Un musée à écrire l’histoire des machines

Le passionné Jacques Perrier, dans son Musée de la machine à écrire (MMàE) à Lausanne. © Yves Leresche 

Après le MCBA (Musée cantonal des Beaux-Arts), Lausanne accueille le MMàE, comme Musée de la machine à écrire. Un lieu quasi unique en son genre où l’histoire, la technique et la nostalgie s’écrivent en majuscules.

De passage au Montreux Jazz Festival en 2018, Johnny Depp cherchait quelqu’un pour réparer sa Royal P. La personne qu’il lui fallait était toute trouvée: Jacques Perrier, le Lausannois originaire de Sainte-Croix qui bichonne les machines à écrire depuis près de cinquante ans, et les collectionne depuis plus de trente ans. Son musée à Lausanne, l’un des rares dans le monde à présenter l’histoire de cet outil révolutionnaire, fait peau neuve dans un nouvel espace convivial à la rue des Terreaux, au centre-ville.

Tout à la fois lieu d’exposition, atelier, espace culturel et café, le MMàE abrite une incroyable collection comprenant plus d’un millier de machines, dont 250 sont exposées, y compris des modèles chinois, coréens, bulgares et serbes. Elle a été constituée de façon muséale depuis 1986 par Jacques Perrier et son père Charles, tous les deux mécaniciens sur machines à écrire formés successivement chez Paillard et Hermes-Precisa International, des fleurons de l’industrie du Nord vaudois.

Dans ce musée, il est permis de toucher: cinq machines fonctionnelles sont mises à disposition des nostalgiques ou des novices de la dactylographie. Du papier et un espace bureau sont fournis pour taper une lettre d’amour ou le roman du siècle. «Il y a des gamins qui viennent ici qui n’ont pas connu l’ère de la machine à écrire, s’amuse Jacques Perrier. Ils sont en admiration devant ces objets, car ils rêvent tous d’être Samuel Dashiell Hammett ou Agatha Christie. Ils ont tous envie d’écrire, mais à la machine!»

Petites merveilles

Parmi les petites merveilles exposées, l’Olympia SG3 tape à l’œil. Celle-là même sur laquelle Jacques Perrier a fait son apprentissage: «La mienne avait été modifiée pour y placer des passeports. Pendant une quinzaine d’années, je me suis occupé des 19 préfectures du canton. Je me baladais tout le temps avec une série de pièces d’identité dans ma serviette. Un gage de confiance qui valorise quand on a 25 ans.»

S’il est vrai que l’informatique a rendu la machine à écrire obsolète, elle revêt désormais une dimension quasi totémique. Objet d’art ou de décoration, fétiche, la machine (à remonter le temps) n’en demeure pas moins fonctionnelle quand elle passe entre les mains expertes de Jacques Perrier qui croule sous les demandes de particuliers qui lui confient l’Olivetti de grand-maman ou la Remington de l’oncle d’Amérique pour la remettre à neuf. Quitte à fabriquer d’éventuelles pièces manquantes.

Idéal pour accueillir des ateliers d’écriture, des vernissages de livres ou autres rencontres culturelles, le MMàE bataille encore avec le Réglement d’une Police du commerce cherchant à distinguer le café du musée, là où les deux sont complémentaires. Au-delà des problèmes administratifs, ce lieu d’exception a de bons atouts à faire valoir pour acquérir le statut d’institution qui lui revient.

Nicolas Verdan

>> Plus d’infos: Musée de la machine à écrire, rue des Terreaux 18b, Lausanne, tél. 079 229 13 03, www.machineaecrire.ch

 

Jacques Perrier frappe sur les touches de la nostalgie

Yost 20: «Une machine chère à mon père. Elle lui rappelait son apprentissage. C’est la première que j’ai cherchée pour ma collection. Elle a une grande ingéniosité dans le fonctionnement.»

Underwood 5: 

«C’est une très bonne machine qui a très bien résisté au temps et à l’usage et qui, comme beaucoup d’autres marques, a disparu du commerce avec l’arrivée des machines électroniques.»

Hermes 3000: «Un objet mythique. Mon arrière-grand-père a bossé chez Paillard, ainsi que mon père. Celle-ci est de 1958. Elle porte le numéro 30003279. On en a tiré la police de caractère pour le musée.»

Hermes Baby: 

«C’est une machine révolutionnaire utilisée par de nombreux écrivains. Mon père a travaillé sur les premiers modèles comme régleur en fin de chaîne de production, dans les années 40.»

Towa Type: «Je l’ai fait venir depuis le Japon. Elle a une seule touche, mais 2450 caractères sur un plateau. L’impression se fait verticalement ou horizontalement.»

Mignon: 

«Fabriquée entre 1903 et 1930 par la société berlinoise AEG. Tous les caractères sont sur un cylindre, mais elle n’a pas de touches traditionnelles. Son aspect décoratif est plaisant.»

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