Les femmes doivent-elles faire l’armée ?

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Et si le service militaire devenait obligatoire pour la gent féminine ? L’idée de la Société suisse des officiers (SSO) est loin de faire l’unanimité. En particulier du côté des féministes. 

Colonel d'Etat Major, Stefan Holenstein, président de la SSO

 

 

Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui une obligation de servir pour les femmes ? 

La SSO est convaincue que les temps sont mûrs pour considérer que les mêmes droits et les mêmes devoirs s’appliquent aux femmes comme aux hommes également dans l’armée. L’armée de milice est l’image de notre société. Il n’est donc plus acceptable de renoncer volontairement à plus de 
50% du potentiel de notre société, c’est-à-dire aux femmes. L’inclusion des femmes est non seulement pertinente en termes de politique de sécurité, mais aussi importante et urgente pour l’avenir de l’armée de milice.  

 

N’est-ce pas une mesure « bouche-trou » d’une armée en manque d’effectifs ? 

Bien au contraire : il ne s’agit pas d’une question de quantité et d’effectifs. Les femmes ne sont pas du tout une solution de remplacement pour les hommes faisant défaut 
à l’armée. L’accent est surtout mis sur la qualité. Nous voulons gagner les compétences, l’expertise et les talents des femmes pour l’armée. C’est un fait scientifique bien documenté : les équipes mixtes sont meilleures et simplement plus performantes. Mais pour cela, un changement culturel dans l’armée est nécessaire et élémentaire. 

 
La vision de la sécurité est-elle différente selon les femmes et les hommes ? 

Non, le défi se situe dans le fait que les femmes n’ont pas encore un accès égal à une information en profondeur sur ce qui relève de la sécurité en général, et de l’armée en particulier. Une approbation populaire est une condition de base pour l’existence de l’armée. La sécurité et l’armée doivent redevenir le reflet de la société. Nous avons l’intention d’inclure les femmes dans le débat sur la sécurité, tout en renforçant notre système de milice en incluant leur potentiel. Nous faisons ainsi avancer l’égalité dans un domaine aussi essentiel que la sécurité. 

 

 

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Delphine Klopfenstein Broggini, conseillère nationale Les Vert-e-s

 

Un service militaire étendu aux femmes, est-ce nécessaire ?

Il faudrait, avant cela, que le service militaire recrute sur une base volontaire. Or, dès le moment où le service militaire en Suisse est toujours obligatoire, la proposition n’est pas pertinente. Le sujet devrait davantage être amené au niveau du service civil : l’année dernière, plus de 1,6 million de jours de service civil ont été accomplis, en particulier dans les domaines de la santé, du social, de la protection de la nature et de l’environnement. Cette sorte de service, utile à la collectivité et à la vie professionnelle future, pourrait être ouvert aux femmes, mais aussi aux étrangers ou aux étrangères sur base volontaire.

 

De fait, c’est un pas de plus vers l’égalité, non ?

Dans un contexte général oÙ l’armée se plaint de problème de sous-effectifs et craint manquer de bras d’ici à 2030, l’égalité pour l’armée, c’est un peu l’égalité quand ça arrange. Si l’on s’intéresse réellement à l’égalité, il y a d’autres domaines qui attendent depuis fort longtemps : l’égalité salariale, le congé parental, la lutte contre la violence domestique, les féminicides ou le harcèlement de rue, la reconnaissance du travail non rémunéré ou encore l’accès aux postes à responsabilités. 

 

La sécurité du pays est-elle un concept uniquement masculin ?

La sécurité du pays ne passera pas par le renforcement de notre armée. C’est, au contraire, en développant collectivement des initiatives civiles pour la paix, l’interdiction des armes dans la sphère privée, la fin de toute exportation d’armes ou la réaffectation d’une partie du budget de l’armée pour répondre aux conséquences du dérèglement climatique que nous travaillerons ensemble, femmes et hommes, et de toute évidence à la sécurité du pays.

 

 

Propos recueillis par Nicolas verdan

 

 

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