Didier Bovard veut traverser l’Atlantique à pédalo

©Yves Leresche

L’aventurier d’Evian, Didier Bovard, se lance dans un nouveau challenge : 1500 lieues (6000 kilomètres) à « pédalo sous-marin » du Cap-Vert à la Floride.

Le confinement, Didier Bovard en sait quelque chose. A 57 ans, ce Haut-Savoyard a déjà parcouru les mers dans de petites embarcations à la seule force du mollet. En 2001, ce petit-fils de marin breton, qui compte aussi un révolutionnaire valaisan parmi ses ancêtres, est entré dans le Livre Guinness des records après avoir traversé l’Atlantique en pédalo (des Canaries à la Martinique, 5500 kilomètres en 88 jours).

L’hiver prochain, ce baroudeur infatigable aimerait remettre ça en reliant Mindelo, capitale culturelle du Cap-Vert à Miami, en Floride. Mais, cette fois, il ne compte pas seulement pédaler 6000 kilomètres durant. « J’aimerais voir ce qui se passe sous la coque. »

Pour entrer « en symbiose avec l’écosystème marin » où il va évoluer pendant des semaines, l’intrépide résident d’Evian a revu le concept de son « hydrocyle » My Way de fond en comble : la singularité de cette traversée sera une bulle en polycarbonate immergée et fixée sous l’engin dans laquelle notre aventurier prendra place pour pédaler une dizaine d’heures par jour.

Où est le professeur Tournesol ?

En ce 6 mars venteux, nous découvrons cette bulle élaborée par la HESGE (Haute Ecole spécialisée de Genève) et le CPNV (Centre professionnel du Nord vaudois) à Pully, sur les bords du Léman agité par la houle. A l’occasion de ce baptême aquatique, une grue de l’équipe de la Nautique, le club local, soulève My Way avec délicatesse avant de la positionner au-dessus des eaux du bassin du port. Carrure de rugbyman, sourire aux lèvres, un brin nerveux, Didier Bovard fait une dernière fois le tour de son monocoque qui fait penser au sous-marin requin du professeur Tournesol. Sauf que, ici, on l’a dit, le concept est tout autre, puisque c’est le cockpit qui fait en quelque sorte office de quille.

Suspense ! My Way entame sa descente avant de toucher la surface de l’eau. « J’ai mis 400 kilos de grenaille plomb dans la coque, à quoi s’ajoute la structure en inox de 100 kilos. Avec la poussée d’Archimède, compte tenu de la surface d’air qu’il y a dans la bulle… » Stop ! On arrête tout. De l’eau vient de troubler la vitre à l’intérieur de l’habitacle.

Didier Bovard esquisse une grimace, sans perdre son sourire. My Way se retrouve ni une ni deux dégoulinant dans les airs, au bout de sa grue. « Oui, j’ai fait une petite bêtise, j’ai oublié de serrer le presse-étoupe… » Une petite vanne qui aurait dû être fermée. Rien de bien grave. Il s’agit maintenant d’écoper la bulle où Didier Bovard aurait dû prendre place pour pédaler. Du poids devra encore être ajouté dans cette partie stratégique pour une meilleure stabilité du bateau. Expérience remise à la fin de mai, du côté de Thonon.

 

Pas peur de l’échec

L’échec ne fait pas peur à cet homme de cran. Lui qui, sur son site, affiche sa moto à côté d’une tête de tigre : « N’arrête pas ton esprit aux frontières de l’impossible. Seul l’horizon est inaccessible. » Avec 20 000 kilomètres sur la mer à son actif, ce miraculé, après plusieurs échecs au large du Groenland, inscrit la mésaventure du jour au chapitre des contretemps.
Pas de quoi entamer non plus l’enthousiasme de Line-X, son sponsor, un chef de file mondial en matière de développement et d’approvisionnement de revêtements de protection basé au Mont-sur-Lausanne. Dans ses locaux de Chexbres, au début de 2020, cette entreprise a enduit l’hydrocycle d’un revêtement spécial, antichoc, antirouille, et qui lui assurera son étanchéité. « Jusqu’à aujourd’hui, j’ai rencontré des gens toujours formidables, se félicite Didier Bovard. C’est le cas encore maintenant avec la Nautique de Pully. C’est comme ça que j’ai toujours progressé. »

A la recherche du silure

Dans une autre vie, Didier Bovard (qui est aussi poète, artiste peintre et compositeur) a été camionneur. Un jour qu’il écoutait la radio au volant, en pleine livraison de viande, il entend parler des exploits océaniques de l’ingénieur aventurier Guy Delage. Bovard, qui s’ennuie ferme, décide de faire comme lui. Quand il raconte ses premiers défis (2000 kilomètres à vélo de Genève à Cadix en 1996 et première mondiale de la traversée de l’Atlantique en hydrocycle, du Portugal aux Canaries, 1614 kilomètres en 27 jours), ce cycliste marin est toujours animé par la force de l’évidence : « Aujourd’hui, je veux mettre à profit mes connaissances pour le monde scientifique. » Sur le Léman, cet été, My Way collaborera avec l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) pour analyser un gros poisson qui prend ses aises dans le Léman : le silure. Son bateau, silencieux et pas polluant, séduit les scientifiques qui l’équiperont d’un sondeur pour explorer les eaux du lac.

Sur l’Atlantique, Didier Bovard pédalera pour l’écologie dans le cadre du projet Océanides. « Ce projet, inspiré par le roman de Jules Verne 20 000 lieues sous les mers, a pour but de montrer la beauté de notre planète, mais aussi sa fragilité, afin de mieux la respecter. » Au fil de ses expériences, cet endurant a développé une sensibilité particulière aux diverses sources de pollution qui étouffent les mers du globe. Histoire que cela se sache, en guise de manifeste aussi, il a confié la déco de My Way à Philippe Baro, de graffeurs.ch. Le dessin, explicite, présente une planète terre avec un thermomètre dans le bec et un slogan sec et sonnant : « Wake up ! », (NDLR Réveillez-vous). Il fut un temps où Didier Bovard menait sa barque dans un registre plus déjanté. Comme en 2002, lorsqu’il avait relié Evian-les-Bains à Memphis-Tennessee, pour rendre hommage à Elvis Presley après un périple de 17 000 kilomètres en hydrocycle et 3000 kilomètres à vélo.

Pour l’heure, et au fond, c’est peut-être là la plus grosse lame de fond à surfer, tout l’argent nécessaire n’a pas encore été réuni. Océanides a été devisé à 80 000 euros (y compris la logistique et la nourriture lyophilisée) et Bovard souque ferme pour les réunir. Avec son « cœur gros comme ça », Didier Bovard dédie son projet aux enfants hospitalisés en parrainant la Fondation Planètes Enfants Malades de Lausanne.
Sur un plan sportif, ce quinquagénaire costaud se dit prêt : « Je travaille en station sur Avoriaz, à 1800 mètres. Au niveau physique, je suis top. »

 

 

Nicolas Verdan

 


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