La réforme de l’orthographe du français est-elle justifiable ?

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Plus « inclusive », car moins « genrée » et simplifiée, cette nouvelle orthographe entrera en vigueur dans les établissements et les manuels scolaires à partir de 2023. Elle ne fait pas que des heureux et le débat fait rage. 

La réforme de l’orthographe annoncée le 9 juin s’est-elle faite hors du débat public ?

La langue a ceci de particulier qu’elle appartient à tous et à toutes ses locuteur•rice•s. Nous ne sommes toutefois pas toutes et tous spécialistes de l’enseignement, même si nous avons toutes et tous été à l’école. La réforme de l’orthographe date de 1990 et l’orthographe rectifiée est recommandée par le Conseil supérieur de la langue française depuis cette date. Dans les écoles romandes, elle coexiste depuis 1996 déjà avec la graphie « traditionnelle ». Ce qui change maintenant, c’est que l’orthographe rectifiée devient la référence pour l’enseignement du français, intégrée dans les nouveaux manuels scolaires. Elle est soutenue par les protagonistes principaux de ces changements, à savoir les enseignant•e•s et les didacticien•ne•s.

La simplification de l’orthographe est-elle une évolution nécessaire ?

Absolument. A une certaine époque, l’orthographe française a même été volontairement complexifiée, afin de la rendre accessible uniquement à certaines classes de la population, et masculinisée pour évincer les femmes de certaines fonctions. Depuis, l’orthographe du français a évolué et elle évoluera encore, puisque la langue est vivante, en lien avec la langue parlée et avec l’évolution de la société.

Y a-t-il une réelle attente de changement de la part des usagers de la langue ?

Il y a, avant tout, une possibilité d’allouer, dans l’enseignement de la langue française, davantage de temps au développement de l’expression orale et écrite, à l’argumentation, à l’analyse de langue et pourquoi pas aux aspects poétiques et littéraires, plutôt qu’à la mémorisation de règles orthographiques arbitraires. 

Au fond, on réforme l’orthographe à des fins avant tout logopédiques, non ?

Non, il s’agit de permettre à tous les enfants de devenir des communicateur•rice•s compétent•e•s, à l’aise à l’oral comme à l’écrit et dans différents types de situations, plus ou moins formelles. La langue écrite ne se réduit pas à son orthographe.

 

 

La réforme de l’orthographe, annoncée le 9 juin, donne le sentiment qu’elle s’est faite hors du débat public. Vrai ?

Vrai, mais des réformes ont déjà été appliquées qui n’ont eu aucun effet. Saviez-vous que depuis trente ans, il est permis d’écrire « je jète » ou « j’appèle » ? Aujourd’hui, à grands renforts médiatiques, on impose cette réforme qui tombe comme un diktat. L’absence de concertation fait froid dans le dos. A-t-on consulté des grammairiens, des étymologistes, des latinistes, des hellénistes, des médiévistes, des spécialistes ? On n’en sait rien.

 

Faut-il, selon vous, simplifier l’orthographe ?

Oui, toute langue doit évoluer. Encore faut-il former les enseignants. Quand j’entends une enseignante dire que le « s » de « relais » ou le « i » de « oignon » ne s’entendent pas, donc ne servent à rien, je hurle ! Car, ce faisant, on subordonne l’orthographe à l’oralité de la langue, ce qui revient à nier la spécificité du français qui ne prononce pas toutes les lettres. Or, ces lettres muettes constituent le patrimoine génétique et historique du mot.

 

Pensez-vous qu’il y ait une réelle attente de changement de la part des usagers de la langue ?

Les amoureux de la langue française ? Non. Les pragmatiques, les YouTubeurs ? Possible. Les jeunes ? Non, parce que, quelle que soit la réforme à venir, ils auront leur langue à eux et leurs codes.

 

Cette réforme serait favorable aux allophones ou autres élèves en difficulté. Vrai ?

C’est un prétexte compassionnel et intégratif déplorable. Les hispanophones avec ou sans réforme peineront toujours autant à lire et à prononcer les voyelles nasales. Nous disposons d’un arsenal de logopédistes au service des élèves en difficulté. La méthode « Edusyllabe » conçue à l’intention des allophones est très efficace.

 

Propos recueillis par Nicolas verdan

 

 

 

 

 

 

 

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