Faut-il encourager le rapprochement entre un animal sauvage et un être humain ?

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Tout dernièrement, un vieux cerf a pris ses quartiers dans un village de la vallée de Conches. Sa présence, mal tolérée, met en lumière la cohabitation difficile entre habitat humain et monde sauvage.

 

 

La cohabitation entre les animaux sauvages et l’être humain est-elle souhaitable ? 

La réponse peut varier selon l’angle d’analyse : philosophique, idéologique ou scientifique. Pour le gestionnaire de la faune, il convient de nuancer la réponse et de rester pragmatique en fonction des constats de terrain. Généralement, les rapprochements animal sauvage-homme doivent être évités, car ils sont souvent à la base de problèmes pour lesquels l’animal est finalement le perdant. La réponse peut être oui, si la cohabitation signifie partager son milieu de vie avec les oiseaux et les mammifères sauvages en essayant de limiter les interactions souvent invasives et perturbantes pour la faune. 

 

Tout récemment à Ausserbinn, le garde-faune a envisagé de tirer un vieux cerf égaré dans le village. Pourquoi ? 

Vu la taille d’un cerf adulte disposant de bois importants, un tel animal peut représenter un réel danger pour les personnes en zone d’habitation. Je pense, ici, non seulement aux enfants mais également aux personnes adultes. Le comportement de ce cerf reste peu prévisible pour le non-professionnel. Dans ce cas, il s’agit clairement d’un problème de sécurité publique. Pour le garde-faune, le tir de cet animal n’est que la solution ultime qu’il doit envisager de manière professionnelle après la mise en place d’autres mesures d’effarouchement.

 

Qui est à même de définir la dangerosité d’un animal et sur quels critères ? 

Le garde-faune professionnel ou les forces de police, lorsque la sécurité des personnes est en jeu. 

 

Quels sont les critères de dangerosité ?

Les critères de dangerosité sont multiples, ils dépendent évidemment, en grande partie, de l’espèce animale ou de ses particularités spécifiques. Pour des espèces comme le loup et l’ours, ils sont clairement définis dans les concepts nationaux de gestion de ces espèces. Ils permettent une meilleure compréhension des dangers potentiels, même si l’application du système gradué de dangerosité n’exclut pas tout accident. Une biche dans la même situation que le cerf mâle d’Ausserbinn présenterait moins de danger. 

 

 

La cohabitation entre les animaux sauvages et l’être humain est-elle souhaitable ? 

Les animaux sauvages ne s’intéressent pas vraiment à nous, les humains. La plupart ont peur de nous et évitent les rencontres directes. Certains utilisent nos bâtiments comme lieux d’habitation, d’autres se nourrissent de restes de nourriture ou s’attaquent à des animaux de ferme non protégés. Mais, là où il y a un habitat, la faune sauvage a le droit de vivre.

 

En Valais, à Ausserbinn, un vieux cerf persiste à visiter un quartier d’habitation. Le garde-faune menace de le tirer en dernier ressort. Normal ?

Tous les animaux sauvages sont adaptables. Ils apprennent rapidement où trouver un abri et de la nourriture. Il conviendrait ici de préciser pourquoi ce cerf revient sans cesse et si cela peut être évité par la dissuasion ou des clôtures. La question est également de savoir si la présence du cerf pose problème. Sinon, il y a encore moins de raisons de le tirer.

 

Comment faire pour éloigner définitivement l’animal ?

La tâche consiste à découvrir ce qui motive l’animal sauvage à rester dans un certain endroit. L’endroit offre-t-il de la nourriture, un abri ou cherche-t-il à se réfugier hors de son territoire ? Si la cause est connue, elle peut être éliminée, si nécessaire. Il est important qu’il n’y ait pas d’effet d’apprivoisement. L’animal sauvage ne doit pas pouvoir associer une source de nourriture à la présence de l’homme. Sinon, il perdra sa timidité, et cela créera des problèmes à long terme.

 

Quelles sont les règles de base pour une cohabitation entre un animal sauvage et des humains ?

Tolérance, indulgence, proximité avec la nature. Lorsqu’il s’agit de grands prédateurs, la protection des troupeaux est la clé d’une coexistence acceptable à long terme. La protection des troupeaux est la protection des animaux, car elle protège non seulement le bétail, mais aussi les prédateurs, car les conflits peuvent être beaucoup moins nombreux.

 

 

Propos recueillis par Nicolas Verdan

 

 

 

 

 

 

 

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