Faut-il équiper toutes les polices de tasers ?

©Istock

Après le drame mortel de Morges, cet été — un agent a fait feu sur un homme armé d’un couteau — l’idée de généraliser l’utilisation du pistolet à impulsions électriques refait surface.

 

Pourquoi êtes-vous résolument favorable au port généralisé du taser par les forces de l’ordre ?

Il s’agit ici de permettre aux policiers et policières d’avoir un accès rapide à cet instrument de travail, qui viendrait en complément des autres qu’ils ont à disposition. Nous n’estimons toutefois pas qu’il soit nécessaire qu’ils l’aient constamment à la ceinture; il suffirait qu’il y en ait un dans toutes les voitures de patrouille. Nous encourageons cette pratique, car le taser cause moins de dégâts qu’une arme à feu.

 

Cela demeure malgré tout une arme dangereuse… 

Il est correct de dire que le taser est une arme. Depuis deux ans, il est de plus en plus utilisé en Suisse et, à notre connaissance, il n’y a pas eu de problèmes significatifs ou d’accidents lors de son maniement.

 

Equiper les policiers d’un taser, serait-ce une façon de limiter les accidents par balle impliquant la police, comme ce qui s’est produit cet été sur les quais de la gare de Morges ?

C’est difficile de juger ce cas d’espèce. En revanche, cela pourrait parfois limiter le recours à une arme à feu. En outre, le taser représente un instrument tant dissuasif que préventif, ce qui peut ainsi permettre de désamorcer rapidement certaines situations. 

 

Ne faudrait-t-il pas limiter l’accès aux tasers aux policiers régulièrement exposés à des risques ? 

Il est trop difficile de prévoir à l’avance qui sera exposé ou non à un risque. Mieux vaut que tous les policiers et policières qui sont « au front » soient formés.

 

Il faut donc suivre une formation avant de pouvoir l’utiliser ?  

Il convient en effet de se former et de réussir un examen afin d’obtenir un permis d’utilisation. 

 

 

 

Pourquoi Amnesty International est-il totalement opposé au port généralisé du taser par les forces de l’ordre ?

Depuis des années, nous avons documenté ce sujet et il en ressort que les électrochocs issus de l’utilisation des tasers sont dangereux. Ces derniers peuvent fortement affecter la santé des personnes touchées, voire leur coûter la vie. Son usage doit répondre à un principe de proportionnalité par rapport au danger, et non pas être généralisé. Il peut se justifier ponctuellement à la place d’armes léthales, quand il y a des situations où un agent est en présence d’un danger imminent ou d’un risque de mort tangible. 

Mais, par la force des choses, si les policiers n’en ont pas un sur eux, ils ne pourront pas l’utiliser…

C’est certain, mais des policiers qui patrouillent dans une ville suisse pour faire respecter la loi Covid n’ont pas besoin d’en posséder un. Cela pourrait, en revanche, 
se justifier pour une brigade qui serait sur une affaire criminelle, en présence d’une personne très dangereuse. Mais il faut qu’il y ait déjà des directives claires et ciblées, ce qui n’existe pas encore. 

Un port généralisé du taser ne pourrait-il pas limiter les accidents par balle impliquant la police, comme ce qui s’est passé cet été sur les quais de la gare de Morges ?

C’est toujours le même et éternel débat sur la sécurité. On a exactement les mêmes discussions avec la loi sur les violences policières : on nous dit que si on avait pu arrêter les terroristes hors procédure pénale, il n’y aurait pas eu ce mort à Morges.

A vous entendre, on serait en train de glisser vers une société en quête de sécurité totale… 

Si on balance trop en faveur de la sécurité, on risque aussi d’éliminer toute une série de droits, comme celui d’une personne innocente à ne pas se faire atteindre par des coups de taser ! 

 

Frédérique Rein

 

 

 

0 Commentaire

Pour commenter