La Suisse est-elle prête en cas de nouvelle canicule?

La Suisse et ses régions sont-elles prêtes à affronter de nouvelles canicules? ©iStock

Le changement climatique a fait des événements météorologiques extrêmes un défi majeur pour les nations et les centres urbains. La Suisse est-elle prête à affronter les futures vagues de chaleur? En 2021, Berne a mis à jour son système d’alerte pour réduire la mortalité.

Les relevés scientifiques sont incontestables: chaud devant! Plus de 40 degrés dans les centres urbains, des sécheresses prolongées et des hivers quasi sans neige: dans une quarantaine d’années, la Suisse devrait s’apparenter à un pays méditerranéen. Selon les scénarios climatiques actuels, basés sur des scénarios élaborés par l’Institut fédéral de météorologie et de climatologie et par l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), les étés caniculaires comme ceux de 2003, de 2015, de 2018 et de 2019 seront, à l’avenir, plus fréquents, plus longs et plus intenses. 

Selon une étude récente à laquelle a participé l’Université de Berne, environ un tiers des décès liés à la canicule dans le monde peut être attribué au changement climatique. Lors de l’été exceptionnel de 2003, par exemple, la persistance de températures supérieures à 30° pendant des semaines a causé près de 1000 décès prématurés en Suisse et 70 000 en Europe.

Dès lors, indépendamment des mesures prises pour limiter l’impact du réchauffement attribué aux activités humaines, que fait notre pays pour se prémunir des canicules à venir? «La Suisse a mis à jour son système d’alerte canicule en 2021 (NDLR, il date de 2005)», explique Daniel Dauwalder, porte-parole de l’OFSP. La population est alertée notamment par le biais de l’application de MétéoSuisse qui se base sur la température moyenne journalière. Ce concept prend notamment en considération la température nocturne.

Dangereuses nuits chaudes 

MétéoSuisse n’a fait que s’adapter aux nouvelles connaissances scientifiques. De récentes découvertes ont effet montré que des températures élevées pendant la nuit et le jour mettent le corps humain à rude épreuve. Des périodes de température élevée, même brèves, produisent un effet aussi négatif sur la santé que des canicules de plusieurs jours.

En Suisse, cet outil, unifié au niveau national, permet d’agir au niveau régional de façon la plus adaptée possible. «Le système fédéral et les importantes différences régionales météorologiques (NDLR, le soleil tape moins fort dans une petite vallée alpine protégée qu’à Genève, par exemple) plaident clairement pour poursuivre cette stratégie qui donne la responsabilité aux autorités cantonales, estime Daniel Dauwalder. Il n’y a pas de projet d’unifier la réactivité face à ce type d’événement climatique.» Il semblerait que cette stratégie, qui tire les leçons des précédentes vagues de chaleur, fonctionne plutôt bien. 

Pour bien comprendre les effets meurtriers de températures élevées, un ouvrage très fouillé vient de sortir aux Editions deux-cent-cinq, à Lyon. Intitulé "Chicago. Canicule, été 1995: autopsie sociale d’une catastrophe", il se lit comme un roman d’aventure. L’auteur de cette étude découvre que la canicule est un puissant révélateur de rupture sociale. Daniel Dauwalder ne dit pas autre chose: «Les personnes seules, âgées et atteintes de plusieurs maladies chroniques simultanément, sont les personnes les plus impactées contre les dangers de la chaleur. Leur isolement social est donc l’obstacle numéro un aux mesures de préventions contre la chaleur.»

L’enquête sur Chicago fait aussi ce constat: le changement climatique représente un défi qui nécessitera un engagement, celui de la modification des infrastructures pour les rendre résistantes au climat plutôt que de se contenter de mesures de secours.

Les cantons et les villes à la rescousse 

Une enquête réalisée auprès des médecins cantonaux, au début de l’année 2019, a révélé que plus de la moitié des cantons ont introduit des mesures pour protéger la population contre la chaleur extrême. Tandis que des mesures de formation et d’information sont uniquement en vigueur de façon isolée en Suisse alémanique, des plans d’action sanitaire contre la chaleur qui se basent sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sont actifs dans le Tessin et en Suisse romande (cantons de Genève, Vaud, Fribourg, Valais et Neuchâtel). Ils mettent notamment l’accent sur la prévention et le suivi des personnes à risques.

Et dans votre commune? Des mesures sont également prises au niveau communal. Exemples à Genève et à Neuchâtel. La Ville de Genève a lancé son 8e Plan canicule destiné aux personnes âgées de plus de 75 ans. Elles sont actuellement plus de 13 000 sur le territoire municipal. Ces personnes, qui ne bénéficient d’aucun suivi par l’institution de maintien à domicile (Imad), sont contactées par courrier et invitées à s’inscrire au numéro gratuit 0800 22 55 11, ou via l’adresse électronique plancanicule@ville-ge.ch, pour bénéficier d’un suivi du Service social durant les grandes chaleurs.

Avec son plan «Canicule — Grand Froid», la commune fusionnée de Neuchâtel souhaite, par exemple, sensibiliser et mieux protéger les personnes vulnérables en cas de pics ou de chutes de températures. Cette prestation, qui se décline en version « Canicule » et en version «Grand froid», permet, sur inscription préalable, d’être contacté par téléphone (+41 32 717 70 70) et de recevoir éventuellement une visite de bénévoles. 

Nicolas Verdan

Les trois règles d’or

1. Eviter les efforts physiques. Réduire au maximum l’activité physique aux heures les plus chaudes de la journée et privilégier les lieux ombragés.

2. Eviter la chaleur et se rafraîchir. Fermer les fenêtres pendant la journée et éviter le soleil (tirer les rideaux, fermer les volets). Aérer la nuit. Porter des vêtements légers. Rafraîchir l’organisme en prenant des douches froides, en posant des linges froids sur le front et la nuque et des compresses froides sur les pieds et les mains.

3. Boire beaucoup et manger léger. Boire (au moins 1,5 l/jour) à intervalles réguliers, sans attendre d’avoir soif. Prendre des repas froids et rafraîchissants: fruits, salades, légumes, produits laitiers.
Veiller à consommer suffisamment de sel.

 

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