Ceux qui prennent soin de nous... chez nous !

©DR - Des masques et des gants, de la distanciation sociale, mais toujours de la relation humaine et du contact

Jamais, ils n’ont été aussi importants, les professionnels de la santé à domicile. En plus des soins qu’ils prodiguent, ils sont, durant cette pandémie de coronavirus, les seuls à entretenir une relation physique avec les plus fragiles d’entre nous. Coup de chapeau !

Leur lieu de travail est le domicile de leurs patients. C’est à la fois ce qui rend leur intervention si complexe (pas évident de trouver sa place de professionnel dans une sphère intime, surtout quand on passe d’un domicile à un autre) et si précieuse. Sans ces infirmiers, ces assistants en soins et santé communautaire (ASSC), ces aides familiales (AF), ces aides-soignants et ces auxiliaires de vie (ADV ), qui apportent des soins médicaux et du soutien, dans les actes indispensables de la vie quotidienne, des milliers de personnes malades, handicapées ou simplement très âgées, ne pourraient pas demeurer chez elles. Et vivraient sans aucun contact humain, notamment en cette période de confinement.

Depuis quelques semaines, ils font partie de ceux qui sont régulièrement applaudis sur les balcons. Ils le méritent. Non seulement, la présence du Covid-19 les expose à la contamination, et donc à davantage de procédures de sécurité sanitaire, mais elle les astreint à une distanciation sociale difficile à vivre face à des personnes isolées et en manque de relationnel. C’est ce que racontent Régine, Sabrina, Nathalie et Chantal, à qui nous avons aussi demandé d’organiser une séance de « selfie » avec la personne de leur choix.

Nous espérons que, à la faveur de cette pandémie et au-delà des applaudissements, leurs professions respectives qui comportent cette notion essentielle à la vie humaine, le « care », soient mieux reconnues et valorisées.

Régine, 58 ans, infirmière, et Josiane, 84 ans, VD

« Je suis l’une des infirmières référentes d’un petit Centre médico-social vaudois et, à ce titre, responsable d’un groupe de patients. J’organise leur prise en charge après une évaluation à leur domicile, je supervise les assistantes et les auxiliaires qui font les interventions les plus courantes. J’accomplis moi-même les gestes et les soins les plus techniques, notamment dans le cas de traitements chimiothérapeutiques. Par rapport à l’hôpital, le travail au domicile permet une prise en charge globale. Quand on va chez les gens, on entre sur leur territoire privé, et il faut composer avec leur cadre de vie et leur entourage familial. C’est intéressant ! La plupart des personnes sont contentes de nous voir arriver. Surtout celles qui vivent seules. Elles ont des questions à poser, sur leur traitement notamment, et ont besoin de communiquer ! Une douche peut être l’occasion d’un grand moment d’échange. Ces contacts humains sont l’un des attraits des métiers du domicile.

En tant qu’infirmière, je suis de plus en plus accaparée par la gestion de dossiers. Cet excès de bureaucratie est pénible. Le pandémie, qui nous oblige privilégier les actes essentiels, rappelle l'importance du relationnel. Un bénéfice secondaire positif !  J’ai choisi Josiane pour le « selfie », parce qu’on se connaît depuis quinze ans. Je me suis occupée de sa maman avant elle. Nous sommes proches l’une de l’autre et elle a confiance en moi. Elle m’a demandé de vous dire que j’étais essentielle dans sa vie. »

 

Sabrina, 24 ans, auxiliaire de vie, et Heinz, 88 ans, NE

« J’ai conscience que sans moi, beaucoup de personnes ne pourraient pas continuer à vivre à leur domicile. Je les accompagne dans toutes sortes d’actes du quotidien : soins d’hygiène, repas, entretien du domicile, surveillance de prise des médicaments, pose de bas de contention.... Quand j’arrive, certaines sont encore en pyjama. Et quand je pars, elles s’inquiètent déjà de mon prochain passage. Je suis un repère de vie !  J’ai commencé ce métier d’auxiliaire de vie en France, car je suis franc-comtoise, mais je l’aurais arrêté si je n’étais pas venue en Suisse. En France, je disposais de moitié moins de temps pour les mêmes interventions, ce qui ne laissait pas de place pour l’échange et l’écoute des besoins des gens.

