Le défi : Michael Dreschsel pilote d'avion !

© Yves Leresche

Depuis qu’il est à la retraite, cet habitant de Bussigny (VD) assouvit sa passion de l’aéromodélisme en bricolant et en faisant voler ses appareils.

Une fois aux commandes de son avion, Michael Drechsel fait preuve de beaucoup de concentration. Hors de question que son engin se crashe. Il en va toutefois plus de son amour propre que de la vie de ses passagers, puisque personne n’est à bord ! Même pas lui … En digne amateur d’aéromodélisme, le commandant Drechsel, 72 ans, pilote les opérations depuis le plancher des vaches, télécommande en main. « C’est important de ne pas perdre l’avion de vue, sans quoi on risque de ne plus jamais le revoir, explique, avec son accent allemand, cet ancien ingénieur-chimiste. Et je sais de quoi je parle. Un jour, alors que je tournais autour de la piste, je l’ai laissé s’éloigner un peu trop loin. Pour éviter tout risque de collision avec un véhicule empruntant la route cantonale qui se trouve à proximité, j’ai décidé de le poser à l’aveugle dans un champ situé à environ 300 mètres de moi. Je suis ensuite allé sur place pour le récupérer. Les cultures étaient très hautes, et je ne suis pas parvenu à le localiser. J’ai encore tenté ma chance en le cherchant avec un drone, mais en vain. Il avait disparu. Désormais, je mets toujours mon adresse dans l’avion, au cas où … » Heureusement, ce n’était pas un avion de grande valeur, comme peuvent l’être certains modèles de compétition, dont le prix atteint 15 000 francs.

 

Retour en enfance
Cette activité, Michael Drechsel l’a découverte, il y a bien longtemps, avant même d’avoir des enfants, grâce à un voisin passionné avec lequel il vole encore aujourd’hui. « Par manque de temps, j’ai dû faire une pause de plus de trente ans, note-t-il. Mais, depuis que je suis à la retraite, l’aéromodélisme s’est réinscrit dans mon quotidien. » Cet habitant de Bussigny vole en moyenne deux fois par semaine, « mais uniquement s’il fait beau ». Des vols qui, en raison de l’autonomie limitée des batteries, ne durent pas plus de huit à dix minutes chacun. « C’est fantastique de voir voler l’avion qu’on a bricolé, avoue-t-il. Je reçois le fuselage déjà prêt à l’emploi, mais je construis les ailes. Avant que l’engin ne puisse décoller, cela me prend généralement deux à trois mois, à raison de deux à trois heures par semaine. La fabrication est la phase que je préfère, plus encore que de voler. Cela me ramène à mon enfance, après-guerre. A l’époque, nous avions peu de jouets et je les bricolais moi-même. Vers l’âge de 10 ans, j’ai construit un petit bateau à moteur, mais sans télécommande, car c’était trop cher. »   

 


 

L’esthétisme avant tout
Michael Drechsel est membre du Club lémanique d’aéromodélisme, situé à Bavois (VD), et c’est principalement de là qu’il décolle. « Il ne faut, pour l’instant, pas de permis pour voler avec un appareil de moins de 30 kilos en Suisse, mais tout laisse à penser que la réglementation va se durcir, notamment en raison de l’apparition des drones dans le ciel. En France, par exemple, les modèles réduits doivent désormais être enregistrés auprès des autorités. Cela dit, chez nous, on ne peut pas voler n’importe où, comme près d’un aéroport ou quand il y a trop de monde. Mais, en principe, on peut évoluer dans les champs, pour autant qu’on ait l’accord du propriétaire. Il faut de grands espaces, car la piste de décollage doit mesurer entre 10 et 60 mètres. » Michael Drechsel dispose de trois appareils : un avion à moteur de base et deux planeurs, dont le plus grand a une envergure de 3,6 mètres. « Comme 80 % des membres de mon club, j’utilise surtout le planeur, dont le vol est plus linéaire et tranquille. En revanche, je me limite aux petits formats, les plus gros étant plus difficiles à piloter. » Choisit-il ses modèles en fonction de la période historique dans laquelle ils s’inscrivent ? « Pas du tout, répond-il tout de go. C’est l’esthétisme qui me guide. J’aime beaucoup celui des planeurs, qui renvoie à une image de légèreté. » Cette année, il espère agrandir sa flotte en acquérant un avion dont les roues sont interchangeables avec des flotteurs, ce qui permet de décoller et d’atterrir sur l’eau.

 

Pas de compétitions
Se laisse-t-il parfois aller à quelques loopings ? « La vitesse des planeurs limite les possibilités d’acrobaties, mais il m’arrive d’en faire avec mon avion à moteur. Cependant, je ne participe pas aux compétitions, car mon matériel n’est pas assez performant. En plus, il faudrait que je m’exerce beaucoup, afin que mes gestes sur la télécommande répondent à des automatismes. Sans compter que je ne suis qu’un pilote moyen. Je vais en revanche volontiers assister à ce genre de concours. » Voir son avion sillonner tranquillement le ciel suffit amplement à son bonheur. « D’autant plus depuis que j’ai fait un infarctus, il y a trois ans. Au début, j’avais de la peine à regarder vers le haut et à garder mon équilibre. Heureusement, tout est rentré dans l’ordre. » Cette petite turbulence
dans le ciel de la vie de Michael Drechsel passée, le voici de nouveau prêt à aligner quelques belles heures de vol et de bricolage en plus !

Frédéric Rein

 

Comment s’initier à l’aéromodélisme ?

Vous souhaitez vous initier à l’aéromodélisme ? « C’est très facile, répond Martin Reichert, président de l’Aéromodélisme romand AÉRO, l’aile romande de la Fédération suisse d’aéromodélisme (FSAM). Il suffit d’aller sur le site http://fsam.ch et de sélectionner le club le plus proche de chez soi, afin d’obtenir des renseignements. Beaucoup d’entre eux proposent d’ailleurs des initiations gratuites à la demi-journée où le matériel est prêté. Les novices peuvent également se rendre dans un magasin spécialisé, qui pourra les aiguiller. » Il existe actuellement 20 clubs romands affiliés à la FSAM, ce qui représente près de 800 personnes (10 % du nombre total des Helvètes affiliés), dont l’âge moyen oscille entre
40 et 50 ans. « Nos effectifs sont assez stables, précise-t-il. La démocratisation des drones et les progrès technologiques pourraient nous ouvrir de nouveaux horizons et nous amener davantage de personnes dans le futur, même si la réglementation de l’espace aérien risque de freiner certaines ardeurs. » Sachez encore que les premiers prix d’un avion commencent à environ 250 francs.

0 Commentaire

Pour commenter