Sur les traces de Deli, aspirant chien guide d’aveugle

En partenariat avec la Fondation romande pour chiens guides d’aveugles de Brenles (VD), générations va suivre, sur plusieurs mois, la vie et la formation d’un jeune labrador.

Vous ne le connaissez pas encore, mais sa frimousse craquante devrait bientôt vous être familière. Deli, jeune mâle labrador, a en effet été choisi par le magazine générations pour vous faire découvrir les différentes étapes que doivent franchir les aspirants chiens guides d’aveugles de la Fondation de Brenles (VD). Chaque mois, vous retrouverez un nouvel épisode de sa vie, et vous pourrez même le rencontrer lors du Salon Planète Santé (du 4 au 7 octobre), à Genève. Mais n’allons pas trop vite, commençons par les présentations…

 

 

Né le 31 décembre 2017, Deli, qui porte en lui la candeur et la maladresse de la jeunesse, possède une robe beige, héritée de son père Bambou. Trois de ses frères et sœurs sont aussi couleur crème, les sept autres étant entièrement noirs, tout comme leur mère Baghera, âgée d’un peu plus de 2 ans et maman pour la première fois. Le dernier-né de cette impressionnante portée est reconnaissable à une marque provisoire faite sur sa cuisse gauche. Si ses deux parents appartiennent à la fondation, ses grands-pères sont étrangers; irlandais du côté maternel, américain du New Jersey du côté paternel, car la Fondation de Brenles travaille activement avec d’autres centres pour chiens guides d’aveugles, afin de maintenir une diversité génétique des lignées d’élevage.

Sous l’aile de leur ange gardien  

Manoel Guyot, responsable de la structure de Brenles et instructeur pour chiens guides d’aveugles, est un peu l’ange gardien de Deli et de sa fratrie. C’est lui qui a assisté leur mère durant ses 14 heures d’accouchement! Lui aussi qui, avec les soigneurs, épie les moindres faits et gestes des chiots, filmés non-stop par une caméra présente dans leur box et reliée à son appartement, situé juste au-dessus de la maternité. «Les premiers jours, on dort peu, car il faut s’assurer que tout se passe bien, qu’ils tètent correctement, d’autant plus que la femelle n’a que huit tétines, en l’occurrence pour onze petits! On les pèse d’ailleurs quotidiennement pour vérifier la prise de poids», explique-t-il. A sa naissance, Deli affichait 334 grammes sur la balance, puis a grossi régulièrement, à grand renfort de lait, puis de croquettes moulues, pour enfin passer aux croquettes classiques, ce qui devrait lui permettre d’atteindre une trentaine de kilos, une fois adulte.

 

 

Des premiers mois jalonnés d’étapes importantes: ouverture des yeux à 14 jours, développement de l’ouïe à 21 jours, premiers pas à 16 jours, première sortie à l’air libre à 4 semaines. « Jusqu’à 9 semaines, moment où les chiots commencent à être séparés de leur mère, ils reçoivent régulièrement la visite de bénévoles qui viennent les sociabiliser, notamment en les caressant ou en marchant avec eux à la laisse, détaille Manoel Guyot. Un autre passage obligé est le test de tempérament à 7 semaines. Durant huit minutes, ils évoluent sur un parcours où il y a des bruits, des peluches, des sols différents, etc. «Deli est un chiot calme, curieux et intéressé par son entourage. Il est joueur, aime le contact et les caresses, et mordille tout ce qu’il peut attraper», poursuit-il. A 8 semaines, ils passent chez le vétérinaire pour être vaccinés et munis d’un microchip. 

La moitié de recalés 

Il y a quelques jours, Deli a quitté la structure de Brenles pour intégrer une famille d’accueil, dans laquelle il restera un an et demi. Une vie réglée comme du papier à musique, qui intègre une séance de dressage chaque deux semaines et des visites de la responsable des familles de parrainage, qui évalue, à la maison comme en ville, le comportement du jeune chien. A l’âge de 13 mois environ, on lui fera une radiographie des hanches et des coudes. «Cela permet de dépister les dysplasies (NDLR malformations ou déformations) des articulations, qui sont toutefois rares, car les parents sont des chiens d’élevage sélectionnés», note le spécialiste.

 

 

Au terme des 18 mois passés dans cette famille, Deli retournera à la fondation pour être évalué. Il passera alors plusieurs épreuves de tempérament et un examen complet de son état de santé. Si Deli réussit tous les tests d’entrée, il restera à la fondation durant près de dix mois, afin de réaliser sa formation de chien guide d’aveugle, lors de laquelle il effectuera quelque 120 séances de travail de 45 minutes en milieu urbain. Suivront deux examens de 45 minutes à la gare de Lausanne, dont un sous surveillance d’un expert de l’AI. «Chez nous, seul un canidé sur deux devient chien guide d’aveugle, soit un peu plus de 20 individus par année, explique Manoel Guyot. C’est rarement lié à un problème de santé, mais plus au fait qu’ils sont trop excitables ou joueurs, n’ont pas de plaisir à travailler ou ne sont pas à l’aise en ville. Environ deux tiers des recalés deviennent des chiens d’assistance, que ce soit auprès d’enfants autistes, de personnes en fauteuil roulant ou de victimes d’un syndrome de stress post-traumatique. Les autres sont adoptés par des particuliers comme chiens de compagnie.»

 

Deli suivra-t-il les traces des 350 chiens guides actuellement en activité en Suisse? La suite au prochain épisode, dans sa nouvelle famille d’accueil… 

Frédéric Rein

Pourquoi des labradors?

La Fondation romande pour chiens guides d’aveugles de Brenles, créée en 1991, prouve bien la place que tiennent les labradors dans cette activité — initialement développée en Allemagne, après la Seconde Guerre mondiale, afin de venir en aide aux aveugles de guerre. Si, à travers le monde, 95 % des chiens œuvrant dans ce secteur appartiennent à cette race, ils sont même 100 % au sein de cette institution à but non lucratif reconnue d’utilité publique (financée par des donations, des legs et, dans une moindre mesure, par des prestations de l’AI). Qu’ont-ils en plus que les autres? «Les labradors possèdent une taille et un poids idéals, ne demandent pas trop d’entretien, avec leurs poils courts, ils aiment les humains et s’adaptent bien aux changements », répond Manoel Guyot, responsable de la structure de Brenles, qui compte 16 collaborateurs. Qu’est-ce qu’un bon chien guide ? « Il faut qu’il ait un tempérament posé et qu’il soit à l’aise dans toutes les situations », insiste le connaisseur, qui confie qu’un chien formé vaut près de 65 000 francs.

 

En partenariat avec la Fondation romande pour chiens guides d’aveugles


 


La suite des aventures de Deli:

Deli nous reçoit dans sa famille d’accueil

EnregistrerEnregistrer

0 Commentaire

Pour commenter