Ces seniors romands rejetés par les employeurs

photo: Laurence Rasti

Ils cherchent un emploi depuis plusieurs mois mais aucun poste ne leur est offert. Des Romands nous livrent leur parcours du combattant.

«La personnalité et l’expérience priment sur l’âge»

Pauline Cernaix, 45 ans, étoy (VD), responsable communication

Au chômage depuis octobre 2015, Pauline Cernaix, 45 ans, peine à retrouver du travail, comme des milliers d’autres seniors en Suisse. Engagée comme responsable de la communication à la Fondation Foyer-Handicap à Genève en 2013, son poste est supprimé l’année passée, à la suite d’un changement d’orientation stratégique décidé par la nouvelle direction générale.

 

Aujourd’hui, cette habitante d’Etoy fait tout son possible pour retrouver un emploi : «Je travaille énormément sur mon réseau et je postule très souvent à des offres. J’ai eu des entretiens, qui se sont très bien passés, mais je n’ai pas encore eu a chance d’être retenue.» A son avis, plusieurs raisons peuvent l’expliquer. Déjà, le secteur de la communication a explosé, ces dernières années : « Pour un même poste, il peut y avoir jusqu’à 200 candidatures!» Mais il faut aussi faire face à une nouvelle concurrence: «Il y a vingt ans, il n’existait presque pas de formations dans ce domaine. On apprenait la communication directement sur le terrain. Malgré mes 16 ans d’expérience, je suis, aujourd’hui, en concurrence avec des jeunes diplômés qui ont entre 25 et 35 ans. Et le diplôme pèse lourd dans la balance.» Pour mettre toutes les chances de son côté, Pauline Cernaix a donc entamé, en septembre passé, un cursus en communication à la Haute Ecole de gestion de Genève.

 

Pour elle, l’âge n’est pas, ou ne devrait pas être un critère d’embauche: «Même si, sur le marché du travail, 45 ans devient un âge critique, je reste persuadée que la personnalité et l’expérience priment sur l’âge. D’ailleurs, je ne mentionne pas ma date de naissance sur mon CV.»

 

Jusqu’à aujourd’hui, aucun employeur n’a abordé la question de son âge. Et, s’il lui était demandé de revoir ses prestations salariales à la baisse, faute de budget? «Si le jeu en vaut la chandelle, je serais prête.»

 

«On pense que le senior coûte cher»

Magdi Shalaby, 59 ans, Vessy (GE), employé de commerce

Magdi Shalaby commence sa carrière dans l’hôtellerie en 1975, puis travaille dans le milieu bancaire avant de devenir assistant administratif pendant deux ans à l’Hospice général de Genève. En juillet 2015, son service ferme, les gens sont recasés, mais lui, parmi les derniers arrivés, se voit licencier. «J’avais 58 ans quand je me suis inscrit au chômage. J’ai tout de suite commencé à faire des recherches, à postuler, à solliciter mon réseau. Mais, pour l’instant, cela n’a pas donné grand-chose.» En l’espace d’une année, il postule en moyenne 250 fois. Mais sans jamais passer d’entretien: «C’est ce qui fait défaut. Il faut que j’en décroche un, car, généralement, je fais bonne impression.»

 

Aujourd’hui âgé de 59 ans, Magdi Shalaby est pourtant prêt à tout pour retrouver du travail. Et même d’adapter son salaire pour compenser. «On pense que le senior coûte cher, on ne pense pas à l’expérience, au bagage, à la complémentarité dans l’entreprise. Pourtant, je serais d’accord de baisser mon salaire de 30 % ! C’est mieux d’avoir un peu moins d’argent que d’être en recherche d’emploi.»

 

Quand, dans les annonces, il est fait mention d’une tranche d’âge idéale, qui l’excluent d’office, il va tout de même essayer de postuler. «Mais, pour moi, c’est discriminatoire. L’âge, l’origine, le sexe … Qu’est-ce que cela a à voir avec les compétences et les qualifications de la personne ?»

 

Il reste encore huit mois à Magdi Shalaby pour retrouver du travail. L’échéance approche donc dangereusement. Mais pas de quoi non plus le décourager totalement. «Heureusement, je n’ai pas que le boulot dans la vie ! Je fais du sport, du volleyball … J’écris aussi des récits de voyage et même un roman, un projet qui me tient à cœur.»

 

Propos recueillis par Marie Tschumi

 

Enquête réalisée en collaboration avec l’émission On en parle – RTS La Première

0 Commentaire

Pour commenter