Champollion a fait parler les pharaons

C’est notamment grâce à sa connaissance des langues – il en maîtrisait des dizaines – que Champollion, ici peint par Léon Cogniet (1831), a réussi là où tous les autres chercheurs s’étaient cassé les dents. © Wikipédia

 

Certes, sa découverte est moins glamour que celle de Howard Carter qui a mis au jour la tombe intacte de Toutânkhamon. Il n’en reste pas moins que, en décryptant les hiéroglyphes, le savant français Champollion est le véritable père de l’égyptologie.

Sans lui, tout un pan de l’Egypte antique nous serait inconnu. C’est au terme de travaux harassants que Jean-François Champollion (1790-1832) est parvenu à déchiffrer les hiéroglyphes en septembre 1822. Une découverte capitale qui nous a permis de connaître véritablement l’histoire d’une civilisation millénaire dont les réalisations font aujourd’hui l’admiration de millions de touristes. Qui n’a jamais vu, ne serait-ce qu’en photos, les pyramides de Gisez, le Sphinx, la Vallée des Morts, le complexe religieux de Karnak ou encore celui d’Abou Simbel?

Considéré comme le Mozart de l’Egyptologie par le chercheur et auteur Christian Jacq*, Champollion n’a pas eu la tâche facile. Depuis le XVIIIe siècle, une compétition féroce opposait de nombreux chercheurs avides de déchiffrer la parole des dieux. Mais le natif de Figeac, moins de 10'000 habitants aujourd’hui, a été le seul à comprendre qu’il s’agissait à la fois d’une écriture phonétique et symbolique. Avec cet éclairage et grâce à la pierre de Rosette, découverte en 1799, il va pouvoir établir sa fameuse grammaire.

Pour rappel, ladite pierre était un fragment de stèle sur lequel était inscrit un décret royal publié en 196 avant J.-C. Sa particularité exceptionnelle vient du fait que ce texte est inscrit en trois écritures. A savoir en hiéroglyphe, en démotique (écriture simplifiée de l’ancien égyptien) et en grec ancien. Facile alors la traduction? Du tout. La langue réservée à la haute société antique utilise des signes qui ne sont pas forcément des idéogrammes, mais peuvent aussi constituer des sons ou des signes muets suivant leur position et le contexte. Bref, il faut tout le génie de Champollion et sa connaissance de la langue copte pour en finir avec ce casse-tête.

Ah oui, on a oublié de vous dire que le savant maîtrise des dizaines de langues dont le latin, le grec, mais aussi les runes, le gaulois, l’arabe, le phénicien, le chinois et «même les hiéroglyphes mexicains», relève Hélène Virenque, égyptologue et commissaire de l’exposition**  consacrée à Champollion par la Bibliothèque nationale de France

Une fenêtre sur le passé

Une exposition qui permet au visiteur de découvrir que Champollion ne s’est pas borné à établir une grammaire, il s’est appliqué aussi à mettre en lumière le panthéon égyptien et une chronologie des pharaons. «C’est vraiment la fondation de l’égyptologie», souligne Hélène Virenque dans le mensuel Geo. 

Bref, un travail de fou pour un scientifique qui n’avait alors jamais mis les pieds au pays des pharaons! C’est en août 1828 seulement, soit six ans après sa découverte majeure, qu’il débarque au pays des pharaons. Il mettra en pratique sa science pendant plus de douze mois avant de rentrer au pays où il est placé en quarantaine à Toulon dans un lazaret humide et glacé, ce qui aggrave sa goutte, sa tuberculose et probablement une bilharziose (maladie parasitaire) contractée en Egypte. Et, trois ans plus tard, il décède de cause inconnue à Paris, à l’âge de 41 ans seulement. 

Jean-Marc Rapaz

*A l’occasion du bicentenaire de la découverte, Christian Jacq a eu la bonne idée de rééditer son roman de 1987, «Champollion l’Egyptien», avec une préface inédite et un cahier photo, Editions XO.

** Exposition: L’aventure Champollion — Dans le secret des hiéroglyphes, Bibliothèque nationale de France à Paris, jusqu’au 24 juillet.

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