L'incroyable univers de l'ombre

Félix Vallotton
Soir, Côte de Grâce

1917, huile sur toile, 51x65 cm
Collection privée Winterthour

Jusqu’au 27 octobre, la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, explorera les liens intimes existant entre l’ombre et les arts à travers sa prochaine exposition.

En 2013, la Fondation de l’Hermitage avait monté une exposition qui avait été un succès : Fenêtres, de la Renaissance à nos jours. Dürer, Monet, Magritte ... Elle récidive et entraîne une nouvelle fois le public dans une exploration des grands thèmes de l’iconographie occidentale en lui proposant de pénétrer dans l’univers de l’ombre. Ombres, de la Renaissance à nos jours réunit près de 140 œuvres signées par les plus grands noms, retraçant cinq cents ans d’histoire de l’art sous de multiples formes : peinture, estampe, dessins, sculpture, installation, découpage, photographie ou vidéo. Faut-il le préciser, les ombres nourrissent les œuvres de leur présence depuis des siècles. L’exposition bénéficie de prêts provenant de musées prestigieux et de collections privées. Elle réunit toutes les facettes du travail d’une kyrielle d’artistes du XVIe au XXe siècle témoignant, tous, d’un intérêt constant pour ce thème. Il apparaît dans les autoportraits, dans la recherche sur la perspective, le travail sur le clair-obscur ou dans la dramatisation des paysages chez les romantiques. L’exposition s’attarde également aux ombres impressionnistes toujours colorées, notamment dans les tableaux de Claude Monet, et des post-impressionnistes qui témoignent de l’apparition de la lumière artificielle, en réaction face à la prédilection des impressionnistes pour la représentation naturaliste de la lumière et de la couleur.

 

Les ombres d’aujourd’hui

L’ombre poursuit son chemin à travers les siècles sur les murs de l’Hermitage en visitant toutes les facettes de son traitement à travers le regard des artistes de tous les temps. La création moderne et contemporaine n’est pas oubliée, à travers des œuvres emblématiques de Pablo Picasso, Andy Warhol, Christian Boltanski ou encore Joseph Kosuth. Les arts modernes, quant à eux, sont représentés par les artistes vidéo et une importante partie photographique rassemble notamment des images troublantes et étranges. N’allez surtout pas imaginer que l’exposition est sombre ou angoissante … même si une salle surréaliste s’attarde sur les aspects les plus effrayants du thème. Comme le souligne Sylvie Wuhrmann, directrice de la Fondation de l’Hermitage, « l’ombre inquiète, mais elle amuse également, nous accompagne au quotidien. Elle est au cœur de l’invention de la peinture, du dessin. Nous sommes partis dans de nombreuses directions différentes, racontant toutes les histoires de l’ombre. Nous présentons bien sûr des ombres inquiétantes, mais aussi des ombres légères, séductrices, poétiques … » Pline l’Ancien racontait qu’une jeune femme habitant Corinthe avait dessiné le profil de son amoureux à la lueur d’une chandelle avant de le laisser partir pour la guerre. Le dessin était né … grâce à l’ombre.

            Martine Bernier

 

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