Devine ce qu’on va manger demain?

Des pilules, des pâtes semi-liquides dans des distributeurs? Difficile de prédire ce qu'on mangera demain. © Elsa Mesot / William Gammuto

A Vevey, l’Alimentarium nous propose une exposition aux senteurs futuristes, quand bien même elle est basée sur des concepts du passé. Au final, un menu des plus savoureux.

 

Des pilules, bleues, jaunes, vertes, rouges? Ou alors des crackers de couleur, supposément composés de plancton comme dans le film d’anticipation «Soleil vert» (1973), voire une nourriture semi-liquide sous forme de pâte? Cela fait longtemps que l’humanité s’interroge sur l’alimentation du futur. Imaginez, en 1893 déjà, une suffragette américaine, Mary Elizabeth Lease, dans son discours pour l’Exposition universelle de Chicago, évoquait l’aliment unique!

Et nous? Que trouverons-nous dans notre assiette dans deux, trois décennies? A défaut de jouer les Madame Soleil, les spécialistes de l’Alimentarium à Vevey ont empoigné ce sujet avec une exposition intitulée «Food2049»*, en référence au film «Blade Runner 2049».

Ces références cinématographiques ne sont pas là par hasard. Dans de nombreux longs métrages, les scénaristes ont imaginé la cuisine de demain. Parfois en se penchant sur le passé comme dans la série canadienne «Travelers» où des voyageurs du futur, végans forcément, découvrent avec horreur que leurs ancêtres mangeaient des hamburgers! 

Vous l’avez compris, les deux concepteurs de l’exposition, Jelena Ristic et Nicolas Godinot, sont des cinéphiles. Mais, pas seulement, ils se sont penchés aussi sur la littérature ou la pub pour découvrir comment nos ancêtres, mais aussi nos aînés, imaginaient nos repas à l’avenir. 

Comme les visiteurs pourront s’en apercevoir, dans un premier temps, les fantasmes humains se résumaient plutôt à une diminution de la corvée alimentaire. «Il faut dire que de l’agriculture à la cuisine, cela prenait alors beaucoup de temps», souligne Jelena Ristic. C’est donc en toute logique que l’on rêvait alors d’immenses machines plus ou moins autonomes dans les champs. D’autres évoquaient un avenir plus loufoque comme sur cette illustration de 1930 montrant deux hommes à table, nourris à la becquée par une machine aux multiples bras. Plus besoin de fourchettes et de couteaux: assis, ils se contentent d’ouvrir la bouche. Dans cette vision, «il manque évidemment toute la dimension du plaisir gustatif et social», relève, en s’amusant, Nicolas Godinot.

Le robot libérateur

Puis arrive l’ère non pas de machines imaginaires, mais des robots de cuisine qui «libèrent Madame». Vive le mixeur, le couteau électrique et autres gadgets où il suffit de presser sur un bouton. Bon… ce que la pub ne dit pas, c’est le temps consacré, ensuite, à nettoyer la machine.

Où en sommes-nous en 2022, se demanderont inévitablement les visiteurs de l’Alimentarium? Avec une population mondiale en constante augmentation, le réchauffement climatique et une vision de plus en plus écologiste, les données ont considérablement changé. On peut, sans trop s’avancer, imaginer que le menu sera constitué de plus de protéines d’origine végétale. Dans un monde idéal, «il s’agirait aussi de procéder à une meilleure répartition des richesses», note Nicolas Godinot. En tout cas, plus question, comme dans les années 1950, de vouloir assécher la Méditerranée pour la transformer en zone agricole (série «La vie en l’an 2000», 1954). 

Jean-Marc Rapaz

>> * Food2049, Alimentarium de Vevey, jusqu’en 2023. Infos sur: www.alimentarium.org

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