Connexion avec la nature : un arbre dans leur vie

©Jean-Guy Python

La vie des arbres peut couvrir plusieurs générations humaines. Du haut de leur grand âge, et à travers leur histoire, ils établissent de véritables liens avec celles et ceux qui les côtoient ou leur rendent visite. Ces rencontres sont, le plus souvent, marquées du sceau de l’affection.

«Des êtres fantastiques. » C’est en ces termes qu’un monsieur plus tout jeune a parlé de son expérience avec les arbres à Stéphane Krebs, horticulteur, paysagiste, entrepreneur et écrivain. « A la suite de la parution de mon ouvrage intitulé Les bienfaits magiques des arbres, de nombreux « anciens » m’ont spontanément approché afin de témoigner de leur profonde affection pour les arbres, ainsi que pour démontrer leur volonté à partager et leurs savoirs et leurs expériences. »

Et de citer Chantal Baechtold, à Corseaux : « Elle cohabite avec un séquoia géant depuis cinquante ans. » Du haut de ses 35 mètres et de ses 123 ans, cet arbre veille sur les habitants de la Riviera vaudoise et les connaît mieux que quiconque. Importé de Californie à l’état de pousse par le chimiste Félix Cornu, ce géant exotique eut pour voisin un certain James Mason (1909 – 1984). Le célèbre acteur anglais habita sur le terrain du séquoia de 1962 à 1984. Tous les deux se vouaient une amitié réciproque. Lors de la démolition de la maison de la star du cinéma, en 2011, le promoteur mit tout en œuvre pour sauver le vénérable arbre. Grâce aux conseils avisés et aux soins de Stéphane Krebs, ce vieux compagnon majestueux conserve, aujourd’hui, tout son impact sur le paysage, les villageoises et les villageois.

Lien fort et privilégié, dialogue, repère existentiel ou générationnel, le rapport à un arbre marque ainsi tout à la fois un sentiment d’enracinement et d’élévation. Quitte à conforter une personne dans sa vie d’hier comme d’aujourd’hui, dans une société qui nous a peut-être trop déconnecté avec la nature. Pour Stéphane Krebs, ces témoignages cueillis au hasard d’une séance de dédicace ou à l’occasion d’une visite professionnelle chez des particuliers représentent un trésor : « Ce furent de merveilleux et intenses moments d’échanges qui resteront à jamais gravés dans mon cœur et ma mémoire.»

S’il fallait une phrase qui résume ce lien fort que nous pouvons entretenir avec un arbre, la voix de l’écrivain Christian Bobin dit l’essentiel :

« J’aime appuyer ma main sur le tronc d’un arbre devant lequel je passe, non pour m’assurer de
l’existence de l’arbre — dont je ne doute pas — mais de la mienne.»                       

 


Francine Perrin-Braillard sur le balcon du pavillon familial niché tout contre le chêne.

« Un lien vivant avec mes ancêtres »

Sur les hauteurs de Moudon (VD), un chêne surplombe avec majesté la cité broyarde. « Je dirais qu’il a été planté au tournant du siècle, » affirme Francine Perrin-Braillard qui parle bien ici du début du siècle passé, sur les terres de sa famille, achetées en 1809 par son arrière-arrière-grand-père. « En 1871, mon arrière-grand-père et sa sœur décident de construire un petit pavillon pour venir y passer le week-end. » Ce bout de campagne pentue, au lieu-dit à l’Afrique, en bordure du bourg, est ainsi aménagé dans un esprit de villégiature. Près de trente ans plus tard, se profile ce qui deviendra un chêne majestueux qui aura vu se succéder des générations de Braillard. 

« Quand on est dans ce pavillon et qu’on a la vision de 
ce chêne, qui donne de l’ombre, côté est, c’est une sacrée présence. »

« Pendant des années et des années, mes grands-parents, mes parents, mes frères et moi-même enfant, sommes venus dans ce pavillon, sous le chêne,
pour y passer des dimanches et des jours de vacances. » Aux yeux de Francine Perrin-Braillard, c’est bien ce rapport avec le passé familial qui rend cet arbre si attachant : « Il représente un lien vivant avec mes ancêtres ! » Le chêne a vu la petite Francine jouer sous son feuillage. A l’époque, la présence de cet arbre relevait de l’évidence : « Il était là, faisant partie de la famille et personne n’en faisait cas. Et tout d’un coup, on découvre qu’il a grandi. » Du fait de sa longévité, ce chêne a été témoin de quantité d’événements : « Il s’en est passé des choses en plus de cent ans. Ici, on a partagé des peines et des joies, des couples se sont formés, bien tranquilles à l’abri de ce pavillon. » La force de cet arbre tient bien sûr également à sa beauté : « Avec ce pavillon, il forme un tout harmonieux, saison après saison. » Bien plus encore, reconnaît Francine Perrin-Braillard : « Cet arbre représente pour moi quelque chose de stable et de solide. » Jacques Perrin, son mari, aime lui aussi promener son regard dans le chêne quand il est attablé au salon de leur maison toute proche. 

En bonne forme, ce chêne demande un minimum d’entretien. Avec la complicité et l’expertise de Stéphane Krebs, les Perrin-Braillard veillent à sa santé : « Nous allons le libérer de ces thuyas qui ont poussé tout autour comme des fous. On enlèvera aussi un peu du lierre. Il nous tient à cœur de préserver ainsi son aura. » 

 

 

Nicolas Verdan

 

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