« L’écriture érotique est une expérience sensorielle troublante »

©Jean-Guy Python

Une retraite anticipée a permis à Catherine Gaillard-Sarron d’entamer une nouvelle carrière, littéraire cette fois. Auteure de nouvelles et de recueils de poésies, cette grand-maman « sexygénaire » s’est lancée dans le récit érotique.

Il fallait oser, elle l’a fait. Dans ses livres, Catherine Gaillard-Sarron explore sans tabou les délices d’une sexualité épanouie. Fantasmes nocturnes, galipettes au jardin, caméra cachée… les thèmes de ses récits érotiques peuvent sembler classiques, mais la manière dont ils sont abordés diffère des stéréotypes qui mettent en scène des histoires de domination et de soumission. Catherine, plus amoureuse que jamais de Claude, son mari depuis quarante ans, met en scène des hommes et des femmes libres et attentifs au désir de l’autre, à l’image de leur couple, pour qui l’érotisme est « une recherche épicurienne d’harmonie et une fête des sens ».

A 61 ans, maman de trois enfants et deux fois grand-maman, n’a-t-elle pas eu peur de choquer son entourage en publiant de tels livres ? « Quand j’ai demandé à mes enfants ce qu’ils pensaient de mon projet, ils m’ont répondu : “ Mais maman, tu es grande, tu fais ce que tu veux !“ Mon fils m’a appelée sa Mum erotica. Je n’ai pas honte de ce que j’écris. Le pseudonyme, je l’ai choisi parce qu’il me semblait que cela me donnerait plus de liberté face aux éditeurs que je pouvais contacter. »

Catherine Gaillard-Sarron ne regrette pas son ancien métier de secrétaire qui lui laissait peu de temps pour l’écriture, sa passion de toujours. A son actif, une centaine de nouvelles et plusieurs centaines de poèmes qui lui ont valu des prix et des distinctions dans les deux catégories. Plusieurs de ses histoires ont été lues sur les ondes de la Radio Suisse romande.

 

Une aventure pleine d’embûches

En 2009, par un beau jour d’automne, elle a décidé de prendre une retraite anticipée à la suite d’un déclic quasi philosophique : « Je regardais une feuille tomber d’un arbre et je me suis dit : « C’est ce que je veux. Je veux avoir le temps de voir la feuille qui tombe de l’arbre. » C’est ainsi qu’a commencé sa véritable aventure d’écrivaine. Une aventure pleine d’embûches, car les recueils de nouvelles et de poésies sont des genres que les éditeurs sont peu disposés à publier, et les libraires guère enclines à acheter. « J’ai fini par être découragée par les réponses négatives, les délais interminables, les frais occasionnés par la confection et l’envoi des manuscrits. Pendant deux ans, j’avais écrit des nouvelles pour une maison d’édition spécialisée dans le numérique, raconte-t-elle. Puis la maison a fait faillite. J’ai alors décidé d’éditer mes propres livres en auto-édition. »
La voilà partie pour deux nouvelles activités, auxquelles rien ne la préparait : l’édition et la création d’un site web. « Pour promouvoir mes livres, j’ai dû apprendre à utiliser les outils qui me permettaient de créer un site internet. J’en ai réalisé successivement cinq, le dernier ayant nécessité plus de 250 heures de travail. » Pour éditer ses livres, Catherine réalise tout elle-même : mise en page, graphisme, photos, couverture du livre, recherche d’un imprimeur, dépôt légal, catalogue et promotion.

Elle explique que l’autoédition présente l’avantage de contrôler toutes les étapes du processus de création et de conserver la totalité de ses droits d’auteur. A ce jour, elle a publié plus de 25 livres en autoédition, qu’il est possible de commander via son site web en format papier ou télécharger en e-book. « Je vends également mes livres lors de salons littéraires ou de lectures organisées par des associations. J’ai régulièrement des commandes de libraires. Mes livres sont disponibles dans cinq bibliothèques, dont celles de Fribourg et de Montreux ainsi qu’à la Bibliothèque nationale. »

Ubiquité numérique

Certes, la plateforme numérique permet à des auteurs de se faire connaître et de vendre leurs ouvrages, voire d’être repérés par un éditeur à la recherche de talents cachés. Le problème, c’est qu’un livre numérique peut facilement être téléchargé illégalement. Difficile, dans ce cas, de protéger les droits d’auteur. De permettre aux écrivains de vivre de leurs œuvres. Ces problématiques intéressent Catherine Gaillard-Sarron, pour qui la révolution du net tue l’édition et appauvrit la culture : « Les données numériques pouvant s’effacer, comment conserverons-nous la mémoire des choses et de l’humanité si les livres et les supports papier disparaissent totalement ? Comment pouvons-nous être sûrs que les machines truffées d’algorithmes qui se nourrissent de nos milliards de données ne deviendront pas, demain, de super-robots qui penseront et écriront des livres à notre place ? Le propre de l’écrivain est de transmettre des émotions, des sensations, des impressions. L’intelligence artificielle sera peut-être capable de composer de la poésie ou des romans, mais elle n’éprouve rien. Si elle n’est pas douée d’empathie, comment pourrait-elle écrire des vers qui touchent le cœur et l’âme de ceux qui les lisent ? »

Ecrire, c’est se déshabiller

Or, c’est bien l’âme et le cœur que font vibrer les textes de l’écrivaine, qui séduit par son style fluide et sensible. Y compris quand il est question de sexe, car ses récits érotiques, aux descriptions on ne peut plus explicites, accordent une large place aux émotions et à la qualité de la relation entre les deux partenaires. « L’écriture érotique est une expérience sensorielle troublante, remarque Catherine. C’est un effeuillage intérieur. Ecrire, c’est toujours se déshabiller, et l’exercice est encore plus périlleux dans l’érotique. Cela nécessite de se relier à ses pulsions et d’explorer sans faux-semblant ses zones d’ombre. Mais c’est aussi apprendre à se connaître et à faire naître le désir, chez soi et chez l’autre. »

 

Marlyse Tschui

 

0 Commentaire

Pour commenter