Conso: en direct avec Patrick Fischer

 Patrick Fischer est un amateur d'absinthe, un spiritueux à base d'herbes dont il apprécie l saveur et la tradition toute neuchâteloise.
© Yves Leresche

Chaque lundi, Patrick Fischer et son équipe décryptent les mécanismes de l’économie dans l’émission TTC. Mais hors petit écran, il passe à tout autre chose.

 

Une machine à écrire Hermès trône dans son salon et un labo photo à l’ancienne occupe sa salle de bain. Son nouveau radio-réveil dysfonctionne, mais notre homme n’est pas copain avec les modes d’emploi. Il roule dans une vieille Opel : « Je ne veux pas d’une bagnole qui fait bip bip. » Bienvenue chez Patrick Fischer, un libre penseur qui n’obéit pas à l’injonction du dernier cri. L’heure de l’apéro a sonné chez le producteur de Toutes taxes comprises, le magazine de la RTS qui rivalise d’astuces pour nous faire comprendre l’économie. Côté balcon, le panorama est à couper le souffle: le lac, les Alpes en dentelle, de l’Eiger au Mont-Blanc et la Collégiale de Neuchâtel au premier plan. Sur la table à manger, en noyer massif, trois bouteilles d’absinthe aux étiquettes suggestives nous adressent un clin d’œil. Patrick Fischer est un amateur éclairé de la fée verte et son « parfum d’interdit ». Un meuble de bistrot, chiné dans une brocante, accueille une collection de flacons de ce breuvage emblématique des Montagnes neuchâteloises. « Celle que nous dégustons est distillée sur la base de douze plantes », précise le connaisseur en levant son verre.

 

Les racines neuchâteloises

Né à Bienne en 1958, Patrick Fischer a grandi au Locle et à La Chaux-de-Fonds. Enfant « du Haut », ce journaliste aime son canton et ses traditions. Il se sent proche de ses habitants qu’il a appris à bien connaître durant son stage à L’Impartial, en 1981. « Les gens dont tu parlais dans le journal, tu les croisais le lendemain. » Formé à l’école de la rubrique locale, sous la houlette de Gil Baillod, « un personnage », Patrick Fischer est entré à la Télévision suisse romande en 1989. Correspondant à Zurich, puis à Berne au Parlement. Il rejoint ensuite les magazines à Genève, comme coproducteur et présentateur de l’émission Mise au point. A TTC depuis 2007, ce grand pro du petit écran a vu son métier changer : « Je suis frappé par la dispersion qui s’opère dans les médias. Avec la multiplication des canaux et des supports de diffusion, une bonne partie de notre énergie passe là-dedans. Au début, les choses étaient assez simples. La télé, en montrant les choses, jouait sur le registre des émotions. La radio, c’était la réactivité et la presse écrite offrait la profondeur d’analyse. Aujourd’hui, un journaliste fait un peu de tout, et il doit composer en permanence avec l’immédiateté. » Si son métier correspond à sa curiosité naturelle, Patrick Fischer aurait voulu devenir vétérinaire. « Sauf que je tombais dans les pommes à la vue du sang, comme durant ce stage où j’ai fini sur le plancher en recousant la plaie d’un chien. » Les animaux, cet amateur de voyages les a retrouvés tout récemment à l’occasion d’un safari au Kenya. « Quand les gens me demandent comment est la situation politique, je leur dit que je me suis surtout passionné pour la vie de la savane. Je suis devenu intarissable, d’autant que j’ai vu le «bouiboui», comme notre guide appelait le léopard qui vit normalement caché et que nous avons eu la chance d’observer. »

 

Un père comblé

En septembre dernier, c’est au Danemark que Patrick Fischer est allé prendre l’air. Sur le mur des photos de famille, dans le hall d’entrée, on le découvre à Copenhague, tout sourire, en compagnie de ses trois enfants : Elisa, 27 ans, Raphael, 25 ans et Juliette, 19 ans. Ils m’ont invité pour mes 60 ans. Nous avons passé trois jours géniaux, d’autant plus que c’est dur de trouver une date pour nous réunir. » Nés de deux mères différentes, ils sont chers au cœur de leur père : « On a un lien fort. J’ai toujours été très proche d’eux, tout en ne vivant pas sous le même toit. Ils venaient beaucoup les week-ends, on a fait énormément de voyages ensemble. Les moments partagés n’en ont été que plus précieux. » Amateur de photo, Patrick Fischer aime shooter avec son iPhone, mais ne poste pas de pics sur Instagram ou Facebook. D’ailleurs, il ne met pas les pieds sur les réseaux sociaux « totalement chronophages ». En revanche, il s’est astreint à faire une photo par jour. Patrick Fischer commence par la développer, comme à l’ère de l’argentique, dans un laboratoire installé dans sa salle de bain (il en a une autre). Ensuite, il tire ses plus belles images sur du beau papier. Il en a même fait un album en 2010. « A un moment, il faut mettre les choses sur papier. » Et de préciser toutefois qu’il ne les expose pas. « C’est le principe du bloc-note. Comme, ici, cette photo de ma fille sur un cheval, le jour de son anniversaire.» Loin de se limiter à des clichés de famille, Patrick Fischer capte tout ce qui saute à ses yeux : banquiers en costume noir traversant une rue, dont on ne voit que les pantalons, jambes croisées dans un train, scène insolite, geste improbable, paysage, architecture.

