Enseignement: l’héritage de Maria Montessori

©Sandra Culand/DR

Il y a un siècle, cette femme médecin révolutionnait l’approche pédagogique traditionnelle. Sa méthode visant à favoriser l’autonomie des enfants est plus que jamais d’actualité. Un livre retrace l’incroyable parcours de cette Italienne née en 1870.

« C’est tout de même incroyable, constate Pascale Randin, enseignante Montessori à Vevey. Depuis que les voitures existent, on n’a pas cessé de les améliorer. Mais, en un siècle, le système d’éducation dans les écoles publiques n’a pas bougé. A croire que cela n’intéresse pas les autorités. » Pourtant le succès de la méthode Montessori n’est plus à prouver. Il existe actuellement 35 000 écoles dans le monde. Quelle différence avec l’enseignement classique ? Dans les établissements publics, le prof enseigne, les élèves appliquent les consignes, puis sont jugés en fonction de leurs notes. Dans les écoles Montessori, le prof est davantage un guide qui aide chaque enfant à développer son potentiel à son rythme, en fonction de ses intérêts et sans esprit de compétition.

Une étude en neurosciences, récemment publiée à Lausanne par la chercheuse du CHUV Solange Denervaud, a démontré les avantages de la pédagogie Montessori : par rapport aux enfants fréquentant les écoles publiques, ses élèves Montessori acquièrent une meilleure capacité à utiliser leurs ressources personnelles pour résoudre un problème et gérer les situations imprévues. Ils font davantage preuve d’indépendance, de créativité et d’entraide.
Admirée pour son esprit scientifique, controversée pour certaines de ses prises de position, Maria Montessori n’a jamais dévié de son objectif : aider l’enfant à construire sa personnalité et à s’insérer dans le monde.

 

Une femme d’exception

Naissance en Italie. Après une licence en mathématiques, Maria Montessori fait des études de médecine et devient la troisième femme médecin de son pays. A l’âge de 27 ans, assistante à la Clinique psychiatrique de Rome, elle s’intéresse en particulier aux enfants présentant des troubles du comportement. Convaincue que leur état peut s’améliorer autant par la stimulation et l’éducation que par des soins médicaux, elle teste, avec eux, des dispositifs éducatifs. Le résultat est encourageant. Deux ans plus tard, au premier Congrès italien de pédagogie à Turin, elle plaide pour une méthode qui s’intéresse à l’enfant réel, celui qui connaît des difficultés ou qui semble inadapté à la vie en société. Telle est désormais sa mission, qu’elle accomplira tout au long de sa vie lors de longs séjours à l’étranger, notamment en Espagne, en Inde et aux Etats-Unis : améliorer les méthodes éducatives afin de construire, pour demain, une humanité meilleure, une humanité sans violence.

 

Création de l’école

La première Maison des enfants dirigée par Maria Montessori ouvre ses portes en 1907 dans un quartier défavorisé de Rome. Le matériel que la célèbre pédagogue a développé pendant des années sert de base didactique. « Concret et sensoriel, écrit Bérengère Kolly, l’auteur du livre, il doit permettre à l’enfant d’exercer à la fois son intelligence, ses sens et sa vie pratique. » Le deuxième socle de la méthode est l’aménagement d’un environnement pensé pour les enfants : à l’intérieur, du mobilier et des éléments de vie adaptés à leur taille; à l’extérieur un jardin dans lequel les enfants font pousser des fleurs et des légumes qu’ils récoltent et cuisinent. La « Casa dei bambini » accueille également les mères des enfants, avec l’idée de parvenir à une « harmonie des intentions éducatives entre la famille et l’école ». C’était le début d’une aventure qui, aujourd’hui encore, dans tous les pays du monde, oblige à s’interroger sur l’école que nous voulons vraiment pour nos enfants.

