Sam Szafran, peintre de l’abîme

Atelier aux feuillages bleus: Jean Paget dans le hamac à la Besnardière. © DR

Maître du pastel, qui a priori évoque une certaine douceur, cet artiste a été marqué par les événements tragiques de sa vie. Et son œuvre s’en ressent, parfois jusqu’au vertige.

Artiste au parcours unique, loin des modes, peintre des ateliers et des escaliers, marqué par des thèmes obsessionnels. C’est ainsi qu’au fil des années et des catalogues, les spécialistes esquissent le travail de Sam Szafran qui revient, dix ans après, sur les cimaises de la Fondation Gianadda.

Derrière l’artiste au talent incontestable, il convient toutefois de s’attacher à l’homme, pour mieux comprendre une œuvre incroyablement riche et virtuose. Né en 1934, fils d’une famille d’émigrés juifs polonais, Sam Szafran est d’abord un rescapé. Il ne doit qu’à la présence d’esprit d’une tante, arrêtée elle aussi par la Milice, d’échapper à la rafle du Vél d’Hiv. Sa parente lui avait conseillé, à lui, le petit garçon blond, de dire qu’il était le fils du concierge et qu’on l’avait embarqué par erreur avec les Juifs. Mais ce ne sera qu’un sursis puisqu’il est arrêté une seconde fois par la SS en 1944 à Orléans et interné dans le camp de Drancy. Il en sortira par le dernier train qui quitta la France pour Auschwitz, le camp de la mort où presque toute sa famille a péri. Lui survivra, libéré par les Américains.

Fan de Mickey

S’ensuit une période d’errance à son retour en France, après un crochet par l’Australie. Même si très jeune, il s’initiait déjà au dessin en copiant le Journal de Mickey, il rejoint une bande de voyous qui sème la terreur à Paris. Jusqu’au jour où le chef du gang lui dit: «Si j’avais un talent comme le tien, je ne serais pas un malfrat.»

Un véritable chaos

Dès lors, Szafran va s‘inscrire à un cours de peinture du soir et faire son chemin, notamment en rencontrant des écrivains et des artistes qui lui serviront de muses ou en tout cas éclaireront son parcours. Parcours tourmenté, on l’a dit, comme ses Escaliers où il se joue de la perspective jusqu’au vertige. Ou ses Ateliers dans lequel meubles, tréteaux et cadres «s’enchevêtrent dans un intense désordre, relève l’historienne de l’art Antoinette de Wolff. Un véritable chaos!»

Obsessionnel, Sam Szafran va l’être aussi dans son utilisation du pastel, dont il est perçu comme le maître de la renaissance. C’est après avoir reçu une boîte en 1960 qu’il va se lancer à corps perdu dans cette technique, délaissant la peinture à l’huile. Pendant dix ans, il va se vouer à ce mode d’expression nouveau pour lui, «sachant exploiter à merveille le plus grand nuancier de l’histoire de l’art qu’est le pastel avec sa gamme de 1600 tons. Un véritable arc-en-ciel que cette palette, dont les visiteurs de la Fondation Gianadda auront un bon aperçu entre philodendrons – un thème récurrent là aussi – et autres œuvres de l’artiste: gravures, fusains, peintures, aquarelles.

J.-M. R. 

 

(L'article a paru dans la version imprimée de Génération Plus de mars 2013)

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