Allez admirer « La Joconde » des musées romands !

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Grâce aux mesures d’assouplissement consenties par le Conseil fédéral, les musées ont pu rouvrir leurs portes le 1er mars dernier. Pour vous, les directeurs et les conservateurs ont choisi une œuvre majeure exposée dans leur institution. 

 

 

 

 

Marine, de Pierre Bonnard

Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, jusqu’au 30 mai

« Ce paysage plein de vitalité de Pierre Bonnard est emblématique de notre exposition Chefs-d’œuvre de la collection Bemberg. S’il rappelle, par son sujet, les toiles impressionnistes qui inspirent Bonnard au début des années 1900, l’audace du cadrage et celle de sa palette le distinguent de ce groupe d’artistes. La mise en page est insolite; relégués au coin inférieur droit, les personnages sont coupés du cadre et se confondent avec leur environnement. Dominé par des tons chauds de violet et de jaune qui transcrivent la lumière du Sud, ce paysage semble tiré d’un rêve. Réalisé après un séjour à Saint-Tropez, en 1909, Marine témoigne de la nouvelle préoccupation de Bonnard pour la couleur. » 

Aurélie Couvreur, conservatrice 
Site internet de la Fondation de l’Hermitage

 

 

 

 

La Source, Gérard Bregnard 

Musée de l’Hôtel-Dieu Porrentruy (MHDP)

 

« Œuvre charnière dans la carrière de l’artiste jurassien Gérard Bregnard, La Source éclot après une période de vide créatif et à l’aube d’un nouveau départ qui le mènera à une carrière de peintre professionnel. L’univers onirique qui lui est cher se dévoile tout d’abord au travers des quatre éléments : la source (eau), les oiseaux, le ciel (air), la chaussure, la montagne (terre) et, enfin, le feu dans les couleurs embrasantes des rochers. La montagne est animée, mouvante, vivante. Elle se modèle en signes pour créer un discours symbolique : deux tours, deux arches, un torse fendu et fermé par deux boutons, une chaussure ouvrant grand sa bouche et laissant sortir une langue obscène — veut-elle laper l’eau ou engloutir la femme ? Bregnard livre un sujet surréaliste par l’accession au rêve, au subconscient, à l’intérieur du moi. Un étonnant sentiment d’étrangeté s’en dégage. »

Anne Schild, conservatrice
Site internet du musée de l’Hôtel-Dieu Porrentruy (MHDP)

 

 

 

 

Retable de l’abondance occidentale et du mercantilisme totalitaire, Jean Tinguely

Au Musée d’art et d’histoire Fribourg & de l’Espace Jean Tinguely-Niki de Saint Phalle

 

« La perception que l’on a d’une œuvre est souvent étroitement liée à un contexte, une temporalité, un vécu ou un imaginaire. Le Retable de l’abondance occidentale et du mercantilisme totalitaire de l’artiste fribourgeois Jean Tinguely s’inscrit dans la suite des retables qu’il a créés dès 1981, à la suite de la mort de sa mère. L’œuvre reprend une formule de l’art médiéval religieux, très présent à Fribourg. En même temps, ce retable prend la forme d’un stand de tir et rappelle les fêtes foraines de notre enfance. Derrière ce « kitsch » apparent, embrassé de son et de lumière, l’artiste évoque une société qui élève la consommation au rang d’un dieu. La légèreté de l’enfant, du premier regard, cède petit à petit la place aux responsabilités de l’adulte. Puis, à la fin, il revient à chacun, au contact de l’œuvre, de laisser surgir ses émotions… » 

Ivan Mariano, directeur 
Site internet du musée d'art et d'histoire fribourg

 

 

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La Pêche miraculeuse, de Konrad Witz

Musée d’art et d’histoire (MAH) de Genève

 

« Ce panneau représente La Pêche miraculeuse, épisode dans lequel saint Pierre est le protagoniste. Konrad Witz fait ici preuve d’une grande dextérité technique, comme le montrent les reflets des personnages dans le lac ou le rendu de la transparence de l’eau. Singulièrement, il met en scène le miracle dans le paysage genevois embrassant le Môle et le Mont-Blanc au lointain et crée ainsi le premier « portrait » de paysage connu dans la peinture occidentale et topographiquement exact. Fait rare au Moyen Age, ce panneau — qui constitue l’une des faces extérieures du retable réalisé en 1444 pour le maître-autel de la cathédrale Saint-Pierre, à Genève —   est signé et daté par une inscription sur le cadre, révélant l’importance de la commande. »

Sylvie Aballéa, assistante conservatrice
Site internet du Musée d’art et d’histoire (MAH) de Genève

 

 

 


 

Portrait de jeune femme, de Ernest Biéler

Musée d’art du Valais, à Sion

« Quelle est notre « Joconde »? Je choisirais ce Portrait de jeune femme, dont le sourire est tout aussi énigmatique. Il s’apparente à la série des « têtes » de Valaisannes. Toutefois, ce portrait n’a pas grand-chose de valaisan . Considéré comme le chef de file de l’Ecole de Savièse, Biéler est connu pour ses représentations idéalisées de la société rurale. Le traitement qu’il réserve aux costumes traditionnels est propre au style de l’époque 1900 : des aplats de couleurs sont encadrés par un cerne noir. Le décoratif l’emporte sur l’effet de réel. » 

Céline Eidenbenz, directrice  

Site internet du Musée d'art du Valais, à Sion

 

 

 

 

Nu à l’écharpe verte, Félix Vallotton

Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds (NE)

 

« Une femme dort, nue, à peine couverte d’une écharpe de soie. Son corps ondulant traverse le tableau, délimite la tapisserie striée d’une douillette mer de velours rouge sur laquelle elle se languit lascivement. Ce tableau s’inscrit dans la tradition de la Vénus endormie, très populaire depuis la Renaissance; le nu n’est toutefois ici plus justifié par l’excuse mythologique. Le « male gaze », qui désigne dans l’art le regard masculin faisant des femmes un objet de désir, trouve dans cette œuvre un exemple parfait. La femme se fait muse et l’artiste la modèle à l’image de ses fantasmes. Mais alors que ce regard devient tellement récurrent qu’on le pense normal, quelque chose nous turlupine… Et si on faisait en sorte que ça change ? » 

Marie Gaitzsch, conservatrice adjointe 
Site internet du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds (NE)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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