 

« Moi, je ne le ferais pas … »

Fait de poésie et d’humour, ce travail parallèle révèle une sensibilité au monde et à ces petits riens qui enchantent le quotidien. Patrick Fischer n’est pas homme à s’ennuyer. Il aime courir, il apprécie la compagnie de ses amis. La télé, il la regarde peu. La lecture ? « Je suis très mauvais lecteur. Je ne sais pas en quoi je m’égare. Des fois, je me pose la question. » Sa table de salon dit tout le contraire. Sa bibliothèque aussi. Actuellement, ce touche-à-tout est plongé dans un bouquin qui lui fait forte impression : « Le lambeau », de Philippe Lançon, journaliste et critique littéraire à Libération et à Charlie Hebdo, rescapé du massacre du 7 janvier 2015. Il s’est pris une balle dans la figure. Il raconte la reconstruction. Dix-sept opérations … J’en suis au moment où ils lui prennent le péroné pour lui refaire un menton. C’est génialement bien écrit. » Et la célébrité, toute helvétique qu’elle est, comment Monsieur TTC la gère-t-elle ? « Les gens viennent, il y a de l’intérêt dans le train, dans la rue, au bistrot. Ils sont courageux. Moi, je ne le ferais pas à leur place. Nonante neuf fois sur cent, ils sont adorables. Ceux qui viennent vers vous, c’est pour vous dire qu’ils aiment ce que vous faites. Je ne vais pas bouder mon plaisir, c’est gratifiant et agréable. Par rapport à ceux qui ne le disent jamais, on est des privilégiés ! Il ne faut pas être hypocrite avec ça. »

 

Le boulot, ce n’est pas tout

Cela dit, Patrick Fischer s’amuse de l’image qu’il peut donner dans le public. « Je dissocie clairement mon boulot de ma vie personnelle et je ne suis ni un gendre idéal ni l’homo œconomicus que je suis supposé être à l’antenne. C’est un métier. Ce qu’on voit à l’écran, c’est une part de moi, même si, à la longue, les journalistes TV sont identifiés à leurs émissions. » La façon qu’ont les humoristes de l’émission 26 minutes de singer ses tics de langage le fait tout autant marrer : « C’est notre canal de rediffusion, je les trouve parfaits. Ils ont l’art de se moquer gentiment de vous. L’autodérision est essentielle. » Le journaliste n’en constate pas moins un changement de mentalité qu’il déplore : le moralisme ambiant qui sévit jusque dans les rédactions où il n’est plus permis de rire de tout. Avec un risque d’autocensure, véhiculé surtout par les nouvelles générations. « Je dirais qu’on est moins libres qu’avant. » Un comble pour ce franc-tireur qui s’en fiche du qu’en-dira-t-on.

Tout en devisant, Patrick Fischer se met aux fourneaux. Ce soir, il reçoit son ami Bernard Wuthrich, journaliste au Temps, et sa femme Monique. « On se connaît depuis le collège. Nous avons instauré un rendez-vous hebdomadaire. Tous les mardis, à tour de rôle, nous nous invitons à dîner. Ma copine Monique étant une excellente cuisinière, cela me met toujours la pression. » Au menu, ce soir, un avant-goût hivernal : langue de bœuf, sauce aux câpres et purée de pommes de terre.

 

Nicolas Verdan

 


 

« La retraite ? Là, je fais un blocage »

Patrick Fischer ne fait pas son âge. Selon toute probabilité, il n’est pas moins proche d’un âge où les journalistes de la RTS prennent leur retraite. « Oui, mais je fais un blocage quand j’y pense, un peu comme avec les modes d’emploi », dit en riant ce tout juste sexagénaire qui se réjouit tous les matins d’aller au boulot. « J’aime ce que je fais, j’ai des copains au travail, le lundi matin, je suis content de repartir pour une semaine. » Stimulé par son métier, Patrick Fischer reconnaît cependant les effets du temps. Avec ce constat fort : « Pour la première fois dans l’humanité, ce sont les jeunes qui apprennent quelque chose aux vieux dans le monde du travail. J’adore quand nous avons des stagiaires. En ce qui concerne le journalisme, sur le plan éditorial, les anciens ont un savoir à transmettre en termes d’expérience. Mais cela ne suffit plus d’avoir de la bouteille. Il faut faire une capsule sur Facebook, un machin sur Twitter. Si je maîtrise la matière, je ne peux plus en dire autant des outils. »

TTC en est un bon exemple, la vie des seniors occupe une place plus importante dans les médias. « Les plus de 50 ans sont toujours plus nombreux, je fais partie de cette génération et les sujets qui la concerne me touchent personnellement et sont en totale résonance avec la société actuelle. »

En novembre, TTC consacre deux sujets en lien avec les seniors. Le 12 novembre, elle propose un dossier sur les 50 ans et plus et l’emploi. Le 19 novembre, elle se penchera sur les gens obligés de compter uniquement sur l’AVS pour vivre au quotidien.

 

N.V.

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