Le tatouage, y a pas d’âge!

@Yves Leresche

Madeline et Karine nous racontent comment elles se sont piquées de tatouages, la cinquantaine passée. Un cap suivi d’un déclic que relate Sonia, prête à se lancer. 

On le croyait réservé qu’aux jeunes, mais le tatouage se fiche aujourd’hui de l’âge. Le cap des 50 ans franchi, Madeline, Karine et Sonia (lire témoignages) en sont la preuve. Oublié donc le signe d’une appartenance tribale qu’il était à l’origine. Plus tard, le tattoo a longtemps été perçu comme marginal; pendant un peu plus d’un siècle, il se traduit par un acte de rébellion. 

C’est à partir des années 1960 – 1970 que cet art prend de l’ampleur en Occident, en parant de plus en plus de corps de tous âges et de toutes formes, des motifs du monde. Relatant volontiers une histoire personnelle, il se révèle parfois être un moyen de marquer le coup, et de réaffirmer son identité, quel que soit son âge.

« Le tatouage apporte quelque chose aux gens, que ce soit physique ou psychique, et ce, peu importe l’âge »

explique Cedric Cassimo, qui tient le salon lausannois Mosaics Tattoo depuis plus de dix ans. 

 

Un premier tatouage, puis…

A 67 ans, 60 ans et 50 ans, Madeline, Karine et Sonia représentent, de nos jours, une clientèle plutôt courante : « Parmi toutes mes clientes, un quart ont passé 50 ans. Et elles franchissent le pas tout autant que les hommes de leur génération, voire plus », relate Cedric Cassimo, avant de poursuivre : « D’ailleurs souvent, après leur premier tatouage, les femmes partent facilement sur des projets plus importants. On y retrouve souvent le côté géométrie ou floral, avec une touche d’arabesque. » Pour Jonas Béguin, qui 
a récemment ouvert le salon Mojo Jojo Tattoo à Lausanne, « il n’y a pas de juste ou de faux. Les motivations d’un tatouage, comme le motif, varient vraiment d’une personne à l’autre. Selon moi, c’est surtout lié à la culture et à l’univers propres à chaque personnalité. » 

En fixant leur prix en fonction du temps passé sur le projet — en moyenne 350 francs pour un tatouage noir-blanc de 10 x 10 centimètres — Cedric et Jonas partagent le même dessein en proposant des créations uniques pour chaque client. Un suivi appliqué qui invite à la confiance et, parfois même, aux confessions. « Pour certaines femmes qui se tatouent après 50 ans, c’est comme un frein qui se lève sur une envie déjà présente, et le corps devient une toile sur laquelle peindre », relate Cedric Cassimo. Et Jonas de confirmer:

« Se surprendre et surprendre son entourage, c’est valorisant et ça aide à briser une routine, peu importe l’âge. Cela dépend sûrement aussi de l’ouverture d’esprit. »

 

Elles sont Piquées pour la vie

« Ça ne m’avait jamais traversé l’esprit auparavant » Madeline, 67 ans, Ecublens, retraitée

De sa voix chantante, Madeline nous raconte comment, il y a deux ans, elle s’est tatouée sa petite-fille et arrière-petite-fille sur l’avant-bras gauche : « C’était par hasard. En vacances au bord de la mer avec elles, je les ai prises en photo de dos. En voyant la photo, j’ai eu soudainement envie de me la faire tatouer. Sur le moment, c’était des paroles en l’air, mais plus le temps passait, plus j’étais convaincue. A ce moment-là. Ma petite-fille n’a rien dit, sauf que, quelques semaines plus tard, elle m’a annoncé que j’avais rendez-vous dans un salon (NDLR chez Mojo Jojo Tattoo). »

Prise au dépourvu, elle se laisse charmer par l’esquisse de Jonas et se jette dans le bain, sans grande hésitation. Se tatouer pour la première fois à 65 ans est-ce, chez elle, une sorte de lâcher-prise ? « Oui, quelque chose s’est passé en moi, un je ne sais quoi en plus. Peut-être que j’en avais besoin. Je me suis laissé surprendre. Ça ne m’avait jamais traversé l’esprit auparavant. » Tout de suite satisfaite d’elle, ses proches, eux, furent surpris, mais heureux pour elle : « Leurs réactions étaient trop drôles ! On m’a appelée “La rebelle“. (Rires.) Pourtant, c’était une simple envie, pas un acte de rébellion ! »

Un an plus tard, elle s’encre un second tatouage, à l’image du premier, sur l’autre bras, vacant. Et projette aujourd’hui son prochain : « J’aimerais tatouer le nom de mon autre petite-fille, Marie, avec une jolie écriture. Peut-être l’année prochaine. Mais après, j’arrête », sourit-elle. 

 

 

« Me tatouer, c’est peut-être une façon de dire : j’existe »

Karine, 60 ans, Le Mont-sur-Lausanne, active dans les assurances

En découvrant les tatouages polynésiens à Hawaï, en 1990, alors qu’elle n’a que 30 ans, Karine a un coup de cœur, et le déclic pour se faire tatouer. Une idée à laquelle elle n’avait jamais songé dans le passé et qui a mûri en elle pendant plus de vingt ans. « Dans les années 60, c’était mal perçu d’avoir des tatouages. Mes parents voyaient ça comme quelque chose de marginal. Désormais, c’est perçu comme de l’art et comme une représentation de ce que tu es. » Une envie nichée dans un tiroir que Karine rouvre d’un coup à Londres, en 2013, lors d’un voyage avec une amie, en passant à côté d’un salon à Covent Garden.

« Mon amie me propose d’aller voir s’il y a une place, et c’est le cas. » Piquée à vif, elle accepte, et inscrit sur l’intérieur de son poignet, un message d’amour à sa famille. « Me tatouer, c’était peut-être une façon de dire : je suis là, j’existe », confie-t-elle joliment. 

Un an plus tard à Hawaï, elle habille son même poignet d’une fleur délicate, puis d’un troisième l’année passée, niché entre ses doigts. Aujourd’hui, après s’être fait tatoué son quatrième tatouage, il y a quelques semaines sur la clavicule, des idées fourmillent déjà en elle pour les suivants. « Pourtant, je trouvais cucul quand on me disait que, après 
le premier, on ne pouvait pas s’arrêter », confie-t-elle avec humour. 

 

 

« Dans le tatouage, il y a tous les ingrédients de la vie » 

Sonia, 50 ans, Chailly, active dans le social 

Encore vierge de peau, Sonia est pourtant bel est bien convaincue de s’encrer le bras prochainement. Sûrement d’un rameau d’olivier en référence à ses origines méditerranéennes. « Je n’attends pas le déclic, mais le bon moment. Parfois, je vais sur internet pour me donner des idées, voir si un dessin me percute, explique-t-elle réjouie, avant de poursuivre, ce ne sera pas déterminé par le temps, mais par le dessin du tatouage et par l’endroit où le réaliser.

Je suis spontanée, si le coup de cœur apparaît, je pourrais très bien me tatouer sur un coup de tête ! » Une envie pourtant nouvelle, apparue au seuil de ses 50 ans : « En passant ce cap, j’ai marqué un temps d’arrêt. Je ne m’empêche pas grand-chose dans la vie, mais, désormais, je me sens encore plus libre qu’avant. C’est le côté irréversible qui me freinait dans le tatouage. Mais, finalement, on y retrouve tous les ingrédients de la vie : la réflexion, une certaine appréhension, la découverte, puis la joie. »

 

 

Alice Caspary 

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