Conseil des Aînés: la « voix des seniors » au Palais fédéral a 20 ans

 Quand les seniors montent au front, comme ici à Lausanne en 2015, leur voix porte d’autant mieux si elle est relayée au Conseil fédéral.©

En 2001, le Conseil fédéral appelait de ses vœux la création du Conseil suisse des aînés: un organe consultatif pour lui-même, le Parlement fédéral et les offices fédéraux. Vingt ans plus tard, son rôle est plus que jamais essentiel.

Sur la page d’accueil du Conseil suisse des aînés (CSA), deux thématiques et une prise de position sont mises en avant, en cet été 2021 : la violence contre les personnes âgées, l’âgisme et le soutien affirmé à la loi Covid-19. On le voit, vingt ans après sa fondation, le CSA, regroupant de fait près de 160 000 membres est tout à fait dans son rôle d’alerte et de sensibilisation auprès du Parlement. Concernant le premier point, il rappelle que « les abus, les violences physiques et psychologiques à l’encontre des personnes âgées sont malheureusement une réalité et se produisent beaucoup plus fréquemment qu’on veut bien l’admettre ».

Sur le deuxième, il se fait l’écho de quatre agences onusiennes qui estiment que la pandémie « a amplifié les préjudices et discriminations liées à l’âge et creusé le fossé intergénérationnel ». En soutenant la loi Covid-19, d’ailleurs largement acceptée par le peuple le 13 juin dernier, ou en s’alarmant, en juillet dernier, du « peu de volonté du personnel des maisons de retraite et des établissements de soins de se faire vacciner », le CSA existe aussi en tant qu’interlocuteur politique.

 

A lire ausiRuth Dreifuss, « Des solutions communes à toutes les personnes âgées »

 

Parfaite égalité 

Si le CSA entend porter aujourd’hui la voix de près de 1,8 million de rentiers AVS, 230 000 bénéficiaires de prestations complémentaires et quelque 34'000 chômeurs âgés, il ne faut pas oublier sa genèse consensuelle qui a rapproché deux faîtières représentatives des seniors. Le Conseil fédéral de 2001 souhaitait en effet réunir les deux plus grandes associations suisses de personnes âgées dans le but de créer un interlocuteur unique, acceptable à droite et à gauche.

Comme il y a vingt ans, le CSA se compose ainsi de seize membres principaux et de seize membres suppléants, dont la moitié de chaque groupe est exclusivement nommée par la Fédération des associations de retraités et de l’entraide en Suisse (FARES), d’obédience syndicale et social-démocratique, et par l’Association suisse des aînés (ASA), d’obédience bourgeoise.

 

Parler d’une seule voix

La coprésidence du CSA (Bea Heim et Roland Grunder) témoigne, aujourd’hui encore, de cette nécessité rassembleuse appelée de ses vœux par la Ministre des affaires sociales de l’époque, Ruth Dreifuss (lire interview). Mais alors que les questions liées à l’âge et au vieillissement (prévoyance, santé, mobilité, etc.) concernent une part croissante de la population suisse (la pyramide des âges montre clairement que la proportion de personnes âgées en Suisse augmente, en raison du faible taux de fécondité et de l’augmentation de l’espérance de vie), la représentativité du CSA interpelle. 

« Les deux faîtières se considèrent comme des associations nationales, ce qu’elles sont insuffisamment, estime Roland Grunder. Notre pays compte près de 3000 associations actives de rentiers. » 

Pour le coprésident du CSA, l’heure est clairement venue d’ouvrir l’adhésion à des associations qui ne sont pas membres de l’une ou de l’autre des faîtières. Loin d’être acquise au sein du CSA, cette proposition repose sur un constat volontaire exprimé par Roland Grunder : « Pour remplir sa mission de conseil auprès de nos autorités fédérales, le CSA doit impérativement trouver un positionnement national pour assurer la représentativité de près d’un quart de la population du pays. » 

Le bouillant coprésident propose, dès lors, la mise en place d’un réseau national des associations et organisations engagées dans les domaines du vieillissement. A travers le CSA, leur faîtière, elles renforceraient la légitimité de cette « voix des seniors ». Autrement dit, en élargissant sa base, sans pour autant renoncer à sa vocation consensuelle, car les seniors ne sont pas un groupe homogène, le CSA augmenterait sa représentativité : « Parler à Berne au nom des 1,8 million de seniors, lance Roland Grunder, c’est disposer d’une force de frappe supérieure à celle des partis politiques. »

Un jubilé pour se remettre en question ? S’il a de quoi se féliciter de son existence, le CSA ne manque pas de pistes de réflexions stratégiques. Le Congrès du 20e anniversaire pourrait marquer un nouveau départ pour cette jeune association de seniors.

 

Nicolas Verdan

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