L'interview de Josiane Balasko

Josiane Balasko, une observatrice de l'âme humaine, avec le sens du burlesque et du fantastique.
©DR

L’actrice Josiane Balasko présente une nouvelle facette de sa personnalité en publiant un recueil de nouvelles fantastiques où les animaux envoient des messages mentaux et les zombies réclament des câlins. Rencontre.

Encore à l’affiche de deux films qui viennent de sortir, All inclusive de Fabien Onteniente, où elle incarne une sexagénaire gironde et libérée sexuellement, et Grâce à Dieu de François Ozon, où elle interprète la mère d’un garçon abusé par un prêtre, Josiane Balasko est en promotion pour un recueil de nouvelles : Jamaiplu publié aux Editions Pygmalion.
Pour un temps, l’actrice cède la place à l’écrivaine. Et cette dernière est charmée. Elle n’en est pas à son premier livre : il y a déjà eu deux romans, Cliente, en 2004, et Parano express, en 2006. Mais c’est la première fois qu’elle rend hommage aux auteurs de science-fiction qui ont enchanté sa jeunesse, en se glissant dans le registre du surnaturel. Et elle est impatiente de débattre sur le fond et la forme de ses huit histoires déroutantes et fantaisistes. Tout en discutant et en tirant sur ses mégots récupérés au fond d’un cendrier, Josiane Balasko s’est laissée distraire par l’apparition d’un merle venu la regarder derrière la fenêtre. « Je me fais suivre par les merles en ce moment », avoue-t-elle en plissant ses yeux verts, et en cherchant la preuve de ses dires sur son téléphone. Il y a quelques jours, un merle s’est introduit chez elle, et elle l’a pris en photo.

 

Seriez-vous comme l’héroïne de votre nouvelle Jamaiplu qui parvient à décrypter les images mentales que lui envoient les animaux qu’elle rencontre — chien, chat, corbeau, musaraigne... ?

J’ai trois chiens, un chat, et mes rapports avec eux sont ceux d’une personne qui aime les animaux : je comprends quand ils disent j’ai faim, j’ai soif, je veux sortir, je suis content, pas content, je suis un peu malade. Cela s’arrête là. Je sais que les merles ont la capacité de distinguer les humains, les uns des autres. Sans doute que celui qui est derrière la fenêtre m’a reconnue.

 

Il a senti votre empathie à l’égard des animaux...

J’ai toujours vécu entourée d’animaux, chats, chiens et même cochons. A une époque, ma mère et ma grand-mère, qui tenaient une petite auberge, élevaient chaque année un cochon. On l’engraissait et, au bout d’un an, on le mangeait... sans mauvaise conscience. Mais on avait eu le temps de sympathiser avec lui. Cela m’a permis de réaliser à quel point les cochons sont des animaux intelligents. D’ailleurs, dans mon film Ma vie est un enfer, j’en ai fait tourner deux dont l’un avait été dressé pour se coucher quand on lui grattait le ventre. A la fin du tournage, je n’ai pas eu le cœur de l’envoyer à la boucherie. Je l’ai confié à un ami fermier et je l’ai refait tourner dans Gazon maudit. Il pesait 250 kilos, mais on pouvait toujours lui gratter le ventre. Il était adorable.

 

Est-ce de partager la vie d’un Amérindien, qui vous a donné envie d’écrire sur les pouvoirs des animaux ?

C’est vrai que, dans les légendes indiennes, il y a beaucoup d’histoires d’animaux. Mais le seul lien entre ce livre et la culture amérindienne, c’est l’illustration de la couverture qui est l’œuvre de la fille de mon mari ! Cette histoire de télépathie entre humains et animaux m’a été inspirée par un documentaire qui montrait une Américaine capable de communiquer avec les animaux. A un moment, on l’entendait expliquer aux maîtres d’un chien pourquoi il était déprimé : « Il aimerait que vous le laissiez jouer avec la peluche jaune qu’il y a sur votre canapé. » Elle était bluffante, et j’ai gardé ce personnage dans un coin de ma tête.

 

Et vos zombies qui poursuivent les vivants pour leur réclamer des câlins et du sucre, d’où sortent-ils ?

Des films de zombies que je regarde la nuit. Les zombies y apparaissent toujours comme des carnivores de viande humaine. J’ai eu envie de poser sur eux un regard décalé et de les imaginer mus par l’envie de se faire câliner et serrer dans les bras par les vivants.

 

On pourrait y voir une parabole de ceux qui, faute de coller aux normes de beauté physique, se retrouvent souvent privés de tendresse et de caresses...

Je n’y ai pas pensé en l’écrivant. Mais oui, maintenant que vous le dites, on pourrait y voir cela. Certains auteurs de science-fiction ont écrit des uchronies glaçantes, comme Philip K. Dick qui dépeint, dans Le maître du haut château, un monde dominé par les nazis qui auraient gagné la Seconde Guerre mondiale. D’autres ont imaginé une société où les hommes et les robots cohabiteraient, comme le scientifique Isaac Asimov. Moi, si je suis une observatrice de l’âme humaine, je suis avant tout une nature optimiste. J’ai le sens du burlesque. Alors, j’ai écrit des nouvelles qui ne sont pas sombres.

