L’impact du Covid-19 sur les seniors : « Tout à coup, je n’étais plus une citoyenne responsable »

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La Fondation Leenaards a organisé un rendez-vous online sur l’impact du Covid-19 sur les seniors. Paroles fortes et revendications.

Moment fort de l’événement organisé par la Fondation Leenaards, le 3 novembre dernier à Pully, la projection d’un film tourné en septembre et consacré à la parole des seniors sur le confinement. En l’occurrence quatre Romands, tous octogénaires. Il y avait une émotion palpable à les entendre, même si le public commentait le rendez-vous online, pandémie oblige.

La fondation avait aussi convié plusieurs experts autour de la table, à commencer par l’ancienne conseillère nationale Anne-Catherine Menétrey-Savary. « Nous avons été désignés comme une classe à risque, comme des vulnérables, dans des termes pas toujours élégants. Nous ordonner de ne plus sortir aura été une attaque directe contre notre autonomie, qui est le dernier rempart avant l’effondrement ! Tout à coup, je n’étais plus une citoyenne responsable, intégrée, mais juste une vieille dame, infantilisée ! Je crains que ce soit encore pire pendant la deuxième vague et que cela soit très difficile pour nous de nous en remettre. »

Tous les intervenants, à tour de rôle, ont ainsi pu prendre la parole sur cette période si particulière et si lourde à vivre. « Les organisations et leurs bénévoles ont appris à agir autrement, a souligné René Goy, directeur adjoint de Pro Senectute Vaud et président d’Agora Vaud. Nous allons continuer à nous appuyer sur le savoir-faire et la solidarité de ces expériences positives pour affronter la deuxième vague. » Pour Marie Da Roxa, directrice générale de l’institution genevoise de maintien à domicile imad, l’expérience de la mise en œuvre du plan canicule a été précieuse, notamment dans la collaboration avec les communes, pour garantir le soutien aux personnes isolées. « Après une phase de sidération, les gens ont appris à se faire confiance, les organisations privées et publiques à travailler ensemble. A mon sens, il est apparu comme essentiel de préserver au maximum les rituels (boire un café, faire de la gym) qui structurent la vie de nombreux retraités. A long terme, l’un des grands enjeux sera d’investir dans la formation du personnel de santé. »

 

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L’âge, tout sauf un critère

Face à la deuxième vague, Jean-Marc Chevallaz, conseiller municipal de la Ville de Pully,a expliqué que la commune allait réactiver les précieux outils mis en place il y a quelques mois, à savoir « une hotline et l’application Pully Solidaire, afin de soutenir et de trouver des solutions tout en étant à l’écoute de la population. » 

Catherine Bezençon, directrice de La Main Tendue Vaud, a, elle aussi, pointé l’individualisme qui met à mal notre société. « Le fait d’écouter et de reconnaître ce que vivent véritablement les personnes leur permet de se sentir reconnues. Cette crise nous a plus que jamais fait nous rendre compte que nos individualismes ne portent pas loin et que seule la culture du sentiment d’appartenance nous permettra de trouver ensemble le bon chemin, quel que soit son âge. » A la fin de la conférence, tous les intervenants en convenaient: la vieillesse est plurielle et l’âge, qu’on a voulu bouc émissaire, ne doit pas être un critère de catégorisation. La vulnérabilité, en revanche, oui. 

 

Frédéric Rein

Le film et le débat sont visibles à la fin de notre article ci-dessous et sur Rendez-vous Leenaards âge & société 2020 du 3 novembre - Fondation Leenaards - Favoriser la dynamique créatrice

 

 

 

 

 

 

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