Troisième pilier lié : en compte ou placé en bourse ?

Illustration: Helen Tilbury ©DR

« Mon compte de troisième pilier ne me rapporte rien ou presque. Je pourrais le placer sur les marchés financiers au travers d’un produit de prévoyance liée, mais, en voyant l’impact du coronavirus sur la bourse, je suis démotivé. Avez-vous des suggestions ? » (Lionel, 54 ans)
 

Le troisième pilier lié, ou pilier 3A, est une prestation de prévoyance encouragée par la Confédération et les cantons. Inscrit dans la Constitution fédérale en 1972 (article 111 alinéa 4), il constitue un complément individuel au premier pilier (AVS) et au deuxième pilier (LPP) pour la retraite.

L’importance de combler les lacunes de prévoyance ne doit pas être sous-estimée. Le système de prévoyance suisse a connu d’importants bouleversements, ces dernières années, et il sera encore soumis à de nombreux changements. Les prestations des premier et deuxième piliers obligatoires ne couvrent aujourd’hui que partiellement les revenus issus de l’activité lucrative au moment de la retraite.

Le pilier 3A bénéficie de certains avantages fiscaux et sa constitution n’est possible que pour les personnes qui ont une activité lucrative, salariée ou indépendante.

Il est proposé sous la forme d’une police d’assurance, d’un compte d’épargne ou d’un dépôt en fonds de placement avec une part d’actions au choix de l’assuré. Il est possible de verser, chaque année, une cotisation qui se monte au maximum à 6826 francs pour un salarié ou 20 % du revenu net, mais au maximum 34 128 francs pour un indépendant qui n’est pas affilié à une caisse de pension.

Recherche de rendement

S’il fut une époque où le taux d’intérêt des comptes d’épargne du pilier 3A avoisinait les 7 %, au début des années 1990, leur niveau n’a fait que baisser depuis, pour atteindre des valeurs actuelles proches du zéro, avec quelques variations selon les prestataires de ce service (entre 0,0 % et 0,4 % en avril 2020).

Vouloir obtenir un rendement meilleur, tout en restant dans le cadre de la prévoyance liée, est possible, moyennant une prise de risque : cela se fait au travers de produits de placement spécialement conçus par les prestataires, généralement bien diversifiés, qui incluent une part de risque variable (avec plus ou moins d’actions dans le fonds) en fonction du profil d’investisseur de l’assuré et de son comportement face au risque. Pour les investisseurs soucieux d’écologie ou de durabilité, la plupart des prestataires proposent, aujourd’hui, des fonds prenant en compte des critères dits « ESG » (pour environnement, social, gouvernance).

Les placements dans le cadre du pilier 3A sont réglementés par la loi sur la prévoyance professionnelle et, plus précisément, par l’Ordonnance sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (articles 49 à 58 OPP2). Pour prendre l’exemple des actions (suisses ou étrangères), la loi prévoit une part limitée à 50 %. Toutefois, dans le contexte actuel des taux bas, la plupart des fondations de prévoyance de pilier 3A font usage de la possibilité d’extension des placements selon l’article 50 alinéa 4 de l’OPP2. On voit ainsi apparaître des fonds incluant une quote-part d’actions de 70 % ou plus, pour des horizons de placement à long terme, et ces stratégies ont le vent en poupe.

Vision à long terme

En matière de prévoyance, les investissements doivent être pensés sur le long terme. Tout comme le premier et le deuxième piliers, il est donc souhaitable de constituer un troisième pilier dès son entrée dans la vie active, ce qui permet, au fil des années, d’accumuler une somme qui complétera les revenus pour la retraite, que ce soit sous la forme d’une police d’assurance, d’un compte d’épargne, d’un dépôt en fonds de placement ou d’un mélange de ces possibilités.

 

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Face au faible rendement de l’épargne, l’assuré qui souhaite participer aux rendements boursiers se tournera vers un pilier 3A sous forme de fonds de placement. Un calcul effectué de 2011 à 2019 auprès de la BCV a montré que, avec un capital initial de
50 000 francs en 2011 et le versement d’une somme annuelle de 6000 francs dès cette date, avec le taux d’intérêt appliqué aux comptes de pilier 3A de cet établissement (de 1,75 % en 2011 à 0,15 % en 2019), l’assuré obtenait un capital, à la fin de 2019, de 109 041 francs. Dans la même situation, mais en investissant les sommes annuelles sur un fonds de pilier 3A constitué d’une part d’actions de 40 %, l’assuré obtenait, à la même date, une somme supérieure de près de 40 000 francs. Les performances passées ne sont toutefois pas des garanties quant aux résultats futurs… Dans le cadre de la prévoyance, une pratique assez répandue par le marché est de ne pas facturer de commission d’administration ou de frais de transactions d’achat ou de vente. Renseignez-vous !

Se faire conseiller

Avec la crise du coronavirus, les marchés financiers affichent une volatilité importante. Que faire alors, si vous êtes à un ou à deux ans de la retraite et que vous avez votre troisième pilier investi — ou partiellement investi — dans un fonds ? Que faire si vous vous apprêtiez à choisir l’option des placements, plutôt que de l’épargne ? Appelez votre conseiller ! Chaque situation financière étant différente, selon les sommes investies, le genre de placements, la durée d’investissement, votre propension à assumer les risques (et donc d’éventuelles pertes), votre âge ou encore vos revenus futurs à la retraite, votre conseiller pourra déterminer avec vous la décision à prendre la plus adéquate pour ménager ou aménager votre prévoyance.

 

Bon à savoir

➤    Combler les lacunes de prévoyance pourla retraite par un troisième pilier ne doit pas être sous-estimé.
➤    Le pilier 3A est proposé sous la forme d’une assurance, d’un compte d’épargne ou d’un dépôt en fonds de placement avec une part d’actions au choix de l’assuré.
➤    Les investissements doivent être pensés sur le long terme.

 

Fabrice Welsch
directeur, fiscalité et prévoyance, BCV

 


Références

BCVs Valais – Laurent Debons – Conseiller patrimonial Tél. 058 324 62 65 – laurent.debons@bcvs.chwww.bcvs.ch
BCN Neuchâtel – Sandra Hegetschweiler – Planificatrice financière Tél. 032 723 63 10 – sandra.hegetschweiler@bcn.chwww.bcn.ch
BCF Fribourg – Patrice Dupont – Planificateur financier Tél. 026 350 74 88 – patrice.dupont@bcf.chwww.bcf.ch
BCV Vaud – Fabrice Welsch – Directeur Fiscalité et prévoyance Tél. 0844 228 228 –  fabrice.welsch@bcv.chwww.bcv.ch
 

 

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