Faut-il interdire le ski pour sauver la planète?

Pour limiter les émissions de CO2 en Suisse, toutes les pistes sont explorées. © iStock

En pleine crise énergétique et environnementale, de plus en plus de voix critiquent vertement les sports d’hiver accusés de tous les maux. Deux hommes politiques confrontent leurs arguments.

 

                                                                                           © Béatrice Devènes

En interdisant le ski, sauve-t-on le climat?

La protection du climat passe par un changement de modèle et le renoncement à la croissance comme finalité. Cela concerne toutes les activités économiques et donc également les domaines skiables. On ne parle toutefois pas d’interdiction du ski, mais de réduction de son impact carbone.

Avec le réchauffement, l’avenir du ski est compromis. A quoi bon en moraliser la pratique?

Faire prendre conscience de l’impact d’une activité n’a rien de moralisateur. Certains domaines skiables tentent de faire perdurer le modèle jusqu’au bout, en investissant des montants colossaux dans les retenues collinaires et les réseaux d’enneigement artificiel afin d’atteindre le 100% de pistes enneigables mécaniquement. Eau et énergie sont des ressources rares comme on en prend brutalement conscience, cette année. Il faut les ménager.

Toucher au ski, c’est tabou. Un moyen de vérifier si les Suisses sont vraiment engagés dans l’écologie?

Ça reste un peu tabou au niveau de la branche des remontées mécaniques qui monte vite au créneau dès qu’on questionne son bilan environnemental. Mais oui, prendre conscience de l’impact écologique du ski, c’est aussi pour un pratiquant s’interroger par rapport à une pratique qu’il affectionne. J’en sais quelque chose…

Ski et protection de l’environnement, est-ce conciliable?

Au niveau de l’impact carbone, la question pourrait être posée pour toutes les activités sportives car, en général, c’est le déplacement sur le lieu de pratique qui représente la plus grande partie de cet impact, les pratiquants venant majoritairement en voiture. Au niveau du paysage et de la biodiversité, il est clair que l’aménagement des domaines skiables a un fort impact. Des solutions existent cependant pour améliorer la performance énergétique ainsi que réduire les émissions de GES et l’impact sur la biodiversité de la pratique du ski. Encore faut-il les mettre en œuvre.

 


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En interdisant le ski, sauve-t-on le climat?

Sur le principe, je ne suis pas un fervent des interdictions, quelles qu’elles soient. Je leur préfère des mesures incitatives. Cela dit, le réchauffement climatique n’est pas contestable. On l’observe en montagne, comme l’hiver passé avec un enneigement abondant mais sur une courte période. Puis sécheresse et manque d’eau. Mais ce n’est pas en interdisant le ski qu’on sauvera le climat.

Si on admet que l’avenir du ski est compromis, faut-il le sauver à tout prix?

En continuant à ce rythme, des études le prouvent, on risque de ne plus avoir de neige en dessous de 2200 mètres à 2300 mètres. Bien entendu, il faut étudier les alternatives pour atténuer ce réchauffement. Concernant le ski, on peut imaginer maintenir cette activité. De là à prétendre pouvoir la sauver, c’est un pas que je ne me permettrais pas de faire aujourd’hui. Parce que, si aucun autre effort n’est fourni dans d’autres secteurs, ce sera la mort du ski, en tout cas dans les Préalpes. 

Pourquoi l’écologie vise-t-elle de plus en plus le secteur du ski?

Les écologistes invétérés visent ce domaine principalement pour des raisons politiques. Afin de susciter des discussions et éveiller l’intérêt, compte tenu de la valeur du ski dans notre pays. On attaque un mythe et les émotions sont vives. Je pense qu’il est bien d’avoir une analyse objective et pragmatique. Dans le contexte actuel de crise énergétique, il faut savoir que les remontées mécaniques représentent un peu moins de 1% de la consommation globale d’énergie liée à des activités de loisirs et de transport.

Ski et protection de l’environnement, est-ce conciliable?

Il faut, car nous n’avons pas le choix. Sans Dame Nature, on ne peut tout simplement plus pratiquer le ski. Cela fera bientôt une décennie que je travaille dans le tourisme de montagne et nous avons toujours abordé l’écologie et la protection de la nature. Aujourd’hui, à juste titre, c’est une thématique forte et médiatisée de manière récurrente, mais elle n’est pas nouvelle pour les stations.       

Propos receuillis par Nicolas Verdan

 

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