La galanterie aux orties

Gravure ancienne de 1879 d'après le tableau de Charles Robert Leslie, deux hommes tentent de gagner l'affection d'une dame. ©Istock

Il aura fallu 50 ans seulement pour que le féminisme jette au rancart les gestes masculins de courtoisie envers les femmes. La galanterie, pratique exquise ou offensante ? Il suffit de poser la question pour que les esprits s’enflamment.

A une époque où les affaires de harcèlements, de viols et de féminicides font les grands titres des journaux, évoquer le charme de la galanterie c’est risquer, au mieux de paraître ridicule, au pire d’être traité de sexiste. Dans la jeune génération, la méfiance est réciproque : tant chez les jeunes femmes, qui ne supportent pas l’idée d’être traitées comme des "êtres inférieurs", que chez les hommes de leur âge, qui ne savent plus sur quel pied danser pour se montrer agréables. Aujourd’hui, ouvrir la porte à une femme pour la laisser passer, c’est s’exposer à des insultes. Lui offrir un verre, c’est être pris pour un hypocrite dont le seul but est d’entraîner une proie dans son lit. Lui faire un compliment est presque considéré comme du harcèlement.  

Autrefois, cela paraissait si simple ! Ces petites attentions masculines, que bien des femmes appréciaient et apprécient encore, entretenaient un climat de complicité et de légèreté entre les sexes. Un dragueur impénitent se montrait-il trop lourd ? Il suffisait de le remettre en place, souvent avec le sourire, et l’histoire s’arrêtait là...

Comment la galanterie, ce signe de respect des hommes envers les femmes, est-elle devenue le symbole d’un machisme paternaliste et manipulateur ? C’est toute une histoire. Une histoire que retrace Claude Habib dans son livre La galanterie française (Editions Gallimard).

Les aléas d’un code culturel

La galanterie vient de loin. Elle remonte au 17e siècle, traverse sans encombre la Révolution française, devient à la fois pratique de savoir-vivre, de séduction et de mode. 
Autrefois apanage de l’aristocratie, elle a essaimé dans les autres couches de la société. Comme le définit Claude Habib, ce code culturel qui assurait « une collaboration aimable et joueuse » entre les sexes a été brutalement remis en cause dans les années 1970 par la génération du baby-boom: « Pour les jeunes femmes découvrant le féminisme, la galanterie était un leurre. Sa fonction était de dissimuler la brutalité de la domination. C’était donc un masque qu’il fallait arracher à l’ennemi phallocrate. » En oubliant que la galanterie suppose l’estime mutuelle des deux sexes, les féministes d’aujourd’hui se plaisent parfois à jouer l'inverse, quitte à paraître brusques, parfois vulgaires ou humiliantes. Si elles exigent le respect des hommes, parviendront-elles à l’obtenir en leur déclarant la guerre ? Rien n’est moins sûr. « De femme à homme aussi, les égards ont lieu d’être, écrit Claude Habib. Nous avons cassé les codes culturels qui rendaient formulable le désir masculin, qui lui permettaient de se faire entendre. Nous ne les avons pas remplacés. » 

La galanterie, une affaire de vieux ?

On pourrait le croire. Pourtant, malgré les apparences, elle pourrait bien survivre. On la retrouve, comme à une époque très lointaine, dans les milieux aristocratiques et fortunés, où faire preuve de civilité et d’éducation reste un signe de distinction. Non pas entre les hommes et les femmes, mais entre certaines catégories sociales… et le « bas peuple » ! Il y a encore du boulot.

Marlyse Tschui

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