La défense des éléphants

Le sort des pachydermes asiatiques émeut les apôtres de la cause animale.

Des pachydermes maltraités, chevauchés par des fans de selfies goguenards... ces images ont choqué, au point d’amener certains activistes à quêter pour financer des campagnes de boycott touristique du Sud-Est asiatique. Confrontée à trop de désinformation, la Thaïlande vient de convier des journalistes du monde entier à voir sur le terrain un constat objectif, validé par la crème des scientifiques et des vétérinaires spécialisés.

Il ressort de leur analyse que, entre le tout noir et le tout blanc, subsiste une zone grise. Le tout noir : ces exhibitions où les éléphants jouent encore au football ou réalisent des « œuvres d’art » par la vertu de sournoises stimulations orientant le pinceau fixé à leur trompe. Dans les nouveaux « sanctuaires », le divertissement cède le pas à l’éducation. Invités à un contact étroit avec l’animal libéré de ses entraves, les visiteurs peuvent le cajoler, partager ses baignades, lui proposer des friandises.

Besoin de bouger

Quid de ces fameuses balades à dos d’éléphant ? A l’évidence nocives si elles mobilisent le pachyderme au-delà d’une ou de deux heures — surtout sur du béton —, elles peuvent parfaitement satisfaire son impératif besoin de mouvement, en forêt. Proportionnellement, le poids des touristes impliqués demeure bien inférieur à celui d’un cavalier sur son cheval, même en ajoutant les quelque vingt kilos d’un dispositif faisant office de selle (encore faut-il que ce dernier ne frotte pas directement l’échine). A noter que certaines de ces nouvelles institutions « respectables » se contentent de louer leurs éléphants à d’anciens propriétaires peu scrupuleux, ce qui ne délivre pas forcément l’animal d’un possible retour à sa triste condition.

En l’état, l’application d’une réglementation officielle contre la maltraitance, voire son existence même, restent encore floues. D’où l’urgence de certificats, de labels et de classements permettant aux agences et aux touristes de choisir leur campement en toute connaissance. Un grand travail de formation reste également à entreprendre auprès des propriétaires d’éléphants, de leurs mahouts (cornacs) et même des responsables gouvernementaux. C’est à ce prix que la confiance sera restaurée et que la survie même des troupeaux domestiqués sera assurée, sachant qu’elle dépend éminemment des revenus touristiques.

 

Texte et photos: Bernard Pichon

 

 

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