Grève : les femmes luttent depuis longtemps !

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C’est à leurs actions, leurs marches collectives et leurs grèves, que les femmes doivent leurs droits acquis. Décryptage de quatre moments forts de l’histoire de leur conquête. 

Mais que veulent-elles encore, les femmes ? N’ont-elles pas déjà tout obtenu ? Tout, non. Le droit de vote et d’éligibilité, le droit de disposer de leur corps, le droit de travailler et de jouir de l’argent qu’elle gagne ... Des conquêtes essentielles, certes. Mais, au prétexte qu’elles ont transformé la destinée des femmes, on a tendance à oublier les batailles qu’il reste à mener, notamment l’égalité des rémunérations, le partage du travail domestique et de la prise en charge des enfants ainsi que des personnes fragiles, etc. Et on vit comme si tout allait bien. « Je suis surprise par le nombre d’étudiantes qui s’exclament : « On nous a dit que l’égalité hommes-femmes était une réalité, mais ce n’est pas vrai », remarque l’historienne Carola Togni, professeure à la Haute Ecole de travail social et de la santé à Lausanne. Non seulement ce n’est pas vrai, mais les acquis sont fragiles et facilement remis en question. Qu’on se souvienne du remboursement de l’avortement en Suisse qui a été rediscuté en 2014. Et puis, souligne l’historienne: « Les normes sociales évoluent et font apparaître de nouvelles discriminations, je pense notamment aux injonctions concernant le rapport à la féminité. » Bref, le 14 juin, les Suissesses se mettront en grève avec l’intention que leur action laissera une fois encore une trace dans l’histoire, avec un grand « H ».

           Véronique Châtel

 


 

Les femmes, actrices de leur histoire et pas seulement de la leur, marchent sur Versailles pour demander du pain au roi

Même si elles demeurent souvent invisibles dans les livres d’histoire, les femmes étaient là. Militantes, combattantes, résistantes. Actrices, comme ici, sur cette gravure, qui les représentent en 1798 marchant sur Versailles pour réclamer du pain au roi. « Les femmes ont fait partie de toutes les luttes, de toutes les révoltes et des révolutions. Mais leurs revendications concernant leur statut et leurs droits ont toujours été mises de côté. Cela n’était pas prioritaire », explique Carola Togni. Résultat : pour témoigner de leur condition, les femmes ont dû sortir de la mixité et inventer des actions spécifiques. Néanmoins, l’idée qu’un homme sur deux est une femme a toujours du mal à s’imposer ! 

 

 

Les suffragettes anglaises mutliplient les actions pour obtenir des droits civiques.

 

Pour revendiquer le droit de vote et d’éligibilité, des Anglaises créent la Women’s Social and Political Union et décident de se faire entendre au travers d’actions provocatrices, souvent radicales. « Elles rompent avec la bienséance que la société anglaise attend des femmes. Elles s’enchaînent aux bâtiments publics, font la grève de la faim. Un jour, un groupe de bourgeoises bien habillées va casser les vitrines des magasins avec un marteau et martèle : « On ne va se soumettre aux lois auxquelles on n’a pas pu contribuer », rappelle Carola Togni. Le combat des suffragettes françaises à la même époque prend aussi des allures de « happening », et récolte, comme celui des Anglaises, des insultes, des violences physiques, des emprisonnements.

 

 

Le Women’s Lib génère un grand mouvement de revendication féminine notamment pour conquérir le droit de disposer de son corps.

Conscientes que l’union fait la force, des jeunes Américaines créent en 1967 le Women Liberation Movement, appelé « Women’s Lib ». Ce mouvement embrase peu à peu toute l’Europe et prend une dimension internationale. Les femmes parlent, écrivent, font la fête. Elles sont émues par le courant de complicité qui les réunit soudain et la force qu’elles représentent. Les collectifs féministes débordent d’idées originales pour se faire entendre. « Plusieurs actions symboliques marquent les esprits. En août 1970, un petit groupe de femmes est allé déposer une couronne sur la tombe du soldat inconnu avec cette banderole : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme », relève l’historienne Carola Togni. Toutes ces manifestations et ces actions collectives déboucheront sur la conquête de droits essentiels : le droit à la contraception et le droit à l’avortement libre et gratuit.

 

La grève de référence: 500 000 femmes dans la rue


Il y a vingt-huit ans, près de 500 000 femmes sont descendues dans la rue pour réclamer que l’égalité constitutionnelle soit appliquée dans les faits. Derrière le slogan « Les femmes bras croisés, le pays perd pied », ouvrières, universitaires, employées, mères, femmes au foyer de tous les coins du pays et de toutes les régions linguistiques ont mené diverses actions dans une ambiance festive et colorée. « Le bilan de cette grève est très positif, affirme l’historienne Carola Togni. La prise de conscience des inégalités entre hommes et femmes a été profonde. Des réformes ont été menées, notamment concernant l’AVS. La mobilisation qui se dessine pour le 14 juin se réfère à celle de 1991, aussi bien dans la forme, pour inventer des actions innovantes, que dans le fond, pour faire entendre les discriminations que subissent toujours les femmes. »

 

 

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