Matisse: le fauve qui voit rouge

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Il n'était pas destiné à être peintre. Pourtant, Henri Matisse (1869 – 1954) est devenu incontournable, sacré chef de file du mouvement des Fauves. A voir à Martigny.

Dans une lettre au journaliste américain Franck Harris, Henri Matisse a écrit: «L'histoire de ma vie est sans événements marquants: je peux vous la raconter très brièvement.» Il était modeste, omettant de préciser qu'il s'est «contenté» de révolutionner la peinture contemporaine.

 

Fils de marchands aisés, il a obéi à ses parents qui voulaient faire de lui un homme de loi. De 18 à 22 ans, docile, Henri a donc essayé d'être clerc d'avoué à Saint-Quentin. Ni précoce, ni prodige, il doit finalement sa vocation artistique à un coup du sort. Cloué au lit en 1890 pendant près d'un an après une opération de l'appendicite, le jeune homme s'ennuyait tellement que sa mère lui a offert une boîte de couleurs. La suite est connue. Monté à Paris, il étudie la peinture et en casse les codes établis. S'il fascine les uns, il en choquera bien d'autres. Et notamment en 1905 où il fait scandale au Salon des Indépendants avec ses teintes crues et ses formes épurées. Les critiques s'en donnent à cœur joie face à ses toiles, estimant qu'il s'agit «d'un pot de peinture jeté à la face du public.» Mais Matisse finira par séduire grâce à sa manière originale de concevoir son art, et par ses couleurs percutantes, parmi lesquelles les rouges, déclinés dans plusieurs de ses créations majeures.

 

Aujourd'hui, l'enthousiasme pour les tableaux de Matisse n'a pas faibli. En 2009, lors de la vente de la collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, c'est l’un d’eux, Les coucous, tapis bleu et rose, qui a provoqué le plus de ferveur. Estimée à 32 millions d'euros, la transaction marquait un record absolu pour une œuvre du peintre proposée aux enchères.

 

L'exposition, à découvrir à  la Fondation Pierre Gianadda, mettra en exergue l'évolution du travail de Matisse au fil de ses amitiés et de ses rencontres artistiques. Plus de cinquante toiles sont accrochées en fonction de neuf sections: l'atelier de Gustave Moreau, le fauvisme, l'influence du cubisme, les années niçoises, les odalisques, l'atelier du Midi, l'Atelier, les modernismes et «dessiner dans la couleur».

 

Martine Bernier

 

Matisse en son temps, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, du 20 juin au 22 novembre 2015, tous les jours de 9 à 19 heures. Ne manquez pas cette magnifique rétrospective! Des places sont à gagner dans notre page Club.

 

Le fauvisme, qu'est-ce que c'est?

En 1905, Matisse se fait traiter de «fauve» par un critique choqué par ses couleurs qui ne correspondent pas à la réalité. La particularité du fauvisme? Exprimer des émotions sans tenir compte des teintes naturelles du sujet, en utilisant des couleurs pures et souvent discordantes.

 

L'œuvre de Matisse pouvait compter sur un fervent défendeur: Apollinaire. Celui-ci déclarait dans le journal La Phalange: «Nous ne sommes pas ici en présence d'un extravagant ou d'un extrémiste: l'art de Matisse est éminemment raisonnable.» Le fauvisme n'a pas duré longtemps puisqu'en 1910, il était déjà déserté par ceux qui l'avaient créé. A la fin de sa vie, handicapé par la maladie qui le clouait au fauteuil roulant, Matisse a, pour sa part, notamment exploré la technique des découpages. Certains sont célèbres pour leur beauté... et, pour l'un d'entre eux, d'une anecdote. Le bateau, créé en 1953, a en effet été exposé en 1961 au Musée d'Art Moderne de New York durant 47 jours... avant que Geneviève Habert, agent de change à Wall Street, ne constate lors d'une visite qu'il avait été accroché à l'envers.

 

Portrait de la Baronne Gourgaud (1924)

Matisse a réalisé de nombreux portraits de femmes, parmi lesquels cette toile, commandée par la riche héritière d’un banquier américain, Eva Gebhard, qui a épousé le baron Napoléon Gourgaud. Bien que la tenue de la baronne soit très sophistiquée, Matisse se concentre davantage sur la construction de l’espace faite d’un délicat jeu d’échos.

Grand Intérieur rouge (1948)

Dans ce célèbre tableau, le peintre multiplie les contrastes et les oppositions de courbes et de droites. Sur le mur, côte à côte, se trouvent une toile et un dessin au lavis représentant chacun un intérieur. Et l’œuvre dans son ensemble rappelle l'ensemble des rouges de Matisse.

Lorette à la tasse de café (1917)

Italienne, Lorette a été pendant plusieurs années le modèle préféré de Matisse. Ici, son attitude est servie par des lignes souples et ondoyantes tandis qu'une tasse de café posée bien droite sur un guéridon immobilise la scène.

Le cheval, l'écuyère et le clown (1947)

De cette nouvelle façon d'aborder son sujet, Henri Matisse disait: «J'ai atteint une forme décantée jusqu'à l'essentiel, et j'ai conservé de l'objet, que je présentais autrefois dans la complexité de son espace, le signe qui suffit et qui est nécessaire à le faire exister dans sa forme propre et pour l'ensemble dans lequel je l'ai conçu. Il s'agit pour moi d'une simplification: le papier découpé me permet de dessiner dans la couleur.»

Intérieur à Collioure (1905)

La lumière dorée du petit port catalan se retrouve capturée dans la trame de cette chambre avec vue sur la mer. Matisse joue avec les couleurs en esquissant un cercle chromatique dispersant les ombres au passage.

Nature morte au buffet vert (1928)

Dans ce tableau, Matisse ne cache pas sa référence à Cézanne et Bonnard. L'orange est un élément récurrent dans son œuvre, à tel point qu'Apollinaire en disait: «Si l’on devait comparer l’œuvre d’Henri Matisse à quelque chose, il faudrait choisir l’orange. Comme elle, l’œuvre d’Henri Matisse est un fruit de lumière éclatante.»

 

 

 

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