exposition qu’elle visite à Paris. Le choc est immédiat : elle est subjuguée. Arnaud Serval, qui est aujourd’hui son ancien époux, lui-même peintre et grand connaisseur de la culture aborigène, sera le trait d’union lui permettant de rentrer en contact avec les communautés et les artistes. De plus en plus sensible à leurs valeurs et à leur rapport à la terre et au temps, elle se retrouve, au fil de ses voyages et de ses coups de cœur, à la tête d’une collection majeure. Elle n’aime d’ailleurs pas ce terme de « collectionneuse », préférant celui d’« amateur d’art » ou de « mécène d’art aborigène ». Aujourd’hui encore, Bérengère Primat se rend au moins une fois par an en Australie avec ses cinq enfants, pour vivre au contact de ceux dont elle dit : « Il y a quelque chose de tellement fort, de tellement authentique … Je suis comme une petite fille à leurs côtés, j’ai l’impression de passer du temps avec mes ancêtres, au plus près de nos racines. »
2018: résidant à Crans-Montana depuis 2011, Bérengère Primat reprend la Fondation Arnaud érigée en 2013 à Lens, qu’elle rebaptise « Fondation Opale », du nom d’une pierre mythologique dans la culture aborigène. Le lieu est devenu une plateforme de l’art aborigène où les artistes peuvent s’exprimer et faire rayonner leur art et leur culture à travers le monde. Une première exposition réalisée avec le photographe Yann Arthus-Bertrand a été une réussite en 2018. Apaisante et tout en sensibilité, celle qui va s’ouvrir le 9 juin prochain devrait continuer d’émouvoir les visiteurs.

 

 

 

           Martine Bernier


Plus d'informations

Before Time Began du 9 juin au 29 mars 2020.
Renseignements: www.fondationopale.ch

 

 

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