Faut-il arrêter l'agriculture bio?

L'agriculture biologique est dans l'air du temps... mais ne fait pas l'unanimité. © iStock

D’après Erik Fyrwald, patron de Syngenta, travailler la terre de manière biologique serait contreproductif à plus d’un titre. Son argumentaire ne fait évidemment pas l’unanimité. Deux acteurs du secteur croisent le fer.

Le patron de Syngenta dénonce la culture biologique en argumentant que les rendements ne sont pas assez élevés et que cela ne permettra pas de lutter contre la crise alimentaire mondiale. Vous partagez son avis…

Depuis les années 1960, le nombre de personnes sur Terre est passé de trois à près de huit milliards, et la tendance est à la hausse. Cette croissance démographique provoque une hausse de la consommation de nourriture. Or, selon une étude de l’Université britannique de Cranfield, l’agriculture biologique conduit, en Angleterre et au Pays de Galles, à des rendements inférieurs de 40 % en moyenne par rapport aux cultures classiques. Le bio entraîne, par la force des choses, un accroissement considérable des besoins en surfaces agricoles, produit globalement plus de déchets, et donc plus d’émissions de CO2 — d’autant plus que le labourage effectué les augmente. C’est nocif pour le climat et la biodiversité, y compris en Suisse. 

Le patron de Syngenta propose de ne garder de l’agriculture biologique que la rotation des cultures et de miser sur l’utilisation ciblée de pesticides et d’OGM. Une bonne idée?

Le fait est que même l’agriculture biologique ne peut pas se passer de pesticides. La liste des intrants bio contient 151 pages de produits phytosanitaires, dont des engrais artificiels importés ou encore de la farine de plumes provenant d’outre-mer.

Faudrait-il, pour autant, arrêter l’agriculture bio?

En 2016, le taux d’autosuffisance net de la Suisse est passé, pour la première fois, sous la barre des 50 %. Un manque de sécurité alimentaire rend un pays vulnérable et sujet au chantage. Les conditions-cadres doivent donc être adaptées pour que le taux d’autosuffisance remonte au moins à 60 %, ce que l’agriculture biologique ne permettrait jamais. Le marché bio connaît une croissance modérée et ne devrait en tout cas pas bénéficier d’un soutien supplémentaire.

Pour Syngenta, il est nécessaire d’arrêter de cultiver bio pour lutter contre la crise alimentaire mondiale, car les rendements sont 50 % moins élevés. Qu’en pensez-vous? 

Le bio fait partie de la solution pour un système alimentaire stable. Dans les pays tropicaux, en particulier, les rendements des cultures biologiques sont souvent supérieurs à ceux des cultures conventionnelles. 

Selon Syngenta, toujours, l’agriculture biologique favoriserait aussi la consommation de terrains, car elle nécessite de plus grandes surfaces, et nuirait, par ce fait, au climat. Que répondez-vous à cela? 

Ce qui est décisif, c’est ce qui est cultivé sur ces surfaces et de quelle manière. Il convient avant tout de repenser le système de production et d’éviter le gaspillage, notamment en limitant la consommation de fourrage ou de bioéthanol. L’agriculture biologique contribue à protéger l’environnement et le climat, considère le bien-être animal et soutient la biodiversité. 

Un autre argument contre le bio veut que les champs soient généralement labourés, ce qui augmente les émissions de CO2… 

Le principe de gestion soigneuse du sol est fermement ancré dans le cahier des charges bio. Après tout, nos petits-enfants veulent, eux aussi, des sols sains sur lesquels ils pourront produire leurs aliments. C’est pour cela que, aujourd’hui déjà, 25 % des exploitations bio suisses renoncent totalement à l’utilisation d’herbicides et recourent, à la place, à des machines d’un nouveau genre pour lutter contre les mauvaises herbes. Le bio prône une approche systémique, dans laquelle il s’agit de renforcer la plante dans son ensemble par le biais d’un sol sain et fertile et de la promotion ciblée de la biodiversité. Les engrais et les pesticides chimiques de synthèse sont interdits, tout comme les nouvelles techniques génétiques.

 

Propos recueillis par Frédéric Rein

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