Patrick Dewaere, l’écorché vif

@DR

Le 16 juillet 1982, un coup de feu résonnait dans l’appartement parisien de l’acteur. L’inoubliable acteur du film Les valseuses venait de se tirer une balle dans la tête.

Bien sûr, c’est toujours plus facile de le faire remarquer après. Mais le suicide de Patrick Dewaere, à 35 ans, avait quelque chose d’attendu pour tous ceux qui suivaient sa carrière. Fragile, un acteur l’est toujours. Mais on devinait une fêlure plus importante chez le jeune voyou en cavale avec Depardieu et Miou-Miou dans Les valseuses. Un côté sombre, imprévisible qu’on retrouvait également dans Coup de tête de Jean-Jacques Annaud où il interprétait une tête de lard qu’on sortait de prison pour aider le club local de foot à gagner des matchs.

Et, effectivement, dans sa vie privée, le brillant comédien était un homme totalement imprévisible et sensible à l’extrême, comme le souligne le journaliste Laurent-Frédéric Bollée, scénariste d’une biographie bluffante sous forme de roman graphique.

 

« On sait tous qu’il était vraiment un écorché vif», souligne le biographe. Et d’évoquer le manque de reconnaissance de ses pairs. « Cinq fois, on va le nommer pour le Meilleur Acteur et une fois pour le Meilleur Second Rôle — et jamais il n’aura de César. On l’a vu pleurer, un soir de cérémonie, sur les épaules de Jean-Jacques Annaud, avec lequel il avait tourné Coup de tête. Avec le temps, on se dit vraiment que ne pas le lui avoir donné pour son rôle dans Série noire est une injustice flagrante…»

Pour Laurent-Frédéric Bollée, Patrick Dewaere « payait, là, quelques travers de sa personnalité, quelques attitudes pas toujours comprises dans le milieu du cinéma. Et, comme tout acteur, toute personne hypersensible, il avait besoin de reconnaissance et de preuves d’affection, c’est certain…»

 

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Dans l’ombre de Gérard

De fait, si ce natif des Côtes-d’Armor a tourné avec tous les plus grands réalisateurs, il était aussi connu comme colérique, bagarreur et accro à diverses 
substances. Sans oublier un côté amoureux transi. On pense à sa liaison avec Miou-Miou, sans doute « la femme de sa vie», partie, sans crier gare, dans les bras d’un jeune et beau chanteur ténébreux, Julien Clerc.

Et puis, évidemment, il y a sa relation avec Depardieu qui oscille entre amitié, jalousie et rivalité. Dans l’histoire du cinéma français, « ils sont à jamais associés comme les deux compères des Valseuses, l’un des films les plus importants de la décennie 70. Et le mérite de Dewaere, face à ce grand acteur qu’est déjà Depardieu et qui deviendra encore plus une superstar par la suite, est de se situer instantanément à son niveau, relève le journaliste.

Ensuite, c’est comme si leurs trajectoires étaient liées, et on les retrouve ensemble dans Préparez vos mouchoirs, toujours de Bertrand Blier, et on a pu, en effet, parler de rivalité… Dewaere a souvent comparé sa trajectoire à celle de Depardieu, et il a pu en ressentir une certaine amertume.»

Reste, aujourd’hui, une filmographie épatante, des rôles inoubliables comme F… comme Fairbanks. « Un film où il est d’évidence génial et où il habite jusqu’à la folie son personnage de chômeur qui tombe amoureux d’une fille sublime jouée par Miou-Miou, alors qu’ils sont précisément en train de se séparer dans la vraie vie.»

 

 

J.-M.R.

 

Patrick Dewaere. A part ça, la vie est belle, aux éditions Glénat 

 

 

 

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