Les animaux, un réconfort bienvenu

 @Yves Lereshe

Sous l’effet du coronavirus, la présence d’un chien ou d’un chat prend souvent une importance supplémentaire. Témoignages.

Le coronavirus nous a plongés dans un climat anxiogène, où se bousculent le spectre du confinement, la limitation des interactions entre les humains et les informations peu réjouissantes. Dans ce contexte teinté d’incertitudes et de stress, les animaux de compagnie ont, plus que jamais, des effets bénéfiques sur notre santé mentale. Nos chiens et nos chats trompent parfois notre solitude et atténuent souvent les effets des restrictions sociales. Il en est, par exemple, ainsi chez Annik Anselin Robyr, 50 ans, contente d’avoir son chat Kench (9 ans) et son chien Aïko (5 ans) à son côté en ces temps perturbés. « Sans eux, cette période aurait été plus compliquée à vivre, atteste cette habitante de Chermignon (VS). Pour mon mari et pour moi, ils représentent une présence importante, d’autant plus quand nous avons dû nous mettre en quarantaine. » Dans son quotidien d’infirmière à domicile, Annik Anselin Robyr prend parfois son chien avec elle. « Etant donné qu’on peut moins toucher les autres, pouvoir le caresser fait du bien à mes patients, comme à moi, d’ailleurs », précise-t-elle.

Chez Bernard Jaquat et son épouse, c’est un peu une arche de Noé. Dans leur ferme de Bevaix (NE), il y a Locki, un berger des Abruzzes de 4 ans, des chats, des tortues (terrestres et aquatiques), des poules et des chevaux qui, eux, sont ici en pension. « Nos animaux nous obligent à conserver l’activité que nous avions avant la pandémie et rythment notre quotidien, car il faut constamment s’en occuper, note cet homme de 78 ans. Comme nous allons moins au village et que nous recevons moins de monde qu’en temps normal, leur présence trompe l’ennui. Je n’imaginerais pas vivre sans animaux, d’autant plus en période de Covid-19. »    

Une forte demande d’adoption

Les vétérinaires sont des observateurs privilégiés de ce phénomène. « Nos clients évoquent tous les jours une situation absurde et complètement incompréhensible dans laquelle leur animal est une source d’amour et un soutien psychologique de la plus haute importance, note le vétérinaire vaudois, Jean Pfister. Actuellement, nous sommes extrêmement occupés. On reçoit, d’une part, les gens qui ont plus de temps pour s’occuper de leurs animaux, d’autre part, ceux qui en prennent de nouveaux pour essayer d’équilibrer les effets psychiques des mesures anti-Covid. »  

Nombreux sont ainsi les refuges à voir le nombre de leurs animaux diminuer, comme le confirme Stéphane Crausaz, responsable de la communication au sein de la Société vaudoise pour la protection des animaux (SVPA). « Nous en recevons moins et avons davantage de demandes d’adoption. En revanche, nous ne les honorons pas systématiquement, car elles ne sont pas toujours bien réfléchies. » 

Les courbes des recherches d’animaux de compagnie sur internet ont également pris l’ascenseur. Et le phénomène est mondial. Aux Etats-Unis, par exemple, les demandes d’accueil d’animaux ont augmenté de 500 % dans certaines villes, comme le rapporte le journal The New York Times. Stéphane Crausaz craint toutefois un effet boomerang au moment où nous retrouverons une vie normale : « Espérons que les gens n’aient pas décidé d’adopter sur un coup de tête et qu’il y ait ensuite un afflux massif d’animaux dans les refuges. On peut aussi craindre que la fin du télétravail bouscule certaines habitudes nouvelles et engendre des problèmes de comportement chez les animaux, pouvant conduire à la séparation. Mieux vaut donc les habituer à une future absence. » En attendant le retour à la vie d’avant, rencontres avec des maîtres pour lesquels cette présence est essentielle.

 

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« Sans lui, le confinement aurait été plus difficile à vivre »

Nathalie Cavin, 54 ans, Lutry (VD) 

Il y a un an, Nathalie Cavin accueillait Sam. Elle ne s’imaginait pas que ce chihuahua de 4 ans allait embellir sa vie… de semi-confinée ! S’il ne lui sert pas à tromper la solitude (elle est entourée de ses deux enfants, des jeunes adultes, et de neuf chats), ce chien l’oblige à sortir tous les jours : « En période de pandémie, 
on aurait tendance à rester cloîtré chez soi. Mes balades avec lui me permettent d’échanger des mots et des sourires avec les gens. En outre, j’ai pris des cours d’éducation canine, ce qui m’a permis de parler d’autre chose que du Covid. Sans Sam, cette crise aurait été nettement plus difficile à supporter. »     

 

« Igor est devenu notre créateur de liens sociaux ! »

Christine et Stefan Theiler-Jaquier, 61 et 62 ans, Delémont (JU)  

« Igor est devenu, plus que jamais, notre créateur de liens sociaux quand on va se promener. » Ce jeune lagotto romagnolo de 3 ans oblige en effet Christine et Stefan Theiler-Jaquier, ses propriétaires, à sortir, en dépit de l’annulation de leurs activités (yoga, etc.), « ce qui nous évite de nous renfermer sur nous-mêmes ». Il a aussi été d’un précieux soutien pour la mère de Christine, 90 ans qui, à la suite d’une fracture du crâne, a vécu durant deux mois chez eux, lors du premier confinement. « Igor l’a aidée à retrouver son équilibre et la volonté d’aller de l’avant. » 

 

 Frédéric Rein   

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