Faire ou ne pas faire son âge

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Cela veut dire quoi « faire son âge » dans une société qui invite au « bien vieillir » ? Dialogue entre un philosophe et une spécialiste de la chirurgie esthétique.

Cela vous est sûrement arrivé. Quoi ? De vous être exclamé après avoir croisé une ancienne connaissance ou avoir vu un acteur au cinéma ou à la télévision : « Quel coup de vieux il/elle a pris ! » Et d’éprouver, au fond de vous, un mélange de jubilation et de déception. Jubilation : vous n’êtes pas seul(e) à être attaqué par le temps qui passe. Déception : quel dommage que cette personne que vous affectionnez se laisse aller et ne réagisse plus contre les assauts du temps. Ou alors de vous être exclamé : « Il/elle ne change pas. Il/elle doit faire quelque chose ! » Et de ressentir au fond de vous un mélange d’envie et d’agressivité. Envie : vous aimeriez bien aussi ne pas être transformé par l’avancée en âge. Agressivité: c’est de la triche ! Cette personne qui a le même âge que vous en paraît dix de moins, parce que son vieillissement n’est pas naturel.

Ces ambivalences, propres aux pauvres mortels que nous sommes, s’expriment parfois jusque dans le courrier que nous recevons à la rédaction. Pourquoi dépeindre la vieillesse comme un naufrage, nous reprochez-vous ? Plus souvent : pourquoi nous montrer des personnalités qui paraissent plus jeunes qu’elles ne sont en réalité ? Vous retouchez les photos ou quoi ? Non seulement nous ne retouchons jamais les photos que nous publions, mais le magazine traduit notre perplexité par rapport à l’âge. Cela veut dire quoi « faire son âge » dans une société où l’espérance de vie en bonne forme ne cesse de gagner du terrain ? Où l’injonction du bien vieillir nous guette à chaque coin de rue (mangez sainement et bougez suffisamment nous répète-t-on sans cesse) ! Où la pose de prothèses de genoux, de hanches, d’implants dentaires est devenue monnaie courante ? Comment répondre à cette question ? Voici le point de vue de deux personnalités exerçant dans des univers différents, la philosophie et la médecine esthétique.

 


« Nous ne sommes pas totalement libres par rapport à l’âge »

Pierre-Henri Tavoillot*, philosophe 

*Ses travaux portent notamment sur les âges de la vie. Il a publié Philosophie des âges de la vie (Grasset) et Faire ou ne faire pas son âge (Editions de l’Aube)

 

 

« La médecine permet de remédier aux inégalités »

Marie-Christine Gailloud-Matthieu*, médecin FMH chirurgie plastique

« La manière dont on vieillit n’est pas égalitaire. Déjà, il y a des disparités entre les hommes et les femmes. Dans un couple homme-femme du même âge, il est fréquent que la femme paraisse plus âgée que son conjoint. La peau des femmes est plus fine et mise à mal par l’arrêt de la production d’œstrogènes au moment de la ménopause. Je trouve cela très injuste, surtout connaissant l’espérance de vie des femmes. Et puis, le vieillissement dépend de prédéterminations génétiques. Certaines femmes ont la bouche très ridée, alors qu’elles n’ont jamais fumé. Certains hommes ont le visage rendu sévère par une ride du lion. La médecine esthétique et la chirurgie permettent de remédier à cette inégalité. Les injections lissent ou remettent le volume là où il devrait être ; la chirurgie supprime ce que la gravité produit : des bajoues, des affaissement de la peau ... En vingt ans, j’ai pu observer une évolution de ma patientèle : je reçois plus d’hommes, des personnes de tous les niveaux socioprofessionnels et plus seulement des personnes à l’aise financièrement. Récemment, une octogénaire est venue pour des injections, car elle souhaitait rester avenante pour ses petits-enfants ! Cependant, les gens sont ambivalents. Ils veulent agir contre les méfaits du temps, mais que cela ne se voie pas. Le meilleur compliment qu’on puisse leur faire après une intervention est qu’on leur trouve bonne mine. Moins fatigués. Cela m’agace qu’on critique ceux qui recourent à la médecine ou à la chirurgie esthétique et qu’on ne trouve rien à dire à ceux qui se font poser des prothèses articulaires pour continuer de faire du ski ou des implants dentaires. Pourquoi, d’un côté, ce serait tricher de ne pas vouloir laisser faire la nature et, de l’autre, ce serait acceptable ? En tout cas, je trouve formidable qu’on puisse, de nos jours, se regarder longtemps dans le miroir en se trouvant en phase avec soi-même. »

 

*Ancienne chef de clinique du Service universitaire de chirurgie plastique à Lausanne

           

Véronique Châtel

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Si les femmes savaient ce que c'est libérateur de ne plus devoir plaire, à son homme, à son patron, à ses enfants... et autres! Suite à un cancer (merci aux chirurgiens réparateurs), j'ai banni de ma vie tous les additifs, donc tous les produits industriels, dont ceux dits "de beauté" et je suis au naturel tout le temps (merci mon savon de marseille, le vrai à l'huile d'olive). J'assume donc l'état de ma peau, mes rides, mais je peux vous dire que ça fait un bien fou! Au mental, et au porte-monnaie...