Faut-il interdire les feux d’artifice privés du 1er Août?

Les feux d'artifice privés font chaque année débat à l'approche de la fête nationale. © iStock

Chaque année, les shows pyrotechniques illuminent le ciel pour célébrer notre fête nationale. Un comité a lancé une initiative populaire fédérale pour que les particuliers ne puissent plus s’y adonner. Débat.

Pourquoi vouloir interdire les feux d’artifice du 1er Août réalisés dans un cercle privé? 

Car il s’agit d’une source de stress pour les personnes sensibles au bruit. En plus, cela fait paniquer les enfants en bas âge et les animaux, tant domestiques que sauvages. Enfin, lors des sécheresses estivales, ils peuvent mettre à feux, et donc en péril, la flore quand ils sont incontrôlés. C’est pour ces multiples raisons que nous souhaitons que les feux d’artifice privés soient interdits — mais pas les officiels, qui sont limités dans le temps et dans un espace bien précis. Notre demande n’inclut en outre que les engins pyrotechniques bruyants, pas les volcans, par exemple. 

Voulez-vous aussi prohiber ceux que l’on fait à d’autres dates?

Les feux d’artifice réalisés lors d’événements d’importance suprarégionale pourraient être autorisés, mais qu’après en avoir fait la demande à son canton. Cela dit, je suis convaincu que, dans un futur proche, les spectacles de sons et lumières et de drones remplaceront les grands feux d’artifice. 

Pensez-vous que votre initiative peut aboutir?

Oui, autrement nous ne ferions pas tous ces efforts. Eu égard au processus politique, il peut en revanche s’écouler quatre ans avant qu’une votation populaire ait lieu.

Ne pourrait-on toutefois pas faire une exception pour ce qui représente l’une de nos dernières fêtes traditionnelles?

La tradition, c’était autrefois les feux officiels du 1er Août et les lampions pour les enfants. Quant à la nuit du Nouvel An, on entendait retentir les cloches des églises, dont le son est malheureusement désormais couvert par le bruit des feux d’artifice. La question qu’il faut plutôt se poser est: est-ce démocratique qu’une minorité d’êtres vivants puisse assouvir un plaisir personnel au détriment d’une majorité et de l’environnement?

Pourquoi êtes-vous opposé à la prohibition des feux d’artifice du 1er Août auprès des privés, comme le demande l’initiative populaire?

Cette interdiction des feux d’artifice bruyants, avec la possibilité d’obtenir des autorisations exceptionnelles me laisse perplexe, car je redoute l’abandon progressif de la pratique en raison de nouvelles procédures administratives chronophages. De plus, je me méfie des interdictions au nom de la protection d’un tel ou d’un tel. Supprimer tout ce qui pourrait offenser une personne, un animal ou l’environnement nous amènera rapidement vers un quotidien bien fade. 

La peur engendrée chez les animaux et les personnes sensibles aux bruits ou encore la pollution de l’air et du sol ne trouve pas grâce à vos yeux?

Non. Au vu des progrès effectués dans les matériaux du bâtiment, je suis convaincu que la situation des animaux domestiques est déjà bien plus agréable que par le passé. Etant l’heureux propriétaire d’un chien, j’avoue être toutefois mal à l’aise lorsque je vois des maîtres promener leurs amis à quatre pattes les soirs de feu d’artifice près des festivités. S’agissant des animaux sauvages, je ne trouve pas d’étude attestant de traumatismes particuliers à la suite  des fêtes telles que le 1er  Août. Pour ce qui est de la pollution, il me semble que bon nombre d’autres domaines ont un rapport plus direct que les feux d’artifice, comme l’industrie, l’aviation ou une potentielle surpopulation.

Il ne faudrait donc rien changer?

Pas exactement, car tout est perfectible. Tolérer l’usage privé d’engins pyrotechniques sans contrainte peut vite conduire à des dérives. Au-delà des aspects sécuritaires (accidents, incendies…), c’est également le vivre-ensemble qui peut être impacté. De fait, je serai plutôt pour une responsabilisation des individus, grâce à l’annonce de leurs feux ou encore par une politique plus répressive en cas d’abus ou de mise en danger d’autrui.

Frédéric Rein

 

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