 


Pascale Randin, 56 ans, responsable pédagogique à l’Ecole Montessori de Vevey et sa maman,
Nadine Randin, psychologue formatrice. Photo:
©Sandra Culand/DR

 

Ainsi est née L’école Montessori Vevey

Pascale Randin est tombée dans la marmite Montessori avant même de naître : enceinte, sa maman Nadine se trouvait dans la salle d’attente de sa gynécologue lorsqu’elle a feuilleté une brochure publiée par l’Ecole Montessori de Genève. Enthousiasmée par cette méthode, elle a décidé sur-le-champ que son futur bébé irait dans cette école. L’histoire a continué à la génération suivante. « Quand mon fils a eu 3 ans, raconte Pascale, je n’avais pas envie de le mettre à l’école publique. Alors, en 1999, avec ma mère et mon frère, qui est notre directeur administratif, nous avons créé l’Ecole Montessori Vevey. » Destinée au départ aux enfants de 3 à 6 ans, l’école s’est agrandie et accueille aujourd’hui 70 à 90 élèves qui peuvent suivre leur scolarité jusqu’à la maturité.

« Nous accueillons souvent des enfants qui sont stressés par l’école et terrorisés à l’idée de faire faux, remarque Pascale Randin. Chez nous, il n’y a pas de stigmatisation de l’erreur. Ce n’est pas grave de faire faux, cela veut simplement dire que quelque chose n’a pas été compris. Je me souviens de ce garçon de 8 ans, nouveau venu, et qui m’a dit : « Je suis nul en division. » Je lui ai répondu que personne n’était nul et que, s’il avait des problèmes avec les divisions, c’était peut-être qu’il lui fallait plus d’entraînement pour comprendre comment réussir cette opération. Ce qu’il a fait. Nous sommes très attentifs au langage que nous utilisons. Nous ne sommes jamais négatifs. Certaines personnes s’imaginent que, dans une école Montessori, les enfants peuvent faire n’importe quoi. Or, la pédagogie Montessori est très structurée. Apprendre est un processus. Nous aidons les enfants à observer, à réfléchir, à adapter leur travail jusqu’à la réussite. Les élèves s’entraident. Chacun avance à son rythme sans se comparer aux autres. »

 

Parce que l’une de ses filles s’ennuyait en classe et que son fils avait du mal à apprendre à lire et à écrire, cela rappelait à Jean-Daniel Chambaz les mauvais souvenirs qu’il avait de sa propre scolarité. Alors, il a inscrit ses trois enfants à l’école Montessori, afin que chacun puisse progresser à son propre rythme. La méthode l’a convaincu au point qu’il a suivi la formation Montessori et intégré l’équipe des enseignants de Vevey. « Ici, les enfants apprennent tranquillement, explique Jean-Daniel Chambaz. On prend le temps, car c’est le seul moyen de bien faire les choses. En tant qu’enseignant, c’est intéressant de travailler de cette manière. Nous tenons un programme, mais avec une certaine souplesse. Et nous ne portons aucun jugement de valeur. Quand des élèves se trompent, ils ne disent pas : « J’ai fait tout faux. » Ils viennent vers moi et me disent : « Pourquoi ça ne marche pas ?»

 

Nous les aidons à identifier les difficultés et à explorer eux-mêmes les moyens de résoudre leur problème. C’est gratifiant de voir les yeux des élèves qui s’allument quand ils ont compris. A chaque fois qu’un élève vient me montrer son travail, je le vérifie et lui indique où il y a des choses à reprendre, afin qu’il puisse les corriger par lui-même. Tous les devoirs se font ainsi en classe. Un autre aspect important de la méthode Montessori, c’est le matériel pédagogique. Il se compose de divers outils qui aident à comprendre un problème concrètement, comme les formes géométriques, par exemple. Si vous ne les disposez pas correctement, elles ne s’assemblent pas. C’est le matériel qui montre à l’enfant si son raisonnement fonctionne ou non. Et, pour l’apprentissage des langues, par exemple, nous avons d’autres outils, avec le support d’images qui aident à mémoriser les mots.»

 

Marlyse Tschui

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