 

Dans l’une de vos nouvelles, vous campez un collectionneur de bandes dessinées, un peu obsessionnel qui ne décachette même pas les cadeaux accompagnant ses Pif Gadget pour les garder intacts. C’est du vécu ? 

Bien sûr ! Je suis moi-même une grande collectionneuse. Il y a, chez moi, une vitrine remplie d’objets ayant trait aux héros de BD ou de films fantastiques, ce qui a été le désespoir de mes enfants d’ailleurs, car ils n’avaient pas le droit d’y toucher. Or, c’était tentant. La plupart des objets sont dans leur emballage d’origine avec l’étiquette !

 

Vous écrivez facilement ?

Une fois que je suis lancée, oui, mais j’ai du mal à m’y mettre. Je suis une fan de jeux vidéo, notamment de jeux de stratégie sur internet, et c’est assez chronophage. Quand je joue, une petite voix me lance : « Il faudrait que tu écrives. » Mais, j’ai du mal à m’arrêter. Quand je m’y mets enfin, cela peut aller vite. Je suis capable d’écrire n’importe où. Dans la cuisine, au milieu des autres. Sauf dans mon bureau que je n’utilise jamais ! 

 

Pourquoi avoir écrit des nouvelles et pas un nouveau scénario de film ?

J’ai déjà réalisé huit films et chacun a nécessité que je lui consacre au moins trois ans de ma vie. C’est beaucoup, trois ans. D’autant plus que le succès n’est pas garanti à l’arrivée. A chaque fois, c’est pile ou face. Or, en trois ans, je peux jouer comme actrice dans quatre ou cinq films ou écrire et monter une pièce de théâtre. J’avais du temps, mais pas trois ans, et j’ai eu envie de raconter des histoires que j’aurais aimé lire, quand j’étais jeune.

 

Qu’est-ce qui vous faire dire « oui » à un film comme actrice ?

L’histoire... Dans Grâce à Dieu, je joue un petit rôle, mais j’ai senti que le film était fort. De plus, j’aime beaucoup le travail de François Ozon. La semaine dernière, j’ai rencontré la dame que j’interprétais. Elle est venue me faire signer un livre lors de mon passage à Lyon, cela m’a fait très plaisir.

 

D’où vous vient votre empathie pour les gens simples que vous savez si bien incarner ?

Il y en a beaucoup dans la vie, des gens simples ! Il suffit de regarder autour de soi. Cela dit, je viens d’un milieu modeste de tout petits commerçants. Durant mon enfance, j’ai côtoyé des ouvriers qui sont souvent des personnages haut en couleur.

 

On dit souvent de vous que vous êtes une grande gueule. Vous trouvez que cela vous correspond bien ?  

Je ne pense pas être celle que l’on croit. D’abord, je ne la ramène pas à tout bout de champ. Je refuse beaucoup d’émissions politiques, car cela ne me paraît pas être mon boulot. Il y a des spécialistes pour cela. Et puis, quand on m’interroge, j’exprime tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Comme, quand j’ai dit, il y a huit ans : « Elle est où la gauche ? » Ou quand, à propos du grand débat d’Emmanuel Macron, j’ai déclaré que cela me faisait penser à Questions pour un champion. Le problème, c’est que ces petites phrases passent ensuite en boucle sur les réseaux, et cela marque les esprits.

 

Vous vous engagez tout de même. Récemment, vous avez signé une Tribune contre le réchauffement climatique...

Cela n’avait rien de particulièrement courageux. C’est d’une telle évidence qu’il faille se battre pour le climat. Ce n’est pas comme si je m’étais dressée toute seule contre un char sur la place Tiananmen. Mais j’essaie de faire bouger les choses.

 

Vous vous êtes aussi élevée contre les violences faites aux femmes...

En France, tous les deux ou trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint. C’est inacceptable. Les femmes qui se trouvent dans ces situations de violence n’ont souvent pas les moyens de partir, car elles ont des enfants et sont dépendantes financièrement de leur mec. Il faudrait développer plus de suivi pour les femmes dans ces situations. Et punir plus sévèrement
les hommes violents, en alourdissant les peines de prison.

Dans All inclusive, vous jouez une sexagénaire bien dans son corps qui prend les devants avec les hommes qui lui font envie. C’était un choix militant d’accepter ce rôle ? Les cougars ne choquent plus autant qu’à l’époque où j’ai écrit mon livre Cliente qui serait devenu un film si j’avais trouvé un producteur d’accord de me soutenir. Je connais pas mal de femmes qui aiment les hommes plus jeunes qu’elles. Et aussi des hommes attirés par des femmes plus âgées qu’eux. 

 

           Véronique Châtel


 

Jamaiplu, Josiane Balasko, Editions Pygmalion

 

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