Vaccination: pourquoi la Suisse avance lentement

©Jonathan Liechti/IStock

Retards de livraison, comparaison défavorable avec d’autres pays plus rapides, la Suisse pourrait-elle faire mieux avec sa campagne vaccinale. Le point avec Virginie Masserey de l’OFSP.

Au rythme actuel, la campagne de vaccination est encore trop lente face aux objectifs visés. La piqûre est, pour l’heure, réservée aux personnes d’un certain âge, suivies par celles qui sont vulnérables ainsi que par celles en contact rapproché avec ces dernières. L’inscription sur liste d’attente à toute personne qui le désire pourrait enfin intervenir en mai. Avec, pour horizon, selon le conseiller fédéral Alain Berset, une vaccination générale de la population d’ici à juin. 

Mais, pour l’heure, ce souhait apparaît difficilement réalisable. En cause ? Des retards de livraison, des vaccins dont l’homologation est encore en attente ainsi que l’organisation liée à une vaccination de masse. Face à ces obstacles, la grogne monte et celle-ci s’exprime notamment au Parlement et dans les médias. A la mi-mars, le Tages-Anzeiger a, par exemple, laissé entendre que la Suisse aurait pu construire sa propre ligne de production de vaccins Moderna chez Lonza à Viège, mais que la Confédération n’aurait pas donné suite. Un scénario qui a fait du bruit à Berne, mais contredit aussitôt par le Conseil fédéral.

En attendant de voir le rythme des vaccinations s’accélérer, nous avons adressé six questions qui fâchent à Virginie Masserey, la cheffe de la section « Contrôle de l’infection et programme de vaccination » à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Ses réponses sont encourageantes.

 

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Il y a deux semaines, un Suisse de 50 ans vivant à Belgrade, en Serbie, nous disait avoir été vacciné en cinq minutes, à la fin de janvier, dans une clinique de son quartier. Son père, 89 ans, qui vit dans la région lausannoise, attend toujours. Faut-il s’en étonner ? 

Virginie Masserey. Je ne peux pas répondre pour les autres pays. La Suisse peut, en tout cas, se réjouir de bénéficier de deux vaccins d’excellente qualité, très efficaces. D’autres sont attendus. L’objectif est de vacciner d’ici à l’été toute la population qui le souhaite. Nous savions d’emblée que les livraisons seraient étalées dans le temps. Pour protéger au plus vite les personnes qui en ont le plus besoin, la priorité est donnée aux plus vulnérables. Ces derniers sont plutôt nombreux en Suisse, environ 2,2 millions. Nous regrettons bien sûr que les livraisons ne soient pas plus rapides, mais cela ne remet pas en question la stratégie de vaccination décidée par le Conseil fédéral. 

 

Un pays riche comme la Suisse aurait-il dû faire comme Israël en payant plus cher pour être servi plus vite ? 

Les autorités israéliennes ont reçu les vaccins en grandes quantités avant les autres pays à la condition de livrer à l’entreprise des données de santé liées à la vaccination de toute sa population. Je ne pense pas que la population suisse aurait approuvé ce genre de transaction. Par ailleurs, le volume des livraisons, et donc le rythme des vaccinations, va s’accroître en Suisse, ces prochaines semaines.

 

Force est de constater un décalage, avec une campagne de l’OFSP poussant la population à se vacciner, alors que, pour beaucoup, la vaccination est encore inaccessible. 

Le travail d’information actuel vise à ce que la population puisse se faire une opinion en toute connaissance de cause sur la vaccination. Il s’agit en particulier d’informer que les vaccins représentent le meilleur moyen pour sortir de la pandémie. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’on parle d’une campagne de vaccination sans précédent dans l’histoire récente de notre pays : vacciner jusqu’à 6 millions de personnes en six mois est un réel défi. Il a fallu acquérir les vaccins, organiser leur stockage et leur livraison dans les cantons, mettre en place les centres de vaccination et toute la logistique pour, ensuite, commencer à vacciner, le tout en quelques mois. Aujourd’hui, nous pouvons garantir qu’il y aura assez de doses pour tout le monde. 

 

Dans un monde idéal, où tout se réglerait d’un coup de baguette magique, quel obstacle à la stratégie actuelle de l’OFSP en termes de vaccination contre le coronavirus supprimeriez-vous en premier ? 

Le principal obstacle est le nombre de doses que nous pouvons recevoir par semaine. Les entreprises doivent produire d’énormes quantités en un temps record, tout en assurant une qualité irréprochable. La Suisse n’est, par ailleurs, pas le seul pays à vouloir rapidement vacciner sa population. 

 

A Zurich, une entreprise entend vacciner elle-même ses collaborateurs et leurs proches. Elle a engagé des médecins. Elle les rétribue plus du double de ce que l’Etat paierait par personne vaccinée. Un constat d’échec pour la stratégie vaccinale de la santé publique ? 

La mise en œuvre des vaccinations incombe aux cantons. Afin de pouvoir vacciner tous ceux qui le souhaitent d’ici à l’été, et à la mesure du nombre de doses livrées qui va augmenter prochainement, les cantons peuvent miser sur une diversité de moyens : centres de vaccination, équipes mobiles, hôpitaux, cabinets médicaux, pharmacies...

L’engagement d’entreprises privées pour vacciner leurs employés et leurs proches est certainement à considérer comme un complément bienvenu. Le montant des tarifs accordés aux médecins pour la vaccination relève de la compétence des partenaires tarifaires, c’est-à-dire cantons, professionnels de santé et assureurs. Le Conseil fédéral doit approuver, au final, le tarif qui lui est soumis. 

 

On a parfois le sentiment que le test à domicile est une stratégie de diversion face à la lenteur vaccinale. 

Les autotests servent à réduire les transmissions dans l’entourage personnel. Ils peuvent, par exemple, être utilisés avant de rendre visite à des amis ou avant de pratiquer des activités avec un risque de transmission. Ils sont utiles pour détecter les personnes infectées et contagieuses, mais qui n’ont pas de symptômes. Il s’agit donc d’un complément important afin de pouvoir progressivement rouvrir les activités de loisirs, tout en maintenant la propagation du virus sous contrôle pendant que les vaccinations sont déployées.

 

Nicolas Verdan

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