En Suisse, j’ai l’impression de bien faire mon travail. La situation sanitaire actuelle ne modifie pas fondamentalement ma pratique professionnelle, hormis des règles d’hygiène nouvelles et contraignantes. Oui, cela n’est pas facile de se faire comprendre par des gens âgés quand on parle de derrière un masque ! Pourquoi j’ai choisi ce monsieur, pour poser avec moi ? Pour donner l’occasion à son épouse, qui souffre d’être confinée, de s’adonner à sa passion, la photographie ! »

 

Nathalie, 39 ans, ASSC, et Anne-Marie, 58 ans, NE

« L’autre jour, alors que je m'en allais, une dame m’a dit que je lui avais éclairé sa journée. Cela m’a fait très plaisir. D’autant plus que ma visite avait mal commencé : elle refusait les soins d’hygiène pour lesquels j’étais là. Quelle que soit la nature de mon intervention -  surveillance du diabète, changement de pansement, réfection du semainier, entretien du cadre de vie etc. - , je dois m’adapter aux différentes personnalités que je rencontre et trouver le chemin de la confiance.

En ce moment, je fais plus de courses que d’habitude, notamment pour des personnes qui se débrouillaient seules jusque là, mais doivent rester confinées. En plus des mesures barrières contre le virus, qui ont été mises en place, je passe du temps à aider les gens à intégrer ce qui se passe. Certain ont du mal à comprendre. Beaucoup sont isolés de leur famille et le confinement affecte leur moral. Ils ont encore plus besoin de notre présence. Elle les sécurise. J’aide aussi l’infirmière dans le dépistage du Covid.

J’ai choisi de faire un selfie avec Anne-Marie, parce que cette femme, encore jeune qui souffre d’une maladie dégénérative neuromusculaire, symbolise l’importance de mon travail. Sans mon intervention pour l’aider à se lever et à faire sa toilette, elle ne pourrait plus vivre à son domicile et serait contrainte de rejoindre une  institution. J’apprécie aussi Anne-Marie pour l’humour qui se glisse dans nos échanges.  Cela apporte une légèreté bienvenue ».

 

 

 

Chantal, 50 ans, ASSC, et Blanche, 81 ans, FR

« Ce matin, un patient m’a accueilli en s’écriant, « Ah, c’est vous, Chantal. J’arrive pour vous faire un gros bec. Ah et zut, j’avais oublié que cela n’était pas possible à cause de ce satané virus ».   Si j’ai choisi d’exercer ce métier d’assistante en soins et santé communautaire à domicile, c’est justement parce que ce cadre professionnel  permet plus d’interactions avec les patients. Tandis que je fais mes gestes médicaux - prises de sang, prélèvement d’urine, contrôle de glycémie, remplissage des semainiers etc-  ou que j’aide à la toilette, rédige une liste de courses, j’aime les entendre se raconter, comparer la vie d’aujourd’hui avec celle d’hier. Ces échanges apportent un vrai plus à mon travail.

En ce moment les gens sont particulièrement impatients de nous voir arriver : on représente leur seul lien avec l’extérieur. Ils nous demandent des nouvelles du dehors et ils nous parlent d’eux. Ils posent beaucoup de questions sur le virus, sur sa contagion : ils s’inquiètent pour nous et nous demandent de faire attention à bien nous protéger. L’obligation de porter un masque les empêche de voir nos sourires et ça leur manque. Surtout quand ils ne nous ont jamais connus sans. J’ai choisi de poser avec Blanche, qui a eu 81 ans le jour de Pâques, parce que je la connais bien. Cela fait six ans que je vais chez elle. Je la trouve jeune d’esprit, ouverte et pleine d’humour. Elle fait partie des patients qui me témoignent que je suis utile et qui donne du sens à mon travail ».

 

 

 Véronique Châtel

 

Merci à ces structures d’avoir rendu possible ce reportage

 AVASAD - Association Vaudoise d’Aide et de Soins à Domicile

NOMAD - Neuchâtel Organise le Maintien à Domicile - une institution publique qui délivre des prestations d’aide et de soins à domicile à tous les résidents du canton de Neuchâtel

sasdb - Service d’aide et de soins à domicile du district de la Broye (FR)

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