Quand les oiseaux s’envolent !

Hirondelle©DR

Pour savoir où et quand admirer les passages des oiseaux migrateurs, suivez le guide ! Ornithologue passionné, Lionel Maumary livre ses bons plans et rappelle que nous avons tous un rôle à jouer pour préserver des espèces menacées.

C’est en automne que la migration des oiseaux est la plus spectaculaire. Les premiers à partir sont les insectivores. En août et en septembre, on peut observer le regroupement des hirondelles et des autres passereaux qui s’apprêtent à s’envoler à destination de l’Afrique pour y passer l’hiver au chaud, après un périple de 10 000 kilomètres. Les cigognes, les sternes et les petits échassiers sont, eux aussi, en partance. Qui n’a jamais rêvé de voler comme un oiseau ? Symbole de liberté, il ne connaît pas de frontières. Mais sa liberté n’est qu’une illusion, remarque Lionel Maumary : « En réalité, il n’y a pas moins libre qu’un oiseau, car il est prisonnier de son instinct. Il est né et programmé pour faire ce qu’il fait. La sterne obéit à son instinct quand elle rejoint son site d’hivernage dans le golfe de Guinée. 

Le pic, lui, sait, dès sa naissance, qu’il doit piquer du bois. S’il voulait vivre la vie d’un albatros, il aurait de sérieux problèmes ! » En octobre, les grands passages massifs d’oiseaux sont particulièrement visibles en altitude. C’est au tour des migrateurs partiels de s’envoler pour hiberner : les granivores comme les pinsons, les chardonnerets et les rouges-gorges ainsi que les rapaces, tels les milans royaux et les buses. Enfin, les mois de novembre et de décembre voient arriver chez nous les canards scandinaves et sibériens, les cygnes sauvages et les grèbes.

 

L’impact du climat

L’ornithologue, à qui l’on doit la publication du livre Oiseaux de Suisse et la création de l’Ile aux oiseaux de Préverenges, constate, chaque année, l’impact du changement climatique sur certaines espèces : « La hausse des températures fait que les oies ne descendent plus jusqu’en Suisse parce qu’il n’y fait plus assez froid. A l’inverse, de nombreux oiseaux méditerranéens qui étaient rares autrefois sont toujours plus fréquents dans nos régions. Quant aux oiseaux nicheurs, comme les mésanges et les merles noirs, on les trouve aujourd’hui jusqu’à 1500 mètres d’altitude. »

Pour Lionel Maumary, les oiseaux sont une source constante d’émerveillement, mais aussi d’inquiétude. La domestication excessive de la nature dans les pays industrialisés comme la Suisse rend la vie de plusieurs espèces problématique, voire impossible. « Plus un pays est pauvre, plus il est riche en oiseaux », constate-t-il, en citant l’exemple de la Roumanie, où le delta du Danube constitue le plus important réservoir d’oiseaux en Europe. « Je remercie le ciel qu’on n’ait pas confié ce delta à des Suisses : ils auraient drainé cette roselière, la plus grande du monde, afin d’y faire de la culture intensive et de construire des routes ! »

 

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Notre responsabilité

Les hirondelles, par exemple, doivent se battre pour survivre dans notre pays. Leur population ne cesse de baisser, en raison de la diminution des insectes liée à la disparition d’exploitations agricoles : « Quand il n’y a plus de vaches, il n’y a pas de fumier, donc peu de mouches, et peu d’hirondelles. De plus, avec le bétonnage des chemins à la campagne, les hirondelles ont du mal à trouver de la boue pour construire leur nid. » Pire : les gens ne supportent plus que les hirondelles fassent leur nid sous le toit et risquent de salir la façade de leur maison : « Si vous saviez le nombre de coups de téléphone que je reçois de la part 
de personnes qui me demandent de venir enlever des nids d’hirondelles ! Chaque année, on me rapporte des nids détruits, alors que les petits sont encore à l’intérieur… », se révolte l’ornithologue. « Une femme m’a même téléphoné pour me demander de venir éliminer des tourterelles dont le roucoulement la dérangeait ! » 

Chez nous, l’obsession du « propre en ordre » contribue à faire fuir les oiseaux, notamment dans les jardins où le gazon tondu à ras empêche les herbes et les fleurs de pousser, les papillons et les insectes de voltiger. Ce qu’on peut faire dans un jardin pour protéger les oiseaux ? « Surtout, ne faites rien ! s’exclame l’ornithologue. Laissez faire la nature, laissez du bois mort par terre. Les personnes qui ont un jardin disposent d’un grand pouvoir. Si elles se donnaient toutes le mot pour laisser la nature s’exprimer, cela ferait d’immenses surfaces accueillantes pour les oiseaux. »  

 

Marlyse Tschui

 

 

 

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