La fraude aux "faux neveux"

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Les seniors sont plus vulnérables et constituent donc des victimes idéales pour les arnaqueurs. Le phénomène existe, mais ce n’est pas une fatalité.

C'est l’histoire de Giuseppina (prénom d’emprunt). Elle est arrivée en Suisse, il y a cinquante ans, avec son mari. Pour travailler et vivre honnêtement. Ils ont eu des enfants, des petits-enfants aussi. Le temps a passé. Giuseppina est veuve maintenant. Ses enfants ont grandi, elle aimerait les voir davantage, mais ils sont bien occupés. Sinon, toute sa famille est au pays, en Calabre. Elle n’a plus beaucoup de contact avec eux.

Un jour, le téléphone sonne. « Allo, Giuseppina, c’est moi.» « Qui est à l’appareil ? » « Voyons, tu ne me reconnais pas, essaie de deviner.» « Je ne vois pas.» « Mais, si, souviens-toi… » « Peut-être Olivia, la fille de Rosetta? » « Bravo, c’est moi, Olivia.»

Au bout du fil, bien entendu, ce n’est pas Olivia, la petite nièce, ni qui que ce soit d’autre de la famille de Giuseppina. Au bout du fil, c’est une personne malintentionnée qui, petit à petit, va abuser de la crédulité de la vieille dame et lui faire croire qu’elle a besoin de son aide. La fausse Olivia a un urgent besoin d’argent. Pas pour longtemps. Pour trois jours, tout au plus et, après, c’est promis, elle rendra l’argent.

Prise par les sentiments, Giuseppina accepte. Elle ira à la banque chercher 50 000 francs, en billets de mille ou de deux cents, et les remettra, non pas à Olivia, mais à l’un de ses amis. Cette somme, c’est peut-être l’économie de toute une vie, mais Olivia, c’est la fille de Rosetta. Et elle lui rendra l’argent dans trois jours, elle s’y est engagée.

Ah, encore une chose. Il faut faire vite et surtout, surtout n’en parler à personne. Et, si la banque demande à Giuseppina la raison pour laquelle elle a besoin de cette somme, il faudra broder une histoire pour ne pas éveiller les soupçons. Les banques n’aiment pas quand on vient retirer de l’argent, c’est bien connu.

Double peine

Cette triste histoire, tirée de faits réels, n’est pas isolée. On appelle ça la « fraude au faux neveu». Vu de l’extérieur bien sûr, cela paraît invraisemblable. Comment peut-on se faire gruger de la sorte ? Comment peut-on croire que cette personne, dont la voix est inconnue, puisse se faire passer pour une nièce ou pour un neveu ? Comment peut-on se délester aussi facilement d’une bonne partie de ses économies ?

Malheureusement, la victime, elle n’imagine pas un seul instant que son interlocuteur est un menteur sans scrupules. Elle croit ce qu’on lui dit et, à part une petite voix au fond d’elle-même qui lui dit attention, elle fait confiance.

Et c’est bien ça, la double peine. En plus de subir un préjudice financier, la victime devra supporter un sentiment de honte. Celui d’avoir donné une grande partie de son épargne à un inconnu et d’avoir manqué de vigilance. Etre victime d’une fraude a donc des conséquences financières, mais également des blessures morales, bien difficiles à guérir.

Si tout le monde est concerné par ce phénomène et ces fraudes, force est de constater que la vulnérabilité des séniors est accrue. Ceux-ci constituent donc une cible privilégiée des escrocs, parce qu’ils sont à l’écoute, moins informés des risques existants et que leur isolement les empêche de faire appel à des proches.

Une imagination sans fin

D’autant plus que l’imagination des personnes malintentionnées ne se limite pas à se faire passer pour un neveu éloigné de la victime. En vrac, voici un petit florilège d’autres fraudes, bien entendu non exhaustif.

Tout d’abord la fraude aux sentiments : la victime fait la connaissance d’une tierce personne par internet avec laquelle elle se lie d’amitié. Après quelques mois d’échanges amicaux, puis romantiques, l’interlocuteur sollicite des prêts d’argent de la victime, par exemple, pour financer une prétendue intervention chirurgicale ou des pseudo-études universitaires.

Ensuite le faux héritage : la victime reçoit un courrier à la maison ou dans sa boîte mail l’informant qu’elle est l’heureuse héritière d’une somme faramineuse. La documentation fournie par le fraudeur fait mention d’événements réels. La victime est alors amenée à avancer de l’argent pour régler des frais administratifs et débloquer les fonds. Après chaque versement, elle sera sollicitée pour une nouvelle avance, et ainsi de suite.

Enfin la fausse loterie : c’est une variante de la fraude précédente, où la victime a gagné le gros lot à une loterie, en général espagnole, à laquelle elle n’a jamais joué. Là également, la victime devra faire des avances de frais à répétition dans l’illusion de pouvoir empocher son gain.

Les bons réflexes

Ces fraudes sont-elles une fatalité ? Oui, il existera toujours des gens sans scrupules qui essaieront de soutirer de l’argent à des victimes. Mais il est aussi possible de déjouer ces tentatives de fraude assez facilement. Pour cela, deux réflexes sont à garder en mémoire.

Premièrement, il ne faut jamais agir dans la précipitation. Les fraudeurs jouent sur l’urgence et veulent garder la victime dans un état de tromperie. C’est justement en prenant le temps, en laissant s’écouler une nuit, que l’évidence de la fraude apparaît. A l’inverse, une personne honnête ne verra aucun problème à patienter un jour ou deux avant de conclure une affaire.

Deuxièmement, il ne faut pas hésiter à en parler à des proches. C’est en demandant des conseils à des tiers (un voisin, le facteur, l’infirmière des soins à domicile, l’employé de banque, etc.), qui ont une vision neutre, qu’il est possible de se rendre compte d’une supercherie. Les fraudeurs sont nombreux. Mais plus nombreux encore sont les personnes qui sont prêtes à renseigner et à venir en aide.

Épilogue

Comment l’histoire de Giuseppina s’est-elle terminée ? Lorsqu’elle est allée à la banque retirer 50 000 francs, l’employée qui l’a servie lui a demandé la raison de ce retrait important. Il a fallu un peu insister, car Giuseppina avait bien retenu la consigne : ne rien dire à personne. Finalement, Giuseppina a quand même expliqué pourquoi elle voulait retirer ses économies. L’employée l’a convaincue de renoncer à son prélèvement et l’a invitée à s’adresser à la police, ce que Giuseppina, heureusement, a fait.

 

Stéphane Leuba, responsable compliance & contencieux à la BCN

 

 


Références

BCV Vaud - Fabrice Welsch - Directeur Fiscalité et Prévoyance - Tél. 0844 228 228 - fabrice.welsch@bcv.ch - www.bcv.ch

BCVs Valais - Raphaël Balet - Directeur adjoint - Responsable legal & compliance - Tél. 058 324 66 05 - raphael.balet@bcvs.ch - www.bcvs.ch

BCF Fribourg - Patrice Dupont - Planificateur financier - Tél. 026 350 74 88 - patrice.dupont@bcf.ch - www.bcf.ch

BCN Neuchâtel - Sandra Hegetschweiler - Planificatrice financière - Tél. 032 723 63 10 sandra.hegetschweiler@bcn.ch - www.bcn.ch

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